Al-Qaïda annonce un nouveau front en Asie du sud, l'Inde en alerte


Jeudi 4 Septembre 2014 - 16:00
AFP


L'Inde a placé en état d'alerte jeudi plusieurs de ses Etats après qu'Al-Qaïda a annoncé la création d'une nouvelle branche du mouvement islamiste radical sur le sous-continent indien afin de regagner de l'influence.


Au moment où une autre organisation, l'Etat islamique (EI), progresse en Syrie et en Irak, le chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a annoncé dans une vidéo diffusée mercredi vouloir faire renaître un califat en Birmanie, au Bangladesh et dans certaines parties de l'Inde, où vit une population musulmane importante, mais traditionnellement modérée.

"Nous prenons le sujet très au sérieux. De telles menaces ne peuvent être ignorées", a déclaré à l'AFP une source des services de renseignement indiens.

"Nous avons demandé aux Etats, en particulier au Gujarat, au Madhya Pradesh, à l'Uttar Pradesh et au Bihar, de se mettre en état d'alerte".

Déjà actif en Afghanistan et au Pakistan, Al-Qaïda revendique depuis longtemps avoir autorité sur les jihadistes qui luttent pour rétablir un califat sur les terres considérées comme musulmanes.

Mais depuis la mort, en mai 2011, d'Oussama Ben Laden, ce projet a été éclipsé, d'abord par les activités du réseau en Afrique et dans la péninsule arabique, puis par la proclamation fin juin par l'Etat islamique d'un califat sur des territoires à cheval sur la Syrie et l'Irak.

"C'est un coup publicitaire qui montre son désespoir car l'EI est désormais la vraie menace mondiale", estime Ajit Kumar Singh, du groupe de réflexion Institute of Conflict Management, dont le siège est à New Delhi. "C'est une bataille pour la suprématie entre Al-Qaïda et l'EI".

Parmi les Etats cités dans la vidéo par Ayman al-Zawahiri, le Cachemire, seul Etat indien en majorité musulman, est depuis longtemps en proie à un mouvement séparatiste, mais les représentants de ce dernier soulignent que la nébuleuse jihadiste ne joue aucun rôle sur ce territoire.

"Ils n'ont aucune influence ici. Le Cachemire est un différend politique local et Al-Qaïda n'a rien à voir avec cela", a déclaré à l'AFP Ayaz Akbar, porte-parole du leader séparatiste Syed Ali Geelani.

Des millions de musulmans ont fui l'Inde en 1947 vers ce qui est désormais le Pakistan et les tensions persistent entre les musulmans restés en Inde et la majorité hindoue.

En 2002, des violences ont fait jusqu'à mille morts, essentiellement des musulmans, pendant des émeutes inter-confessionnelles dans le Gujarat, à l'époque dirigé par Narendra Modi, devenu en mai Premier ministre de l'Inde.

Mais les Musulmans indiens (13% de la population totale) sont traditionnellement des modérés.

 

- Pas de recrues en Inde -

Toujours considéré comme une menace par les pays occidentaux, Al-Qaïda n'a toutefois jamais reproduit d'attentats comme ceux du 11 septembre 2001 à New York et Washington, qui ont fait près de 3.000 morts.

En lançant cette branche, par le biais d'une vidéo dans laquelle il s'exprime en partie en arabe et en partie en ourdou, sans doute pour s'adresser à sa base au Pakistan, Ayman al-Zawahiri tente de revenir sous les feux des projecteurs.

Il appelle la communauté musulmane (l'oumma) à s'unir autour du "tawhid", ou monothéisme, "pour déclencher la guerre sainte contre ses ennemis, libérer ses terres, rétablir sa souveraineté et faire renaître son califat".

Cette nouvelle branche, nommée en anglais "Qaedat al-Jihad in the Indian Subcontinent" ("Al-Qaïda en guerre sainte sur le sous-continent indien"), s'est constituée par le regroupement, ces deux dernières années, de combattants qui seront placés sous l'autorité du Pakistanais Asim Umar, lui-même subordonné au chef des talibans afghans, le mollah Omar.

Mais, relèvent les experts, il n'y a guère d'exemples de jeunes Indiens qui auraient rejoint les rangs de l'organisation.

"Nous n'avons pas connaissance de cellules d'Al-Qaïda ou de membres en Inde jusqu'à maintenant", explique à l'AFP Rahimullah Yusufzai, spécialiste de la mouvance jihadiste.

"C'est un geste de désespoir. Plutôt que de se concentrer sur le Moyen-Orient, les pays arabes, ils misent sur une région où ils ne sont pas vraiment présents", dit-il.

En Birmanie, autre territoire cité par Zawahiri, les musulmans sont minoritaires et ce pays n'a connu aucune violence de la part d'islamistes.



           

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