Conduire pour l'égalité des sexes en Arabie saoudite

CGNews - Natana J. DeLong-Bas
Samedi 23 Juillet 2011 - 10:25


Boston - Les femmes ont-elles le droit de conduire? Telle est la grosse question en Arabie saoudite par les temps qui courent.


Conduire pour l'égalité des sexes en Arabie saoudite
Lorsque Manal Al-Sharif a posté sur YouTube une vidéo la montrant au volant d'une voiture pour lancer sa campagne Women2Drive sur Facebook, elle a une fois de plus focalisé l'attention du monde entier sur le statut des femmes saoudiennes.

Le droit de conduire une voiture n'est d'ailleurs qu'un des nombreux aspects du problème. Ce qui compte encore plus pour les femmes saoudiennes, c'est leur sécurité personnelle et leurs libertés: le droit de choisir leur mari et leur travail; leur reconnaissance juridique comme citoyens majeurs et de plein droit; l'interdiction du harcèlement sexuel et de la violence domestique; et le soutien des institutions à la défense de leurs droits financiers et juridiques.

Dans ce contexte, les nombreuses campagnes et pétitions qui circulent sur Facebook, par sms, Flickr, WhatsApp et Twitter permettent non seulement de sensibiliser l'opinion mais aussi de s'associer pour une cause commune dans un pays où les manifestations sur la voie publique sont interdites. Rien qu'en 2009, les campagnes sur la toile ont défendu, outre le droit de conduire, le droit de travailler ou de créer son entreprise sans l'autorisation d'un tuteur homme, un accès plus souple au divorce, le droit de choisir ou non de porter le voile et l'interdiction du mariage des petites filles.

Malgré la riposte des milieux conservateurs, la cause des femmes semble avancer. Alors que naguère seules les Saoudiennes semblaient se soucier de leur condition, des hommes aussi - du roi Abdullah jusqu'aux citoyens ordinaires - se sont déclarés en faveur d'un élargissement de l'espace public et du rôle réservé aux femmes. Le roi a ouvert la première université mixte. Il a nommé des conseillères dans l'administration et les tribunaux et facilité l'accès des femmes à la fonction publique.

Des militants hommes comme Hilal Al-Harithy et Abdullah Al-Alami ont récolté des signatures pour montrer que des hommes aussi veulent que leurs concitoyennes puissent conduire. Mohammed al-Qahtani s'est assis à la place du passager lorsque sa femme Maha s'est mise au volant lors de la campagne de juin contre l'interdiction.

La grande manifestation des femmes au volant de Riyad en 1990 avait fait scandale, suscitant des protestations, des arrestations et des licenciements. Aujourd'hui, des hommes et des femmes osent signer publiquement des pétitions à l'intention du Tribunal royal et du Conseil de la choura. Des chefs religieux éminents comme le Cheikh Qays al-Moubarak et le Cheikh Abdullah Al-Mutlaq sont en faveur du permis pour les femmes.

Abdullah bin Mohammed bin Ibrahim Al Al-Sheikh lui-même, le président du Conseil de la choura, a publiquement affirmé que le Conseil se saisirait du dossier si le gouvernement ou le Conseil le lui demandait. La chose ne s'est pas produite, mais le Conseil a récemment adopté un projet de résolution visant à autoriser les femmes à participer aux élections municipales, montrant ainsi qu'il est prêt à leur donner une place accrue dans la vie publique. Selon certains, il faut en croire que le Conseil se penchera prochainement sur la question du permis de conduire.

Le progrès technologique n'y est pas pour rien. D'autres vidéos de femmes au volant ont été postées sur YouTube depuis que Wajeha al-Huweidar avait pris l'initiative en 2008. D'autres campagnes sur internet, comme par exemple We the Women de la militante Areej Khan ont fait avancer le débat. Mais ce n'est qu'en mai 2011, lorsque Manal Al-Sharif a été arrêtée au volant, que le problème s'est propagé comme un feu de brousse.

Les membres de Women2Drive ne demandent pas le renversement du gouvernement. Elles ne contestent ni la religion ni la culture. Elles essaient seulement d'être de bonnes mères, de bonnes travailleuses, de bonnes citoyennes, autant qu'elles le peuvent. Pour cela, elles doivent pouvoir conduire une voiture, en toute sécurité et avec la ceinture bouclée, pour aller au travail, conduire leurs enfants et s'acquitter de leurs tâches quotidiennes. Ce n'est ni pour imiter les femmes occidentales, ni du féminisme, ni une révolution sexuelle. C'est juste pour pouvoir aller faire des courses à l'épicerie sans compter sur personne.

Cela étant, le simple droit de conduire ne va pas faire des miracles. Il faudra aussi des écoles de conduites pour femmes, des services administratifs où elles pourront faire les démarches et obtenir le précieux papier et des services de dépannage pour femmes conductrices. N'oublions pas non plus, puisque des mouvements d'opposition comme Igal invitent à bastonner toute femme trouvée au volant d'une voiture, que des mesures de sécurité devront être mises en place, à commencer par une loi qui punira quiconque agressera physiquement ou sexuellement une automobiliste.

L'opinion mondiale doit reconnaître ce que les femmes saoudiennes ont déjà obtenu. Elle doit les soutenir dans leurs revendications et créer les institutions et les mécanismes indispensables à leur mise en œuvre. Les efforts qu'elles déploient pour conquérir leur libération doivent être reconnus et frayer la voie, de façon que des décisions saoudiennes soient prises sur les problèmes saoudiens.

Women2Drive a été lancé par et pour des femmes saoudiennes pour qu'elles poursuivent la conquête de leur participation à la société saoudienne.

Elles seront bientôt dans le siège conducteur.


           

Nouveau commentaire :

Actus | Politique | Economie | Chroniques | Cultures | Société | Arts | Livres | Education | Médias | Science | Technologies | Divertissement | Sport | Hdhod


IOS
Anrdoid
Facebook
Twitter
Rss