La Turquie, une source d’inspiration pour l’Egypte ?

CGNews - Mustafa Abdelhalim
Lundi 4 Juin 2012 - 09:58


Le Caire – La semaine dernière, les Egyptiens se sont rendus aux urnes, afin de participer aux premières élections présidentielles depuis la chute du président Moubarak, en février 2011. Pour permettre au pays d’avancer, le président élu à l’issue du second tour de ces élections devrait s’inspirer d’autres pays qui ont réussi leur transition vers un système démocratique.


Recep Tayyip Erdogan
Recep Tayyip Erdogan
Dans le cadre d’une enquête menée par l’Université de Maryland, 63 pourcent des Egyptiens déclarent que le chef d’Etat qu’ils admirent le plus en dehors de leur pays est le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, et ils affirment que l’Egypte a tout intérêt à prendre modèle sur la Turquie. La Turquie est en effet un exemple pertinent, parce que le pays a relevé avec succès trois défis cruciaux auxquels l’Egypte doit également faire face, à savoir les relations entre l’armée et le gouvernement civil, la croissance économique, et le développement de relations internationales positives.

En ce qui concerne les deux premiers points, l’Egypte s’emploie à définir le rôle que doit jouer le Conseil suprême des forces armées dans le nouveau gouvernement, et l’étendue de son pouvoir. S’il est vrai que l’Egypte et la Turquie vivent des situations différentes, la Turquie peut toutefois servir de modèle en ce qui concerne les limites du rôle de l’armée par le respect du droit et non la violence.

La capacité de la Turquie à restreindre l’influence de l’armée a été, de manière générale, une réussite. L’armée turque s’est fixée comme mission de garantir la laïcité. Ainsi, elle a renversé quatre gouvernements depuis 1960, qui, selon ses dirigeants, ne défendaient pas les valeurs laïques.

Néanmoins, lorsqu’en 2008 un complot a été découvert, visant à faire tomber le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, tous (y compris des membres de l’armée) ont été convoqués par la justice. La police a mené une enquête, a arrêté des suspects – qui comptaient des officiels de l’armée comme l’ancien chef d’état-major de l’armée Ilker Basbug – tandis que le parlement s’assurait de l’équité du processus.

Même en temps de transition, l’Egypte a montré l’importance du respect du droit. La décision récente du Tribunal administratif de suspendre la nouvelle assemblée législative, en raison du manque de diversité parmi ses membres montre bien qu’il existe un équilibre des pouvoirs dans le système Egyptien.

Cette base peut servir de tremplin au pays.

Le deuxième défi majeur pour l’Egypte est l’économie. Si le parti de la justice et du développement (AKP), qui est un parti politique islamiste, a réussi à garder le pouvoir, c’est bien plus grâce à sa politique économique qu’à son idéologie religieuse. Bien que l’agence Reuters décrive le parti comme étant à tendance islamiste et que les médias se concentrent principalement sur cet aspect, les dirigeants de l’AKP soutiennent que le parti devrait être considéré en fonction de sa politique et non de son idéologie.

Cette approche est une véritable recette pour le développement économique. Au lieu de se focaliser sur la création d’un Etat islamique – comme le parti Al Nour en Egypte, qui demande une loi islamique dont les principes guideraient les questions politiques, sociales et économiques – les dirigeants de l’AKP visent principalement à améliorer la qualité de vie.

Il ne s’agit pas là d’un intérêt altruiste, mais d’intérêts sur la base d’objectifs politiques concrets. L’AKP est bien conscient que le peuple ne le réélira que s’il peut prouver sa valeur. Et cette décision ne se fait pas sur la base d’arguments religieux, mais d’accomplissements économiques. Le PIB a augmenté de 9 pour cent en 2010, ce qui montre bien la réussite de ce modèle.

L’Egypte, dont le PIB a augmenté de 1 pour cent l’année dernière, peut imiter la Turquie. Certains des dirigeants, comme le candidat à la présidence des Frères musulmans Khairat el-Shater, ont fait des pas dans cette direction en insistant sur le besoin d’augmenter l’investissement privé dans le domaine du développement. Ce dont le pays a besoin aujourd’hui, c’est de dépasser le stade de la rhétorique et mettre en œuvre ces propositions.

Pour ce qui est du troisième défi – favoriser de bonnes relations internationales – l’Egypte a tout à apprendre de la politique « intermédiaire » de la Turquie. En effet, la Turquie est membre du Conseil de l’Europe, mais elle est également un des membres principaux de l’Organisation de la conférence islamique, ce qui montre bien cette position « intermédiaire » entre l’Europe et le Proche-Orient.

L’Egypte est bien placé pour suivre cet exemple. Géographiquement le canal de Suez est un emplacement idéal pour les exportations, reliant ainsi l’Afrique et l’Asie. De plus, la main-d’œuvre égyptienne est un atout pour l’industrie, le pays étant un des pays les plus jeunes, avec une population à deux tiers âgée de moins de 30 ans. De la même manière que la Turquie exporte des appareils vers l’Europe, l’Egypte a de fortes chances d’atteindre les marchés d’Afrique et du Proche-Orient.

L’Egypte et la Turquie ont beaucoup de points communs, et l’Egypte doit s’inspirer de son voisin pour faire entrer la réussite dans son histoire.


           

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