Arabie saoudite: les droits de la femme prennent du relief

CGNews - Jafar Alshayeb
Mercredi 2 Juin 2010 - 13:02


Qatif (Arabie saoudite) – Après des années d'efforts contrariés, la réforme menée en Arabie saoudite est axée sur les droits de la femme. Un récent sondage réalisé par le Centre de chercheurs pour les études des femmes à Riyadh étudiant les journaux saoudiens et les sites web a montré que, de la mi-janvier à la mi-février 2010, près de 40% d'articles parus dans la presse écrite et 58% d'articles parus sur les sites web traitaient des questions portant sur les femmes.


Arabie saoudite: les droits de la femme prennent du relief
L'autonomisation des femmes est devenue une priorité pour les militants locaux et différentes initiatives émergent pour protéger les droits fondamentaux de la femme. Le plus récent et le plus ambitieux de ces efforts est une campagne nationale menée par des acteurs locaux qui réclament la participation des femmes aux élections municipales prévues pour l'automne 2011.

D'éminents activistes en faveur des droits de l'homme, des activistes en faveur des droits de la femme, des écrivains et des élus du conseil municipal mènent cette campagne nationale, lancée en mars 2010, pour une participation électorale. L'objectif est de coordonner à travers le royaume les activités relatives à cette question, y compris le soutien et la couverture médiatique, les réunions et discours publics, le courrier adressé aux officiels et la formation des candidats. Le ministère des Affaires municipales et rurales n'a pas encore statué sur la question de permettre aux femmes de voter ou de se présenter comme candidates.

La position relativement libérale adoptée par le roi Abdallah sur la promotion du rôle des femmes dans la société saoudienne a ouvert la voie à de telles initiatives. En février 2009, le roi a nommé une femme au poste de ministre délégué à l'Education, la plus haute fonction publique détenue, à ce jour, par une femme dans le pays. Quelques mois plus tard, un membre du Conseil des grands oulémas a été démis de ses fonctions pour avoir critiqué l'introduction de la mixité à l'Université des Sciences et Technologies du Roi Abdallah.

En décembre 2009, Lama Alsulaiman a été la première femme à remporter un siège à la chambre de commerce et d'industrie (CCI) à Jeddah et elle est devenue vice-présidente du plus prestigieux centre d'affaires du pays. Suite à cela, le ministre du Commerce a nommé quatre femmes membres du conseil d'administration des chambres de commerce et d'industrie: Faten Bundaqji et Aisha Natto à Jeddah et Hama Al-Zuhair et Sameera Al-Sowaigh dans la province orientale.

Compte tenue des restrictions sociales et religieuses imposées aux femmes dans la société, les femmes d'affaires saoudiennes ont fait des progrès rapides ces dernières années en faisant tomber des obstacles et en obtenant des lois qui créent un environnement moins restrictif pour les affaires.

En 2008, par exemple, le Prince Khalid al-Faisal, gouverneur de la Mecque, a modifié l'article 160 du code du travail qui interdisait aux hommes et aux femmes d'interagir dans un environnement d'affaires. Le ministre du Travail a également revu la législation sur le travail en 2008 afin de donner aux femmes la possibilité de travailler. Les femmes n'ont plus besoin de l'approbation d'un tuteur masculin pour obtenir un emploi ou le laisser tomber. La même année, le ministre du Commerce a également annulé l'interdiction pour les femmes de séjourner seules dans un hôtel.

En outre, une nouvelle loi devrait accorder aux femmes le droit de voyager seules à l'étranger sans l'accord d'un tuteur masculin et la possibilité d'utiliser leur carte d'identité nationale pour voyager dans les Etats arabes du Golfe.

Parmi les nombreuses initiatives individuelles liées aux droits de la femme, il existe une campagne intitulée ''Où sont mes droits?'' dirigée par Khloud al-Fahad, une femme d'affaires de Khobar, grande ville située dans la province orientale de l'Arabie saoudite, qui cherche à informer les femmes sur leurs droits fondamentaux et sur l'égalité des sexes au moyen de publications, d'un site web et d'une importante couverture médiatique.

Suad al-Shamary, la première femme avocate dans le royaume, a suivi plusieurs cas liés à la violation des droits de la femme en matière de divorce et de protection, de garde des enfants et de pension et de réparations pour blessures. En coopération avec d'autres avocats, elle fait actuellement campagne pour que la législation fixe un âge légal du mariage afin d'empêcher que des mariages barbares ne soient imposés à des jeunes filles. Parmi d'autres initiatives, figurent la création de centres destinés à protéger les victimes de violence domestique ainsi que les campagnes sur les droits en matière de divorce, les lois de la famille et les droits des femmes qui sont mariées à des non saoudiens. La plupart des initiatives portant sur les droits des femmes sont menées par des personnes plutôt que par des associations du fait des lourdes restrictions imposées aux organisations de la société civile dans le royaume.

Le militantisme croissant des femmes – en partie motivé par leur prise de conscience d'une plus grande implication dans la vie publique des femmes des Etats voisins tels que Bahreïn et Koweït, et l'attention de personnalités internationales telles que Yakin Ertürk, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les violences faites aux femmes – ont donné lieu à des débats tendus entre les chefs religieux ultra-conservateurs et une élite d'intellectuels libéraux qui parlent de plus en plus ouvertement. Parmi les questions débattues se trouvent le problème de la mixité dans les écoles et les collèges, les sports féminins, la participation aux élections pour les chambres de commerce et les conseils municipaux, les femmes au volant, le parrainage d'un tuteur masculin, la violence domestique, la définition de l'âge du mariage et le droit successoral.

Les chefs religieux conservateurs jouissent encore d'une grande influence et ont été capables de ralentir de nombreuses initiatives libérales entreprises par le cabinet pour étendre le rôle des femmes dans le gouvernement et leur permettre de s'introduire dans de nouveaux secteurs de la vie publique. Toutefois, même si la route reste longue pour les femmes avant qu'elles n'obtiennent les pleins droits en Arabie saoudite, tant que le roi continue de soutenir le changement modéré et que les militantes pour les droits de la femme restent actives, une réforme graduelle et durable est possible.


           

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