Donald Trump et la Russie, l'affaire qui ne s'éteint pas


Vendredi 3 Mars 2017 - 18:21
AFP


Donald Trump reste englué dans des accusations de collusion avec Moscou, chaque semaine complétant le tableau des contacts entre son entourage et des responsables russes au cours de la campagne électorale de 2016 --des liens innocents, martèle le président américain.


Le milliardaire a dénoncé une "chasse aux sorcières" et la diffusion d'informations confidentielles dans la presse, pointant du doigt ses propres services de renseignement, qui enquêtent depuis l'an dernier sur la campagne de désinformation et de piratage lancée par Moscou pour déstabiliser le processus électoral américain et discréditer la candidate démocrate Hillary Clinton.

La presse a révélé cette semaine que l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergueï Kisliak, avait rencontré avant et après l'élection plusieurs conseillers ou proches du républicain.

En marge de la convention d'investiture du parti républicain, en juillet à Cleveland, deux ex-conseillers du candidat, J.D. Gordon et Carter Page, ont rencontré le diplomate russe, a rapporté USA Today.

Jeff Sessions, un fidèle de Donald Trump qui était alors sénateur, a également vu M. Kisliak en marge de la convention. Il l'a revu dans son bureau, au Congrès, en septembre, alors même que la Russie était déjà soupçonnée publiquement d'avoir piraté le parti démocrate.

Des rencontres anodines, selon Jeff Sessions, devenu entre temps ministre de la Justice.

"Jeff Sessions est un honnête homme", a défendu Donald Trump.Son fils aîné Donald Trump Jr. s'est rendu en octobre à Paris pour une conférence rémunérée au moins 50.000 dollars et organisée par un groupe de réflexion proche de Moscou, le Center of Political and Foreign Affairs.

En décembre, on retrouve M. Kisliak à la Trump Tower à New York pour une courte visite lors de laquelle il a vu l'influent gendre du président élu, Jared Kushner, ainsi que le général à la retraite Michael Flynn, avec lequel il a multiplié les coups de fil après l'imposition de sanctions contre la Russie par l'administration Obama. M. Flynn, nommé conseiller à la sécurité nationale, a démissionné le 13 février.

Sans compter le passé de Paul Manafort, ancien président de l'équipe de campagne du républicain, qui en tant que lobbyiste international a fréquenté les milieux pro-russes.

- Puzzle russe -

La défense de la Maison Blanche est que rien, dans ces contacts, ne permet d'établir une quelconque collusion. On ignore à ce stade la teneur des communications repérées par les services de renseignement américains entre les proches de Donald Trump et du pouvoir russe en 2016.

"Les gens ont fait le choix d'en faire des jeux politiques, ils devraient avoir honte", a dit Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, sur Fox News.

"Toute cette histoire est une façon de ne pas perdre la face pour les démocrates qui ont perdu une élection que tout le monde croyait imperdable", a accusé le président américain.

La multiplicité des contacts trouble pourtant au Congrès, où la Russie compte peu d'amis et où de nombreux parlementaires sont horrifiés par le rattachement de la Crimée et par le conflit syrien.

Certes, les ambassadeurs étrangers fréquentent les parlementaires. Mais aucun des 25 autres sénateurs membres de la commission de la Défense du Sénat, à laquelle appartenait Jeff Sessions, n'a rencontré l'ambassadeur russe, a établi le Washington Post.

Et l'équipe de campagne d'Hillary Clinton a confirmé à l'AFP qu'aucun de ses membres n'avait rencontré de responsable russe, a fortiori Sergueï Kisliak.

Sous pression de l'opposition et de la majorité, le ministre Jeff Sessions s'est récusé jeudi dans toute enquête portant sur la campagne électorale.

Mais cette récusation n'a pas apaisé ceux qui soupçonnent toujours l'exécutif de dissimulation, en parallèle des propos admiratifs de Donald Trump pour Vladimir Poutine ces dernières années.

"Pour faire la lumière sur le rôle de la Russie dans l'élection de 2016, les responsables parlementaires doivent nommer une commission spéciale, sur le modèle de celle du Watergate, composée de membres respectés des deux partis et des deux chambres", a estimé vendredi dans un éditorial le quotidien USA Today. "Les dérobades de Jeff Sessions ne sont qu'une pièce d'un puzzle beaucoup plus grand".


           

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