Harry Potter en version électronique ?

canoe.ca
Jeudi 30 Avril 2009 - 11:58


Le dernier projet de J.R.R. Tolkien a duré six ans, soit un peu plus de la moitié du temps qu’il a fallu à l’auteur pour terminer la trilogie du Seigneur des anneaux. De la même façon, obtenir l’autorisation de publier un livre en format électronique semble tout aussi interminable et presque plus que la rédaction même.


Harry Potter en version électronique ?
« La succession de Tolkien voulait être absolument certaine que les livres électroniques n’étaient pas éphémères », explique David Roth-Ey, directeur du développement des affaires chez HarperCollins, division du Royaume-Uni, qui a annoncé la semaine passée que l’œuvre de l’auteur britannique – l’un des auteurs les plus renommés du monde – pourrait être téléchargée.
« Nous avons enfin réussi à convaincre la succession de Tolkien que le livre électronique est un format légitime et répandu. »
L’ajout de Tolkien à la banque de livres électroniques comble un vide important. Le secteur des livres électroniques étant l’un des plus prolifiques (et presque le seul) du domaine de l’édition, les autres auteurs et leur succession se sont adoucis. Tom Clancy et Danielle Steel qui étaient autrefois récalcitrants ont accepté que leurs livres soient numérisés. John Grisham devrait aussi emboîter le pas. Grove/Atlantic Inc., qui a publié l’œuvre d’auteurs comme William Burroughs, Samuel Beckett et Malcolm X, s’attend à ce que plusieurs anciennes éditions soient offertes en version numérique.
«La résistance est de moins en moins vive, explique Eric Price, éditeur associé chez Grove.
Mais vous pouvez tout de même vous bâtir une belle bibliothèque avec les livres qui ne sont pas en format électronique. Pensons notamment à la série Harry Potter et à bon nombre de grands classiques comme Catcher in the Rye, Catch-22, Lolita, To Kill a Mockingbird, Atlas Shrugged, Things Fall Apart, The Outsiders et Fahrenheit 451.
Par ailleurs, les livres de certains auteurs modernes comme Thomas Pynchon, Guenter Grass et Cynthia Ozick, ou de feu Studs Terkel, Roberto Bolano et Saul Bellow ne sont pas offerts en format électronique. On peut compter les livres d’auteurs comme Paul Bowles, Hunter S. Thompson et James Baldwin sur les doigts de la main.
Les raisons sont d’ordre juridique, financier ou philosophique.
* L’auteur ou sa succession refuse tout simplement
Pensons notamment à J.K. Rowling qui préfère les livres en format papier et qui se méfie de la technologie. Ne vous attendez pas non plus à lire A Streetcar Named Desire ou tout autre produit de Tennessee Williams avec votre livre électronique.
«Pour l’instant, sa succession s’oppose à toute forme de concession de licence électronique, explique l’agent littéraire Georges Borchardt, qui représente la succession de M. Williams. Ils ne font pas confiance à la technologie.»
* L’auteur ou sa succession veut obtenir une offre financière plus intéressante.
Les agents se plaignent que les redevances, qui représentent habituellement 25 pour cent des recettes nettes, sont négligeables et qu’elles devraient être doublées puisque le contenu numérique ne coûte pratiquement rien à produire et à distribuer.
«Le profit des éditeurs est énorme, et il l’est davantage avec les livres électroniques qu’avec le reste, explique Timothy Knowlton, chef de la direction de Curtis Brown Ltd., où l’on retrouve des auteurs comme l’écrivain d’affaires Jim Collins (dont le livre Good to Great n’est pas offert en format électronique) et le maître-penseur en religion Karen Armstrong (dont la dernière publication peut être téléchargée).
«À mon avis, c’est évidemment injuste et ça pourrait se retourner contre les éditeurs qui insistent.»
M. Knowlton affirme que HarperCollins fait partie de ceux qui offrent 25 pour cent. Ana Maria Allessi, vice-présidente et éditrice chez HarperMedia, une division multimédia de HarperCollins, n’a pas confirmé les chiffres, mais a déclaré que le taux est toujours le même depuis 2001.
«Nous croyons que c’est le bon pourcentage. Il permet au marché de se développer tout en offrant une somme respectable aux auteurs», explique Mme Allessi.
* L’auteur ou sa succession est ouvert à l’idée du format électronique, mais ne croit pas que le marché est assez grand pour justifier les dépenses et les risques.
Arthur Klebanoff de RosettaBooks, une maison d’édition de livres électroniques, se souvient des maintes tentatives d’obtention des droits de To Kill a Mockingbird et autres classiques du genre provoquant un scepticisme quant aux ventes.
«Certains des plus grands noms attendent encore que le marché fasse ses preuves», affirme M. Klebanoff.
Les formalités administratives en matière de numérique sont particulièrement exhaustives, surtout pour les livres publiés avant l’ère du Kindle/Sony Reader. Le livre Infinite Jest de David Foster Wallace publié en 1966 par Little, Brown and Company, est un des grands favoris. Il sortira enfin en format électronique. Par ailleurs, Grove/Atlantic espère obtenir les droits de numérisation de Naked Lunch de William S. Burroughs, publié en version papier en 1959, à temps pour le 50e anniversaire du livre.
«On doit lire chaque contrat pour voir s’il y a une clause relative aux droits électroniques ou non, raconte Eric Price de Grove. Quand on lit des centaines et des centaines de contrats, c’est long, très long.»
Parfois, le processus est si compliqué que les parties ne savent même pas si les droits ont été accordés. Le gérant de la succession littéraire de Jack Kerouac, John Sampas, a d’abord déclaré que On the Road n’était pas disponible en format électronique parce que l’éditeur (Viking) n’avait pas demandé la permission. Il s’est ravisé en déclarant que le livre était disponible, mais qu’il parlait probablement du manuscrit original (l’édition Scroll publiée en 2007), et pas de la version éditée reconnue par des millions de lecteurs.
M. Sampas a proposé de communiquer avec Viking, qui n’a pas pu fournir de réponse rapidement (ni Sony ni Kindle ne vendent l’édition populaire de On the Road).
Les auteurs aussi peuvent être les derniers à l’apprendre. Erica Jong n’a «aucun problème avec les livres électroniques» et était étonnée d’apprendre que Fear of Flying n’était pas offert en format électronique. L’historien Douglas Brinkley préfère l’encre et le papier et il espère que son œuvre, notamment les best-sellers The Great Deluge et Tour of Duty, n’est pas en vente électroniquement.
Mais elle l’est.
«C’est pourquoi je n’y pense pas, dit-il. Personnellement, je suis assez intelligent pour reconnaître la mode des livres électroniques et assez inébranlable pour y résister.»


           

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