L’impact de l’extension du mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un Référendum au Sahara occidental

Pascal Fritscher
Samedi 20 Avril 2013 - 10:34



L’impact de l’extension du mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un Référendum au Sahara occidental
L’annonce de l’initiative américaine d’étendre le mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un Référendum au Sahara occidental (MINURSO) a sonné comme un coup de tonnerre à Rabat. Les répercutions ne se sont pas fait attendre puisque plusieurs sources médiatiques font état du gel de la coopération entre le Maroc et les Etats-Unis sur des sujets d’importance capitale. Ainsi, le dernier exercice militaire conjoint entre les deux pays, African Lion, aurait été annulé par Rabat.

Une telle réaction marocaine peut surprendre les observateurs non avertis de la politique internationale, qui peuvent se demander comment un Etat comme le Maroc peut tenir ainsi tête à la superpuissance américaine. Le fait est que le Royaume du Maroc place sa cause nationale au-dessus de toute préoccupation, de quelque nature qu’elle soit.

En effet, l’extension du mandat de la MINURSO telle que proposée par les Etats-Unis constitue en soi une atteinte grave à la souveraineté nationale et territoriale marocaine. Elle constitue à la fois une atteinte à l’Etat en tant que tel, mais également à la Nation Marocaine, puisqu’elle n’aura d’autres effets que de placer sous tutelle toute une Nation à partir du moment où elle circulera dans ce qui est appelé au Maroc, « les provinces du sud ».

A côté de cela, toutes les instances régaliennes de l’Etat marocain seront remises en question, puisque le monopole de la légitimité étatique serait remis en cause par l’instauration d’un « corps étranger », qui phagocyterait toute action étatique de régulation des rapports sociaux. Il s’agit ni plus ni moins que de la création de toute pièce d’une des conditions qui mèneront à l’instauration d’un Etat failli : l’impossibilité de maintenir une paix sociale par des institutions étatiques légitimes.

On comprend alors mieux la réaction des autorités marocaines, qui au plus haut niveau de l’Etat se sont insurgées contre la nouvelle de l’initiative américaine. Mais c’est la nature d’une telle initiative qui sème la confusion et la compréhension. Il est clairement impensable que les Etats-Unis n’aient pas pu penser aux conséquences que leur proposition pourrait avoir sur l’ensemble de la sous-région.

Tout d’abord, l’extension du mandat de la MINURSO correspond entièrement aux demandes des séparatistes du Polisario et de leurs soutiens algériens qui, à travers leurs organes de presse officiels, se sont appliqués à donner écho à cette demande. Il s’agirait alors d’une victoire politique pour les séparatistes et leurs soutiens. L’effet serait alors d’alimenter leur communication d’influence qui est clairement orientée vers la dilution de la dimension politique dans la question humanitaire. Cette dilution correspond à une stratégie d’usure qui, selon les séparatistes et leurs soutiens, mènera nécessairement à l’affaiblissement du Maroc et à l’enlisement de la situation.

D’autre part, l’instauration d’un tel mécanisme légitimera le Polisario comme seul interlocuteur de la communauté internationale aux côtés du Maroc, dans le dossier du Sahara. Cette situation serait sans précédent puisque pour la première fois les Nations Unies traiteraient d’égal à égal avec un Etat légitime et reconnu par les Nations Unies, et avec un groupement non étatique armé, aux relents déstabilisateurs, œuvrant pour le séparatisme à partir d’un Etat voisin.

Il s’agirait d’une étape supplémentaire vers la déliquescence de la stabilité du Royaume du Maroc dans la région. Il s’agirait également d’une incitation à peine voilée au séparatisme dans la région déjà déstabilisée par les actions du Mouvement national de libération de l'Azawad. Il ne fait nul doute alors, que les touaregs algériens et les différentes tribus libyennes observeront avant grand intérêt les développements de cette dernière question dans le dossier du Sahara.

La raison commanderait de croire que Washington a bien pris compte de ces conséquences, et qu’elle est prête à y faire face. Dans le cas contraire, elle aurait réussi ce que chacun avait prédit pour le Mali, une « afghanisation » du Sahel, mais à une échelle bien plus grande qu’on aurait pu l’imaginer.

Pascal Fritscher
Spécialiste de la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique


           

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