La grâce du noir et blanc…

lapresse.tn/Ronz Nédim
Mardi 10 Mars 2009 - 12:10


Samedi dernier, à la galerie Mille Feuilles, Eric Le Roy (auteur français de livres et textes sur l’histoire du cinéma et sur la photographe Denise Bellon, chargé de la valorisation des collections aux archives françaises du film (Paris) et agent du Fonds photographique de l'artiste) a présenté son nouvel ouvrage intitulé : Denise Bellon, Tunisie : Photographies 1947-1960, paru récemment aux Editions Cérès.


La grâce du noir et blanc…
En marge de cette présentation, une exposition de photographies a été organisée en collaboration avec l’Institut français de coopération et les Editions Cérès.
Il s’agit d’une sélection de photographies réalisée par la photographe française durant ses visites en Tunisie dans la période de 1947-1960 et qui figurent sur le livre.
Ce qu’il faut savoir sur la photographe Denise Bellon (1902-1999), c’est qu’elle a été une photographe libre, indépendante et passionnée par le surréalisme. Elle a réalisé plusieurs reportages en Albanie, au Maroc, en Tunisie, en Finlande et a sillonné l’Afrique occidentale française. A travers quarante ans de photographie, le regard vagabond de Denise Bellon a pu appréhender l’histoire de son siècle.
Le reportage qu’elle a réalisé en Tunisie, comme nous l’a expliqué Eric Le Roy, "n’était pas une commande professionnelle, mais c’était un voyage d’agrément chez des amis tunisiens. Près de 500 photographies, sans obligation éditoriale prévue, sont donc le fruit du hasard et de l’instant".
Le marchand des 4 saisons, Tunis 1947 (une des photographies figurant dans l'exposition)
En effet, l’absence de l’engagement professionnel dans ce reportage a donné à cette randonnée photographique une musique à la fois rude et raffinée. Cependant, cette série de clichés à la composition sobre et équilibrée, tout en dégradés de gris, "observant le monde oriental avec un ton fait de liberté et de grâce" est resté fidèle à l’écriture narrative de la photographie : certaines séries, comme le quartier réservé de Tunis, un mariage juif à Djerba, où l’ensemble de portraits s’inscrivent, par juxtaposition, dans la vision de Denise Bellon de l’image documentaire. En exerçant son art, elle défend la beauté, la forme et elle reflète sa réflexion sur la liberté humaine.
Dans son trajet qui va de Tunis à Djerba, la photographe s’attache à quelques lieux et sujets, sous une forme libre et nomade. Son parcours débute à Hammamet, où elle visite la villa Sébastian, d’un nouveau style mozarabe, puis passe par Tunis. Après avoir considéré les différents aspects architecturaux et sociaux de la ville, comme la mosquée, les rues, les métiers traditionnels, les carrosses le Palais du Bey, elle s’introduit dans les ruelles et cours intérieures du quartier réservé de Tunis.
Pendant un mois, sans programme établi, Denise Bellon, guidée par ses amis, poursuit sa quête d’images à La Marsa, à Sidi Bou Saïd, à Hammam-Lif et à Carthage : fouilles, urnes de cendres d’enfants, maisons, escaliers, rues, balcons, inscriptions, colonnes, tours. Nous sommes loin du trajet touristique, de la moisson d’images de carte postale, des sujets imposés. "Quelque soit le thème abordé, elle réussit à faire oublier sa technique et laisse les choses s’exprimer", écrit Eric Le Roy.
Puis, elle fait la rencontre de la petite communauté juive de Djerba. Denise Bellon s’intéresse à son histoire que retracent les inscriptions en hébreu sur les portes, façades et intérieurs des maisons et les synagogues. Elle photographie les femmes en costumes, le rituel d’un mariage juif, quelques détails culturels et une circoncision. A la Hara Sghira, elle visite les élèves et les rabbins de la synagogue, puis se joint à la distribution du pain azyme pour la Pâque juive. La vie quotidienne de Djerba est aussi évoquée à travers ses images d’une école coranique, de visages de femmes et d’enfants ou celles de pêcheurs d’éponges.
Revenant à Tunis, Denise Bellon fait une halte à Médenine. Ses vues de ghorfas et autres habitats vernaculaires (façades, jardins, fers forgés).
Les vues générales de Kairouan, la Grande mosquée et la fabrication de tapis témoignent de son intérêt pour l’architecture, traditionnelle ou moderne.
C’est donc une collection riche et d’une valeur historique inestimable de la Tunisie des années 40 et 60, démontrant style singulier et préfigurant la photographie contemporaine qui nous est offerte dans ce petit bijou disponible à la librairie Mille Feuilles. Quant à l’exposition, elle est visible jusqu’au 16 mars.
Ronz Nédim


           

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