Le "Che" de Soderbergh, théorie et pratique de la Révolution

AFP
Vendredi 2 Janvier 2009 - 22:12


PARIS -Pierre PRATABUY- L'Américain Steven Soderbergh signe le "Che", porté par un Benicio Del Toro littéralement habité par le héros révolutionnaire et récompensé par un prix d'interprétation au dernier Festival de Cannes, dans un film qui sort en salles mercredi, première partie d'un diptyque.


Le "Che" de Soderbergh, théorie et pratique de la Révolution
Après "Che : l'Argentin", un second film, "Che : Guerilla", est attendu le 28 janvier. L'ensemble dure au total plus de quatre heures. Cette division en deux parties est due à la genèse de l'oeuvre.
Car Soderbergh s'est d'abord intéressé à la fin d'Ernesto Guevara, en 1967 dans le maquis bolivien où il fut capturé par l'armée après avoir tenté de créer un foyer révolutionnaire, avant de réaliser que "pour comprendre la Bolivie, il fallait d'abord comprendre Cuba", a-t-il dit en mai, à Cannes.
Quant au parti pris de la durée et au choix de la langue espagnole, Soderbergh -- qui a reçu l'Oscar de la mise en scène pour "Traffic" en 2001 et remporté la Palme d'or à Cannes avec son premier film, "Sexe, mensonges et vidéo" en 1989 -- les a justifiés au nom de la "crédibilité" de son portrait du compagnon d'armes de Fidel Castro.
Ce premier volet relate l'arrivée au pouvoir de Castro et expose de façon très didactique la théorie révolutionnaire de Guevara, le compagnon d'armes argentin, et sa mise en pratique dans les montagnes de la Sierra Maestra.
Il mélange lieux et époques, de la rencontre de Fidel à Mexico en 1955 relatée en flash-back, à la visite du "Che" à New York en 1964, où il exprime ses vues anti-impérialistes dans un discours à l'ONU reconstitué en noir et blanc, et lors d'interviews à la presse reprises en voix off.
La caméra se focalise cependant sur la progression des Barbudos dans la jungle de Cuba, vue à travers un Guevara convaincu qu'une révolution populaire sans lutte armée ne sert à rien.
Fasciné, Soderbergh détaille logistique et stratégie militaires, des armes à la nourriture en passant par les soins médicaux et l'apprentissage de la discipline. Limpidité de l'image, largeur des plans idéalisent une guerre esthétique, des regards sombres de Del Toro à la bataille de Santa Clara qui scelle la victoire dans un festival de couleurs.
Dans la seconde partie, très différente, le récit ne progresse plus au rythme des dates historiques de la révolution castriste mais se décompte en jours, du premier au 341e, tel un long déclin.
Les plans se resserrent, la lumière saturée de soleil atténue les contrastes et la nature paraît moins accueillante, les guérilleros moins héroïques.
Très vite, les difficultés de communication avec une population locale méfiante condamnent cette révolution importée qui tourne au sacrifice alors que ses partisans ont la faim au ventre.
Au final, le "Che", ravagé par ses crises d'asthme, devient méconnaissable.
Chef de guerre charismatique de la révolution cubaine dans le premier film, Benicio Del Toro incarne dans le second un Guevara quasi christique dont le visage disparaît progressivement sous sa barbe et sa chevelure abondante, jusqu'au sacrifice final.
"Je tiens à dédier ce prix à l'homme qui a inspiré le film, Che Guevara", avait déclaré l'acteur américain d'origine portoricaine en recevant à 41 ans, le prix d'interprétation masculine sur la Croisette.


           

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