France: Après le non au burkini, la plage de Cannes refuse le voile


Mercredi 24 Août 2016 - 12:55
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Paris - Après le burkini, c'est le voile qui est désormais interdit des plages françaises? La ville de Cannes (Provence-Alpes-Côte d'Azur), qui a été la première commune à interdire le port de ce maillot de bain couvrant intégralement le corps et les cheveux et porté par certaines musulmanes, semble vouloir se distinguer une fois de plus, en verbalisant, cette fois-ci, une femme pour le simple port d'un voile sur la plage.


Siham, 34 ans, mère de deux enfants, originaire de Toulouse, a été victime de cette première interdiction du voile sur la plage, subissant même une amende 11 euros. Le procès verbal accompagnant l'amende émis le 16 août et auquel Anadolu a eu accès, cible "toute personne n'ayant pas une tenue correcte respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité", allant donc au-delà du port de burkini.

Pour Siham, Française convertie à l'islam, c'est une première depuis qu'elle a commencé à porter le voile il y a six ans et une affaire tout simplement "inadmissible". Jointe par Anadolu, elle explique qu'elle ne portait pas le burkini ce jour-là, mais un voile et une tenue normale, sur la plage de Cannes-la-Bocca.

"Quelqu'un aurait appelé la police puisque trois policiers se sont dirigés directement vers nous pour m'informer de l'arrêté [du maire de Cannes]", indique la trentenaire. C'est notamment sur le mot "correct" que les deux parties ont polémiqué dès lors que la police a suggéré à Siham de "mettre son foulard en bandana".

"Je ne peux pas mettre mon foulard en bandana, je veux cacher mon cou, je ne vois pas en quoi cela peut gêner", réplique alors Siham avant d'être invitée par la police à quitter la plage.

"Ils m'ont demandé clairement 'Vous ne voulez pas quitter la plage? Non? On va donc vous verbaliser'", raconte Siham, se disant "révoltée" par la réaction de la police.

Pourtant ce n'est pas seulement la réaction de la police qui a choqué la jeune toulousaine. En effet, "seulement trois ou quatre personnes sont venus me soutenir, les autres étaient plutôt contents, en me disant 'Vous n'avez rien à faire ici, rentrez chez vous'", déplore-t-elle.

Et d'ajouter: "Je suis française de naissance, de parents français, de grand-parents et arrière-parents français. Je suis convertie, mais on vient me dire 'Rentre chez toi'. Je suis déjà chez moi".

Siham rappelle par ailleurs qu'en portant le voile, elle n'a eu "aucune remarque ou problème avec les gens" ces six dernières années et qu'elle n'a jamais porté le burkini sur la plage. En revanche, elle confie ne plus se sentir capable de s'habiller comme elle veut "dans son pays".

"Je me suis sentie clairement rejetée, exclue de mon pays", affirme-t-elle.

Siham ne baisse pourtant pas les bras après cette première verbalisation pour le port du voile sur la plage. "Je n'ai pas payé le PV et je vais faire appel. J'ai déjà contacté le CCIF [Collectif contre l'islamophobie en France, ndlr] pour contester l'amende", informe la Toulousaine.

Siham pense par ailleurs introduire une action en justice contre le maire de Cannes David Lisnard (Les Républicains) pour avoir "bafoué les libertés individuelles". "Nous allons tout faire pour que ce genre d'incident ne se reproduise plus", assure-t-elle.

- La croix exemptée de l'interdiction?

Mathilde C., journaliste et réalisatrice de télévision indépendante, ajoute des précisions à la version des faits livrée par Siham, notamment au niveau de la réaction des policiers. Se trouvant par coïncidence dans la proximité de la plage en question au moment de la verbalisation, elle explique à Anadolu que la police voit dans cet arrêté, une interdiction non pas de burkini mais de "tous les signes religieux ostentatoires sur la plage".

Interrogeant alors les policiers sur le port de la croix sur la plage, Mathilde indique avoir eu une réponse sèche de leur part: "Nous n'allons quand même pas chercher la croix".

Les policiers ont pourtant refusé de répondre à la question comparant l'entrave à la laïcité posée par le voile et la croix, poursuit la jeune journaliste.

Comme Siham, Mathilde se dit aussi "choquée" par la réaction des gens sur la plage, largement en faveur des policiers. "Ce n'était pas seulement des vieux mais aussi des jeunes, des trentenaires qui soutenaient l'intervention de la police", note-t-elle.


           

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