Brigitte Zanda, experte en pierres extraterrestres, "source unique d'informations"

AFP
Mercredi 28 Janvier 2015 - 11:40


Paris - "Il y a encore tout à comprendre": pour Brigitte Zanda, spécialiste des météorites au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris, ces pierres qui tombent du ciel constituent "une source unique d'informations sur les premiers instants du système solaire".


Brigitte Zanda
Brigitte Zanda
"Chaque météorite est une fenêtre sur un endroit du système solaire ou nous raconte une fraction de son histoire", explique la cosmochimiste dans un entretien avec l'AFP. "L'avantage c'est que ça tombe du ciel".

Chargée de conservation de la collection nationale de météorites du MNHN, cette cinquantenaire dynamique, normalienne titulaire d'un doctorat de géochimie, est aussi coordinatrice du projet de science participative Vigie-Ciel, une chasse organisée des météorites tombant en France.

Porté par le MNHN, l'Observatoire de Paris et l'université Paris-Sud, le projet repose sur un réseau d'une centaine de caméras, braquées vers le ciel.

Elles vont traquer les météores ou "bolides", ces objets extraterrestres qui s'embrasent au contact de l'atmosphère terrestre, et dont des fragments peuvent atteindre la Terre: morceaux d'astéroïdes, bouts de comètes, voire échantillons lunaires ou martiens.

Le réseau d'observation du ciel devrait être installé au début de l'été, mais la mise en place des campagnes de terrain pour tenter de collecter ce qui est effectivement tombé sur l'Hexagone prendra plus de temps.

Pas question de lancer une chasse au trésor incontrôlée, prévient Brigitte Zanda, soulignant que "la France n'est pas un désert". La traque sera dûment organisée, "dans un cadre légal" et sécurisé.

"Selon les estimations, ce serait entre 5 et 25 objets par an qui tombent en France", indique-t-elle. "Là, on va savoir combien il en tombe vraiment".

- Une science "carrefour" -

Pour Brigitte Zanda, le projet Vigie-Ciel répond bien aux trois directions qu'elle a choisi de suivre lorsqu'elle a été recrutée au Muséum, où elle a réalisé toute sa carrière: enrichissement des collections, diffusion des connaissances et interaction avec le public, et recherche.

"Pour être honnête, la partie recherche, c'est-à-dire l'étude des échantillons, c'est ce que je fais quand j'ai le temps", confie-t-elle. Comme nombre de ses collègues, Brigitte Zanda déplore de devoir "dépenser beaucoup d'énergie à chercher du financement".

Ces dernières années, une grosse partie de son travail a consisté à organiser le partage du matériel de recherche en la possession du Muséum avec les autres institutions et spécialistes des météorites dans le monde, "une petite communauté de quelques centaines de chercheurs".

"Si c'est une météorite qui a une grosse valeur scientifique et même pour certaines une grosse valeur marchande, on pinaille sur 100 milligrammes", explique-t-elle.

"Le problème c'est de trouver un compromis pour ne pas dilapider et en même temps donner assez pour que l'analyse puisse être réalisée correctement". Sachant que plus de la moitié des analyses sont destructrices.

L'étude des météorites est une discipline "toute jeune", souligne la chercheuse. "Il n'y a que 50 ou 60 ans qu'on les étudie vraiment de manière scientifique".

C'est un sujet de thèse qui a conduit Brigitte Zanda à cette science "carrefour", entre astronomie et sciences de la Terre. "Je n'ai pas regretté ce choix", dit-elle, toujours surprise par les cadeaux du ciel.

"Quand la météorite Paris (une masse noire de plus d'un kilogramme) est entrée au Muséum, en 2010, j'ai pensé que c'était la météorite la plus intéressante de toute ma carrière", confie-t-elle.

"Puis un bout de Mars nous est arrivé, il y a deux ans": une pierre de 84 g considérée comme le premier échantillon disponible sur Terre des terrains les plus anciens de Mars, et dont le Muséum a obtenu un fragment.

La chercheuse espère bien que le programme Vigie-Ciel permettra de faire "entrer un ou deux objets inattendus" supplémentaires dans les collections du Muséum.

Grande lectrice d'ouvrages historiques, intéressée par les sciences de la nutrition, Brigitte Zanda est aussi fidèle des conférences TED sur internet.


           

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