Aide aux migrants: amende avec sursis pour Cédric Herrou


Vendredi 10 Février 2017 - 09:32
AFP


"Nous continuerons", a promis vendredi Cédric Herrou, devenu le symbole de l'aide aux migrants à la frontière franco-italienne et condamné à une amende de 3.000 euros avec sursis par le tribunal correctionnel de Nice qui l'a reconnu uniquement coupable d'en avoir pris en stop depuis l'Italie.


Le tribunal l'a en revanche relaxé pour le reste de son action de secours aux migrants dans sa petite ferme bio de Breil-sur-Roya et il a débouté la SNCF dont Cédric Herrou avait forcé une ancienne colonie de vacances désaffectée pour y abriter une soixantaine d'Erythréens en octobre 2016.

Que Cédric Herrou s'inscrive dans une stratégie militante n'empêche pas qu'il bénéficie de la clause humanitaire de 2012 protégeant ceux qui apportent une aide désintéressée, a souligné le tribunal, contredisant le parquet qui avait requis huit mois de prison avec sursis et qui pourrait faire appel.

Soulignant la détresse physique et morale des migrants affluant à Vintimille et tentant de passer la frontière française coûte que coûte, le tribunal a rappelé dans ses attendus qu'"il ne saurait être reproché à quiconque de leur avoir ouvert la porte (...) donné une écoute ou des moyens d'hygiène".

Un message bien reçu dans la petite foule de 200 militants et bénévoles venus malgré la pluie acclamer Cédric Herrou à sa sortie du tribunal, scandant son prénom et des slogans tels que "Solidarité avec les réfugiés", "Nous sommes tous des enfants d'immigrés".

"On continuera à agir et ce n'est pas sous la menace d'un préfet ni les insultes d'un ou deux politiques que nous arrêterons. Nous continuerons car c'est nécessaire de continuer", a lancé l'agriculteur de 37 ans, posant sur les marches du palais au bras d'une militante d'origine malienne, devant une nuée d'objectifs.

- 'Levons-nous !' -

Fort de très nombreux soutiens, de dons et de l'aide d'avocats, ce Niçois reconverti dans l'huile d'olive et les oeufs bio, a ensuite harangué la foule d'une voix calme. "Nous, concitoyens, levons-nous, prenons possession de la politique de terrain !", a clamé sous les applaudissements ce barbu, encore inconnu en août lors de sa première interpellation - sans suite judiciaire - avec huit Erythréens dans sa camionnette.

Après s'être improvisé bon samaritain dans l'urgence et la spontanéité il y a un an, il rallie désormais de nombreuses associations rodées au combat légal et politique (Médecins du Monde, Amnesty, la Cimade, la Ligue des droits de l'Homme...) et entend passer à l'offensive face aux autorités et aux élus d'une région enracinée à droite qui a voté plusieurs motions anti-migrants au moment du démantèlement de la jungle de Calais.

"Que ce soit une mairie, un département, une région, une nation, un continent, l'Europe se doit de respecter le droit humain et les droits des enfants avant tout", a critiqué Cédric Herrou, qui compte à son tour utiliser la voie judiciaire pour prendre en défaut les autorités. "Nos représentants politiques ont le devoir d'assumer leur responsabilités en accueillant avec dignité les gens qui mettent le pied sur le sol français", a-t-il dit.

Il abrite actuellement chez lui cinq mineurs, un Soudanais et quatre Erythréens. "Ce qui a mis hors de lui (Eric) Ciotti (président LR du Conseil départemental, ndlr) et le préfet M. Leclerc, c'est de les mettre face à leur responsabilités", a-t-il dit sur Europe 1 peut avant le prononcé du jugement, assurant agir pour contrebalancer "la politique défaillante" et fustigeant une "course aux Noirs" menée par les policiers des Alpes-Maritimes pour arrêter les migrants.

Des propos "scandaleux", a réagi M. Ciotti, invitant le gouvernement à porter plainte pour défendre l'honneur de la police aux frontières.

Déjà à l'automne, les autorités et les élus avaient été piqués au vif par un article du New York Times comparant les contrôles de la police dans les trains près de Menton au sort des juifs sous l'Occupation. Et le préfet Georges-François Leclerc était sorti de sa réserve pour contredire dans les colonnes de Nice-Matin l'historien Yvan Gastaut, qui avait comparé ceux qui aident les migrants aux Justes qui sauvaient les juifs pendant la Seconde guerre mondiale.


           

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