L'extradition de Polanski aux Etats-Unis définitivement refusée par la justice polonaise


Vendredi 27 Novembre 2015 - 10:37
AFP


L'extradition du cinéaste polono-français Roman Polanski aux Etats-Unis où il est accusé du viol d'une mineure en 1977, a été définitivement refusée par la justice polonaise, a annoncé vendredi le parquet de Cracovie qui a renoncé à son droit de faire appel de la décision.


L'analyse des motivations de la décision des juges "permet de reconnaître comme justifiée la décision du Tribunal régional de Cracovie de refuser la remise de Roman Polanski aux autorités américaines", selon le parquet.

"Ceci met un terme aux procédures judiciaires contre M. Polanski et sa situation légale est similaire à celle dont il jouit en Suisse", le pays qui en 2010 a rejeté la demande d'extradition américaine, a indiqué à l'AFP Jerzy Stachowicz, un des avocats du cinéaste.

Il revient désormais au ministre de la Justice de communiquer la décision du tribunal aux autorités américaines.

Or, le nouveau ministre conservateur Zbigniew Ziobro s'était prononcé dans le passé en faveur de l'extradition de M. Polanski.

"On ne peut protéger personne contre sa responsabilité pour un acte aussi odieux que celui d'avoir abusé d'une mineure", avait déclaré M. Ziobro, peu avant de devenir membre du gouvernement du parti conservateur catholique et populiste Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski.

Pourtant, selon l'avocat de M. Polanski, "si le ministre respecte les procédures et les règlements il n'y a pas à s'inquiéter".

Néanmoins, le procureur général, légalement indépendant du ministre de la Justice, a encore pendant six mois le droit de casser la décision du parquet de Cracovie.

Le 30 octobre, le tribunal régional de Cracovie (sud) a conclu à "l'irrecevabilité de la demande d'extradition aux Etats-Unis du citoyen polonais et français Roman Polanski".

Dans les attendus de la décision de justice lus pendant plus de deux heures, le juge Dariusz Mazur s'est livré à un virulent réquisitoire contre la justice américaine. Selon lui, des juges et des procureurs américains ont "gravement violé les règles d'un +fair trial+ (procès équitable)" dans l'affaire Polanski.

"Si la Pologne avait accepté la demande américaine d’extradition, elle aurait violé les droits de M. Polanski et du même coup, la Convention européenne des droits de l'Homme", a-t-il alors estimé.

Les Etats-Unis avaient adressé en janvier à la Pologne une demande d'extradition de Roman Polanski, qui vit en France, après une apparition publique à Varsovie du réalisateur du "Bal des Vampires" et de "Rosemary's Baby".

En 1977, en Californie, Roman Polanski, à l'époque âgé de 43 ans, avait été poursuivi pour avoir violé Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans.

Après 42 jours de prison, puis sa libération sous caution, le cinéaste qui avait plaidé coupable de "rapports sexuels illégaux" avec une mineure s'était enfui des Etats-Unis avant l'annonce du verdict, craignant d'être lourdement condamné.

La ligne de défense de ses avocats polonais consistait à démontrer que la demande d'extradition n'était pas fondée, compte tenu de l'accord passé à l'époque entre le cinéaste et la justice américaine.

Aux termes de cet accord, accepté par le procureur et les avocats de la victime, selon eux, la peine prévue a été purgée par leur client, un point de vue partagé par le tribunal de Cracovie.

Le 22 septembre, en présence du cinéaste, ses avocats avaient présenté au tribunal de nouveaux documents, analyses d'experts et témoignages réunis pendant les précédents procès aux Etats-Unis et en Suisse.

Le 25 février, à la première audience, le cinéaste avait fourni pendant neuf heures des explications, à huis clos.


           

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