Des Africains mettent en garde: "Une escalade entre l'Arabie Saoudite et l'Iran ne sera profitable à personne"


Mardi 5 Janvier 2016 - 12:33
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Pour des experts et diplomates interrogés par Anadolu, cette crise ne sera profitable à aucun pays dans une région fragilisée par des tensions.


Le Proche-Orient doit absolument faire l'économie d'une nouvelle source de tension, s'accordent des experts et des diplomates africains contactés par Anadolu, réagissant à la crise diplomatique entre l'Iran et l'Arabie Saoudite.

Cette crise a nourri, en Afrique du Nord, des réactions diplomatiques appelant au "calme", encore que certaines affichent une position pro-saoudienne, alors que les pays de l'Afrique subsaharienne se sont gardées de réagir.

"Il n’est dans l’intérêt de personne que ces deux grandes puissances régionales soient en tension permanente, se mènent une guerre d’influence dans la région. Ce n'est pas souhaitable et cela ne sert ni l’intérêt de l’Arabie Saoudite ni celui de l’Iran", résume, dans un entretien avec Anadolu, Salaheddine Jammali, un ancien ambassadeur tunisien, notamment à Ryad, à Damas et à Amman.

L'Arabie Saoudite a annoncé, dimanche, la rupture de ses relations diplomatiques avec l'Iran, après l'attaque de son ambassade par des manifestants à Téhéran. Contenus, tardivement, par les forces de sécurité iraniennes, ces manifestants protestaient contre la décapitation d'un opposant saoudien chiite, Nimr Al-Nimr, accusé par son pays d'instaurer la discorde.

L'incident de l'ambassade est "très grave et contraire aux traditions diplomatiques", poursuit Jammali qui donne raison, sur ce point précis, à la réaction saoudienne.

La tension devrait, pour autant, se résorber, le cas échéant elle pourrait affecter d'autres zones de conflit et points chauds dans la région, notamment la Syrie où les deux pays sont "très présents."

Pour Ahmed Rajab, un expert égyptien spécialiste des questions arabes, "la crise pourrait impacter d'autres régions, à l'instar du Yémen, antichambre de l'Arabie Saoudite, vu que l'Iran y appuie les rebelles Houthis, alors que l'Arabie Saoudite est en tête d'une alliance arabe se proposant de rétablir la légalité dans ce pays."

Le Bahreïn, à majorité chiite, pourrait subir, également, les soubresauts de cette crise, puisque ce pays fait déjà l'objet d'une "rivalité historique" datant des années 1960 entre les deux puissances précitées, selon cet observateur, interrogé par Anadolu.

A cette liste s'ajoutent également le Liban, concerné par le conflit syrien, ne serait-ce que par la présence du groupe Hezbollah, soutenu "inconditionnellement" par l'Iran, mais également l'Irak.

Nonobstant les récentes déclarations du Chef du Gouvernement irakien, Hayder Al-Abbadi, se défendant que son pays soit le "terrain de rivalités régionales", les troubles communautaires semblent pointer du nez de nouveau, avec deux mosquées sunnites dans le centre de l'Irak, visées lundi, par des attentats à la bombe.

Dans une déclaration à Anadolu, Kofi Kpaye, conseiller au Ministère des affaires étrangères togolais, estime ainsi que cette crise diplomatique risque de raviver les susceptibilités communautaires. Cela va compromettre la paix dans la région, et n'arrangera personne", dit l'expert togolais.

C'est ainsi "une crise qui intervient au mauvais moment" puisque l'Arabie saoudite est en train de créer une vaste coalition pour lutter contre le terrorisme, alors que, parallèlement, des efforts fournis par les pays de la région se poursuivent pour trouver une issue pacifique à la crise syrienne, analyse Kpaye, par ailleurs enseignant de relations internationales à l'Université de Lomé.

Selon le diplomate tchadien du Ministère du plan et de la coopération internationale, Digamnelem Moise, "l’intérêt international commande de mettre la balle à terre et jouer une médiation de haut niveau pour apaiser les tensions sinon, le monde, déjà affaibli par une faible croissance économique, souffrira", a-t-il indiqué à Anadolu.

De fait, les cours du pétrole étaient orientés à la hausse lundi après la décision de Ryad de rompre ses relations avec Téhéran. Si elle devait se confirmer, cette tendance ne pourrait que nuire aux populations de la région, en premier lieu.

"Cela voudra dire plus d’argent pour s’armer. Or une économie de guerre est toujours une économie de déficit et d’austérité qui nuira aux investissements et au développement" estime Jammali.

"Tout serait perdu, en l'absence d'intervention de sages de la région ou d'ailleurs", résume, pour sa part, Rajab.

Inspirés, sans doute, par cette même logique, et dans le quasi-mutisme de l'Afrique subsaharienne, des pays de l'Afrique du Nord, ont lancé des appels à l'apaisement.

La diplomatie marocaine a ainsi appelé, dimanche, les responsables saoudiens et iraniens à "la sagesse", pour éviter que "la situation actuelle ne s'étende à d'autres pays la région déjà confrontés à de nombreux défis et à des éléments de fragilité multiples". Une position "inhabituelle", analyse le site marocain, Alfpost, puisque le Maroc, réputé proche des pays du Golf, s'est abstenu de condamner l'atteinte à la souveraineté saoudienne.

"Cette position de la diplomatie marocaine interpelle; s'agit-il simplement d'une attitude modérée dans cette crise, ou indique-t-elle plutôt un froid entachant les relations avec les pays du Golf, l'Arabie Saoudite en particulier", poursuit Alfpost.

Pour sa part, la diplomatie tunisienne a qualifié, dimanche, l'attaque de l'ambassade saoudienne d' "atteinte flagrante à la convention de Vienne sur les relations diplomatiques". Le communiqué du Ministère des affaires étrangèrs a ensuite appelé à éviter "tout ce qui est de nature attiser les tensions dans la région, afin de préserver la sécurité et la stabilité des pays".

Ces tensions semblent toutefois se propager au-delà de la région, puisque le Soudan a annoncé, lundi, la rupture de ses relations diplomatiques avec l'Iran.

De son côté, la Mauritanie, tout comme l'Egypte, s'est contentée dans un communiqué de son Ministère des affaires étrangères de "condamner" les émeutes dirigées contre l'ambassade saoudienne en lran", et de rappeler le "respect de la souveraineté et l'obligation de non ingérence dans les affaires internes des États".


           

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