Frappes russes en Syrie : doutes sur les cibles


Jeudi 1 Octobre 2015 - 10:19
L'OBS


Malgré ces interrogations, Russes et Américains doivent se rencontrer afin d'éviter un incident militaire entre leurs deux aviations.


L'armée russe a diffusé des images de ses premières frappes sur le sol syrien mercredi soir.
L'armée russe a diffusé des images de ses premières frappes sur le sol syrien mercredi soir.
Frapper le groupe Etat islamique ou soutenir militairement le régime de Bachar al-Assad ? Les véritables objectifs de Moscou suscitent le doute au lendemain des premiers bombardements de l'aviation russe sur le territoire syrien, à la demande de Bachar al-Assad.

Le Kremlin s'est empressé de communiquer sur ces frappes : elles visaient à prendre les "terroristes" de vitesse et détruire leurs positions en Syrie, avant qu'ils ne viennent "chez nous". Le président russe a justifié ses opérations en Syrie, comme étant le "seul moyen de lutter efficacement contre le terrorisme international", ajoutant que les bombardements étaient conformes au droit international.

Moscou a par ailleurs confirmé qu'il s'agissait uniquement d'opérations aériennes ; mais l'armée russe est montée en puissance en Syrie durant l'été, et surtout en septembre, en déployant avions, hélicoptères, tanks et soldats dans le nord-ouest du pays et en construisant une base dans l'aéroport de Lattaquié. Elle a également intensifié ses livraisons d'armes à Damas.

La télévision officielle syrienne a très vite confirmé des bombardements dans les provinces de Hama (nord-ouest) et Homs (centre). L'armée syrienne a d'ailleurs elle aussi mené une frappe dans la région de Lattaquié (nord-ouest). 

Ces explications peinent à convaincre. Alors qu'il était à New York où se tenait l'Assemblée générale de l'ONU, le chef de l'opposition syrienne en exil, Khaled Khoja a estimé que les frappes de Homs ont tué 36 civils "innocents" dans "des zones qui ont combattu" l'EI.

Les Russes ont choisi ces régions parce que ce sont des régions où le régime de Bachar a subi des défaites", a précisé le politologue libanais Zyad Majed joint par l'AFP.

"Daech n'a aucune présence à Lattaquié et Hama, et a une présence limitée à Homs", a-t-il expliqué.

Appel de Kerry à la "deconfliction"

Il existe "des indications selon lesquelles les frappes russes n'ont pas visé Daech", a confirmé le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui estime qu'il faut "vérifier quels étaient les objectifs" de ces bombardements.

Ce n'est pas sur Daech qu'ils ont frappé, c'est sans doute sur les groupes d'opposition, ce qui confirme qu'ils sont davantage dans le soutien au régime de Bachar al-Assad que dans la lutte contre Daech", n'a pas hésité à lancer une source diplomatique française, qui souhaite rester anonyme.

De leur côté, les Etats-Unis ont, eux aussi, estimé que les frappes ne visaient probablement pas les groupe Etat islamique. L'approche russe "tournera mal" si elle se fixe pour unique objectif de défendre le régime de Bachar al-Assad, a prévenu Ashton Carter, secrétaire américain à la Défense. "Les rumeurs indiquant que les objectifs de ces frappes n'étaient pas l'EI ne sont en rien fondées", a rétorqué le chef de la diplomatie russe dans un communiqué, ce jeudi matin.

Malgré ces nouvelles tensions, Russes et Américains ont convenu de se rencontrer "le plus vite possible" afin d'éviter un incident militaire entre les deux aviations. La réunion entre les deux armées doit porter sur ce que le secrétaire d'Etat américain John Kerry appelle, en anglais, la "deconfliction". C'est la première fois que l'armée russe intervient aussi loin de son territoire depuis 36 ans et l'invasion de l'Afghanistan en 1979 : un autre temps qui vient de resurgir un peu dans un contexte de méfiance réciproque.



           

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