BD: Marguerite Abouet et ses "petites histoires" d'enfance à Abidjan

AFP
Mercredi 9 Décembre 2009 - 10:48


Abidjan - Plus de 300.000 exemplaires vendus, traduction en 12 langues, des prix en cascade et bientôt un film. Créatrice de la bande dessinée "Aya de Yopougon", Marguerite Abouet reste surprise par l'engouement suscité par les "petites histoires" de son enfance en Côte d'Ivoire.


BD: Marguerite Abouet et ses "petites histoires" d'enfance à Abidjan
Avenante et volubile, élégante, la scénariste est née il y a 38 ans à Yopougon, commune populaire d'Abidjan. Elle a 12 ans quand, "arrachée" à ses parents, elle débarque à Paris, confiée à un oncle qui craignait de la voir "mal finir" à force de "traîner dans la rue pieds nus à jouer au football".

Mais l'Afrique ne la quitte pas. "A 12 ans, on est déjà grand, on sait plein de choses. Il me suffisait de fermer les yeux pour me retrouver à Yopougon", dit-elle, l'air rêveur.

A 17 ans, Marguerite commence à consigner ses histoires dans un carnet. Dans sa petite chambre, elle "écrit ses souvenirs" émaillés de mots "nouchi", l'argot ivoirien.

De ces souvenirs naît Aya, une adolescente qui, dès la parution du premier tome de ses aventures fin 2005, est adoptée par les lecteurs. Début 2006, l'auteur reçoit le premier prix du Festival d'Angoulême, plus grand rendez-vous français de la BD. "Je ne m'attendais pas à un tel succès", avoue-t-elle.

Illustrée par le Français Clément Oubrerie, la série raconte la vie de familles ivoiriennes à travers Aya et ses amis Bintou, Adjoua et Moussa.

Si l'héroïne veut être médecin, Bintou et Adjoua comptent "finir en série +C+", c'est-à-dire devenir "couturière, coiffeuse, ou chasseuse de mari", quand le fils à papa Moussa ne pense qu'à "chauffer" (s'amuser).

En France, Marguerite a découvert à la télévision l'Afrique de "la guerre, la maladie, la pauvreté", une réalité étrangère à ce qu'elle dit avoir vécu à Yopougon.

"Le but dans +Aya+, c'est qu'après quatre pages on se dise qu'on n'est plus en Afrique mais juste dans une histoire qui ressemble un peu à la vie de tout le monde", explique-t-elle. "En Afrique, il y a des endroits où ça va et d'autres où ça ne va pas", glisse l'auteur, qui se défend d'idéaliser le continent de son enfance.

Dans cette histoire, "la partie qui est réelle, c'est Yopougon, cette joie de vivre qui règne partout. Moi, je suis Akissi, la petite soeur d'Aya".

Un cinquième tome vient de sortir, toujours chez l'éditeur français Gallimard.

"Ma vie a changé, j'ai arrêté mon travail d'assistante juridique. J'ai la chance de me faire +draguer+ par les maisons d'édition", souligne-t-elle avec malice.

Son rêve, aujourd'hui: initier à "la lecture-plaisir" les enfants pour qui "le livre est synonyme d'école, de contrainte".

Marguerite, qui regrette que ses BD restent hors de prix pour la plupart des enfants africains, a fondé l'association "Livres pour tous", qui ambitionne d'ouvrir des bibliothèques sur le continent.

En octobre, elle a inauguré un premier lieu à Adjamé, autre quartier populaire d'Abidjan, faute d'avoir trouvé le soutien nécessaire pour le faire à Yopougon.

Cela n'empêche pas l'auteur et ses personnages de poursuivre leurs aventures. En 2011, "Aya" doit changer de dimension et sortir en dessin animé au cinéma.

Marguerite Abouet prépare aussi la sortie de "Bienvenue", une nouvelle bande dessinée dont l'héroïne est une jeune Parisienne.

"C'est pour dire que je sais aussi faire des scénarii avec des Blancs!", sourit-elle.


           

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