Le Plan Maroc Vert, levier de croissance de l’économie marocaine

Centre d’Etudes Internationales
Jeudi 19 Juillet 2012 - 13:26


Bien que, depuis le recouvrement de l’indépendance par le royaume, le secteur agricole figure au centre des préoccupations des pouvoirs publics, il demeurait, jusque très récemment, sous-développé voire défavorisé. En effet, même si les différentes politiques agricoles adoptées à l’aube de l’indépendance ont apporté des progrès incontestables au secteur, elles n’ont pas su aborder le développement agricole dans sa globalité. Lesquelles politiques ne se sont jamais inscrites dans la durabilité.


Le Plan Maroc Vert, levier de croissance de l’économie marocaine
S’il est vrai que des facteurs exogènes, comme la forte croissance démographique, la sécheresse endémique et la mondialisation, ont concouru à plomber le secteur, il n’en demeure pas moins vrai que ces facteurs n’expliquent pas tout le retard qu’accuse ce secteur au Maroc, frôlant l’archaïsme. A vrai dire, malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics, l’agriculture n’a pas rempli la tâche qui est la sienne, en se positionnant comme un levier du développement socioéconomique du royaume, et ce, à cause de facteurs plutôt endogènes. A cet égard, le Haut-commissariat au Plan (HCP) a identifié, dans une étude, libellée, « Agriculture 2030 : Quels avenirs pour le Maroc ? », deux principales défaillances endogènes qui fragilisent le secteur, l’une est d’ordre institutionnel, tandis que la seconde est d’ordre politique. Aussi le foncier agricole marocain est-il confronté à plusieurs contraintes. En ce sens que les exploitations agricoles sont souvent exiguës, à cause du morcellement excessif des terres, de l’extension de l’indivision et de la multiplicité des statuts fonciers. Au Maroc, le droit foncier d’inspiration européenne s’applique côte à côte avec le droit musulman. Notons à cet égard que 70% des exploitants marocains ont une surface inférieure à 2,1 hectares, tandis qu’en Europe, ce chiffre passe à 20 hectares pour 80% des exploitants agricoles.

C’est dans cette perspective qu’un nouveau projet structurant a été élaboré. Baptisé « Plan Maroc Vert », ledit plan vise à faire de l’agriculture le principal moteur de croissance de l’économie nationale dans les dix à quinze prochaines années. Financé par le Fonds Hassan II pour le développement économique et social, ledit plan a été présenté au roi Mohammed VI, en avril 2008, à la veille de l’ouverture du Salon international de l’agriculture du Maroc qui se tenait à Meknès. Lequel plan ambitionne de réaliser des avancées significatives en termes de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB), de création d’emploi, d’exportation et, chemin faisant, de lutte contre la pauvreté. Un défi de taille pour les concepteurs de ce projet d’envergure, mais qui demeure guéable. En effet, l’agriculture marocaine dispose de plusieurs atouts qui pourront hisser le pays au rang des grandes puissances agricoles du pourtour méditerranéen, à l’image de la France et de l’Espagne. L’on relève, ainsi, la situation géographique du Maroc et sa proximité immédiate du marché européen, totalisant plus de 500 millions de consommateurs, l’émergence, sur le plan national, de plusieurs entreprises agricoles et agro-industrielles de renommée internationale, l’existence d’un marché national à fort potentiel pouvant constituer un débouché à la production agricole nationale et une main-d’œuvre agricole abondante, spécialisée, hautement qualifiée et surtout accessible.

Employant près de quatre millions de Marocains, l’agriculture représente de 15 à 20% du PIB national. D’où son rôle pivot dans le maintien des grands équilibres macroéconomiques et de la balance commerciale du pays. Force est de constater le rôle fondamental que joue l’agriculture dans la stabilité économique et sociale du royaume, et la lourde responsabilité qui incombe à ce secteur quant à la préservation de la sécurité alimentaire de plus de 30 millions de consommateurs.

Conscients des enjeux stratégiques que représente le secteur de l’agriculture pour l’économie nationale, le Plan Maroc Vert vise d’abord à remédier aux dysfonctionnements chroniques susmentionnés. Ainsi ce plan tend-il à valoriser l’ensemble du potentiel agricole territorial et à mettre un terme à l’image simpliste d’une agriculture duale, opposant un secteur moderne « machiniste » à un secteur traditionnel désuet. Ce programme se décline en quatre objectifs interdépendants. Primo, il s’agit d’améliorer les revenus des agriculteurs, en augmentant significativement le revenu des fellahs les plus vulnérables, notamment ceux situés dans les zones semi-arides. Cette mesure vise à résorber la précarité et la pauvreté et à lutter, par ricochet, contre l’exode rural. Secundo, il sera question de garantir la sécurité alimentaire, en développant, notamment, une agriculture performante adaptée aux règles du marché, grâce au drainage d’investissements privés marocains et étrangers et à la mise en place de nouveaux modèles d’agrégation équitables. Tertio, il s’agira de protéger et de préserver l’écosystème. Quarto, il sera question de réhabiliter l’agriculture marocaine pour qu’elle soit plus présente, aussi bien sur le plan national qu’international.

Par ailleurs, sur le plan économique, cette nouvelle stratégie vise à multiplier par 2,5 la valeur ajoutée du secteur agricole qui passera ainsi de 38 à 100 milliards de dirhams par an, et ce, sur une période de 10 ans. Aussi, les prémisses de la réalisation de ces défis de taille se palpent-elle d’emblée. En témoigne l’adoption par le Parlement européen, en date du 16 février 2012, d’un accord de libre-échange entre le Maroc et l’Union européenne (UE) dans le domaine agricole. Cet accord permet, entre autres, d’augmenter les volumes des exportations marocaines de fruits et légumes sur le marché européen et de baisser les droits de douanes appliqués à l’entrée de ces produits de part et d’autre. De même, l’accord libéraliserait 45% des exportations de l’UE vers le Maroc et 55% des importations européennes en provenance du Maroc.

Par cet accord, l’UE réaffirme sa confiance aux choix stratégiques du royaume, et ce malgré le refus manifeste de l’ensemble des députés espagnols, soucieux de préserver, autant que faire se peut, le secteur agricole espagnol. L’accord représente un gage de confiance pour le royaume qui s’est résolument inscrit sur la voie de la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit, politique et économique.

Souvent, les nouvelles stratégies ont besoin de temps pour se mettre en place. Mais en ce qui concerne le Plan Maroc Vert, en l’espace de quatre ans le Maroc commence d’ores et déjà à récolter les fruits de son volontarisme. Vraisemblablement l’accord de libre-échange entre le Maroc et l’UE en est l’illustration la plus incontestable.


           

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