Etat d'urgence en Egypte qui enterre les victimes des attentats anti-Coptes


Lundi 10 Avril 2017 - 16:49
AFP


Alexandrie (Egypte) - Des centaines de chrétiens égyptiens participaient lundi aux funérailles douloureuses de leurs "martyrs" au moment où l'Egypte s'apprête à vivre de nouveau dans l'état d'urgence au lendemain des attentats contre deux églises coptes qui ont fait 45 morts.


Le groupe jihadiste Etat islamique (EI), qui avait récemment menacé de multiplier les attaques contre la communauté chrétienne en Egypte, a revendiqué les attaques ayant visé dimanche en pleine célébrations des Rameaux deux églises à Alexandrie et à Tanta, dans le nord du pays.

Ces violences interviennent à quelques semaines seulement de la visite du pape catholique François, qui a décidé de maintenir son déplacement au Caire les 28 et 29 avril, a indiqué lundi un haut responsable du Vatican.

Dans le monastère de Mar Mina à l'ouest d'Alexandrie, l'église était pleine à craquer de fidèles venus présenter leurs derniers hommages aux membres de leur communauté.

La veille, 17 Coptes avaient été tués lorsqu'un kamikaze avait fait détonner sa ceinture explosive à l'entrée de l'église Saint-Marc d'Alexandrie.

Les corps des victimes, placés dans des cercueils en bois recouverts d'une croix dorée, ont été déposés près de l'autel, sous les applaudissements des fidèles saluant leurs "martyrs".

Au moment de l'enterrement, la foule en colère a dénoncé les manquements des forces de sécurité, réclamant la démission du ministre de l'Intérieur, en scandant "Dégage, dégage (Magdy) Abdel Ghaffar".

Un quotidien pro-étatique, Al-Bawaba, a indiqué sur son site internet que son édition papier de lundi, qui dénonçait les manquements des forces de sécurité, avait été interdite de parution.

Une autre attaque avait visé dimanche matin l'église Mar Girgis (Saint-George) de Tanta, dans le delta du Nil, à une centaine de km du Caire. L'explosion d'une bombe en pleine messe a fait 28 morts et 78 blessés.

Au Caire, le gouvernement a annoncé que l'état d'urgence devait entrer en vigueur lundi à 13H00 heure locale (11H00 GMT). Il n'était toutefois pas possible dans l'immédiat de savoir s'il était véritablement appliqué.

En effet, selon la Constitution, le président Abdel Fattah Al-Sissi doit impérativement obtenir l'approbation du Parlement sous un délai de sept jours sur l'état d'urgence. Une formalité, puisque la majorité des députés est acquise au président.

L'état d'urgence, d'une durée de trois mois, élargit les pouvoirs policiers en matière d'arrestation et de surveillance.

Après avoir ordonné dimanche soir à l'armée de se déployer pour protéger les "infrastructures vitales" du pays, le chef de l'Etat a réclamé des mesures "pour assurer une protection totale des frontières".

"La majorité du Parlement devrait approuver l'état d'urgence" car "la situation l'exige pour rétablir une sécurité totale", a estimé le député Yehia Kedouani, membre de la commission de Défense et de sécurité nationale.

Selon lui, la mesure permettra notamment le maintien en détention pendant 45 jours des "éléments terroristes actifs qui sont connus des services, mais pour qui il n'y a pas de preuves matérielles permettant de les traduire en justice".

L'état d'urgence avait été observé pendant trois décennies sous le raïs Hosni Moubarak. Son abrogation était l'une des principales demandes des militants durant la révolte de 2011 qui a mis fin à son règne.

Supprimé en 2012, il avait été rétabli pendant un mois après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi l'année suivante, au moment où les forces de sécurité réprimaient dans le sang ses partisans.

Il est déjà appliqué depuis quelques années dans une partie du nord de la péninsule du Sinaï, où l'EI est très actif.

Pour Mustapha Kamel al-Sayyid, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire, son adoption sur tout le territoire relance les inquiétudes au moment où toutes les voix d'opposition sont réprimées.

"Sous M. Sissi, on voit que les arrestations et les jugements concernent également des gens qui n'ont aucun lien avec des actes terroristes", met en garde l'expert, en référence aux militants de l'opposition y compris libérale.

Les attaques de dimanche interviennent quatre mois après un attentat suicide de l'EI contre une église du Caire qui avait fait 29 morts.

Les Coptes orthodoxes d'Egypte sont la communauté chrétienne la plus importante et la plus ancienne du Moyen-Orient. Ils se disent victimes de discriminations de la part des autorités et de la majorité musulmane.


           

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