Dans l'ouest de la Birmanie, les Rohingyas vivent la peur au ventre


Mardi 18 Juillet 2017 - 10:32
AFP


Entre les meurtres et les enlèvements inexpliqués et la présence massive de l'armée birmane accusée d'exactions, les musulmans rohingyas de l'ouest de la Birmanie, qui n'ont pas fui lors des derniers heurts, vivent la peur au ventre.


La zone est en partie vidée et de nombreux villages détruits après les opérations militaires lancées en octobre en représailles à des raids meurtriers de groupes armés contre des postes-frontières.

Quelque 70.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh et 22.000 autres ont été déplacés à l'intérieur du pays - sur un total de 1,2 million en Birmanie - pour fuir ce que l'ONU a qualifié de "politique de la terreur".

"Nos maris sont en fuite. Ils nous ont quittés parce qu'ils ont peur des gardes-frontières", explique à l'AFP une femme rohingya, qui a demandé à conserver l'anonymat pour des raisons de sécurité.

Pour la première fois depuis le début de l'opération de l'armée, la presse internationale a eu accès à cette région reculée du nord de l'Etat Rakhine à la frontière avec le Bangladesh lors d'un voyage organisé par le gouvernement.

"Ils ont brûlé notre maison. Nous n'avons plus rien à manger et nos maris se cachent", ajoute-t-elle.

Les grandes manoeuvres militaires sont passées mais la zone reste bouclée et l'armée continue à lancer des raids sur ce qu'elle appelle les "camps d'entrainement des terroristes".

L'ONU estime que des centaines de personnes auraient été tuées en quelques mois lors de ce qui pourrait être l'épisode le plus sanglant de la longue persécution des musulmans rohingyas de Birmanie.

Traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides même si certains vivent dans le pays depuis des générations.

Et au milieu de ce chaos, un nouveau danger a émergé pour les civils: des dizaines d'hommes ont été enlevés et assassinés par des gangs inconnus. Selon les médias officiels, ces bandes se déplaceraient tout habillées de noir et souvent masquées.

Les autorités y voient la main de militants extrémistes rohingyas qui ciblent des dirigeants de la minorité musulmane ou quiconque perçu comme un collaborateur de l'Etat birman.

Richard Horsey, consultant pour l'International Crisis Group confirme qu'une soixantaine de personnes auraient été la cible d'une campagne pour "se débarrasser des musulmans qui sont en quelque sorte liés aux autorités".

- Menaces de mort et fatwas -

Début juillet, des hommes non identifiés ont ainsi débarqué dans le village de Maung Hnama en pleine nuit et traîné Atthu Suwan hors de son lit.

Une fois dehors, il a été poignardé. L'homme âgé de 44 ans avait travaillé comme traducteur pour des fonctionnaires locaux, ont expliqué sa famille et ses amis aux journalistes.

"Je n'ai pas pu manger depuis qu'ils ont pris mon fils", explique Moeyeyan Khatu, sa mère, dont la tristesse déforme le visage buriné.

"Nous craignons que les meurtres se reproduisent", renchérit Hanumyar, 67 ans, un voisin.

Le gouvernement accuse l'Arakan Rohyngya Salvation Army (ARSA), un nouveau groupe de militants qu'il pense financé par des fonds étrangers, de ces meurtres.

Ce groupe avait revendiqué les attaques des postes-frontières en octobre qui ont déclenché la répression. Ces opérations militaires ont été accompagnées de meurtres, de viols, de torture, d'après les récits faits par les Rohingyas réfugiés au Bangladesh.

L'armée mais aussi le gouvernement birman emmené par l'ex-dissidente et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, rejettent avec force ces accusations. Et le pouvoir a refusé l'offre d'envoi d'une mission d'enquête onusienne consacrée aux exactions.

Ces derniers temps en Etat Rakhine, le climat de terreur s'est alourdi: des menaces de mort et des fatwas ont circulé sur les réseaux sociaux visant tous ceux qui osent s'opposer aux militants rohingyas, selon plusieurs analystes et sources rohingyas.

Le nouveau chef du village de Tinmay explique que son prédécesseur a été tué en avril après avoir parlé aux journalistes locaux.

"Je ne dors pas à la maison", raconte-t-il, sans révéler son nom. "mais dans un avant-poste de la police."


           

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