Les argentiers de l'UA planchent sur les défis de financement de l'organisation panafricaine


Jeudi 10 Août 2017 - 12:43
MAP - Mohammed Farhane


Addis-Abeba - Les ministres des Finances de l'Union africaine (UA), réunis ce mercredi au siège de l'UA, à Addis-Abeba, planchent sur les défis que représente la question du financement de cette organisation panafricaine pour réaliser ses objectifs contenus dans son acte de fondation.


La participation du ministre marocain de l'Economie et des Finances, Mohamed Boussaid à cette réunion marque l'engagement résolu du Maroc à contribuer à optimiser le travail de l'UA et à accélérer l'intégration politique et économique du continent africain.

Dans son allocution d'ouverture et présentation du Rapport du Comité des ministres des Finances du F10, étendu aujourd'hui au Maroc, au Nigeria et au Cameroun (F10 +3), le président du Comité, le tchadien Christien Georges Digumbaye a appelé à ce que le projet de prélèvement d'une taxe de 0,2% sur les importations des produits non africains pour financer l’organisation soit mené à bout "le plus tôt possible".

Le ministre tchadien des Finances a émis le souhait que ce processus soit mis en marche dans l'ensemble des Etats membres de l'Union à fin 2017, notant toutefois que quelques questions pratiques se posent. "Il est tout à fait logique de tenir compte des spécificités et des différences dans les Etats en termes de constitution, de lois et d'organisation", a-t-il dit.

Pour les pays qui rencontrent une certaine difficulté ou blocage, a-t-il dit, des rencontres avec Donald Kaberuka, Haut Représentant de l'UA pour le financement de l'Union seront utiles pour trouver une issue à cette question.

Dans une allocution à l'occasion, Kaberuka a appelé tous les Etats membres de l'Union à appliquer la Décision de Kigali, reconnaissant toutefois que des problèmes techniques existent avec des économies africaines très différentes.

La réunion des argentiers de l'UA s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Décision 605 de la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements de l’Union, adoptée lors du Sommet de l’UA tenu à Kigali (Rwanda) en juillet 2016, relative aux nouveaux mécanismes de financement du budget de l’UA.

Au cours de cette réunion, les ministres examineront avec attention les travaux du comité du F10 +3 et des experts, réunis à Addis-Abeba (7-8-9 août), et qui devraient mettre en place un mécanisme de prélèvement d’une taxe de 0,2% sur les importations des produits non africains pour financer l’organisation, afin de la rendre moins dépendante des donateurs étrangers qui contribuent encore à hauteur de 73% au budget de l’Union.

A un plus d'une année, seulement une dizaine des Etats de l’Union serait prête à mettre en œuvre cette taxe.

A cette réunion plénière avec l'ensemble des ministres des finances des pays membres de l'UA, les argentiers procéderont ainsi à l’examen et à l’adoption des mesures opérationnelles à mettre en place par les pays membres pour assurer à cette institution continentale l’autonomie de financement de son budget, au centre du processus de réforme engagé par cette institution panafricaine.

Dans une déclaration à la MAP, en marge de ces réunions, M. Boussaid a indiqué qu'à travers la participation du Maroc à ce conclave africain, le Royaume compte jouer "un rôle déterminant" pour réussir le gros chantier de l'Union africaine, qui est le financement, et qui a été entérinée par les deux derniers sommets de l'Union pour revoir les sources de financement et accompagner l'Organisation dans ses missions, dans son fonctionnement afin qu'elle soit moins dépendante des organisations internationales.

A ce sujet, le ministre marocain de l'Economie et des Finances a noté qu'"il y a toute une réflexion et le Maroc compte jouer un rôle déterminant pour réussir ce chantier prioritaire en vue d'assurer à L'UA une certaine autonomie financière et une certaine indépendance pour qu'elle puisse fonctionner convenablement et assurer ses missions dans les meilleurs conditions".

"Nous arrivons au bout", a-t-il estimé, allusion faite à la mise en oeuvre de la Décision de Kigali sur le financement de l'UA, soulignant que l'essentiel c'est que la contribution de l'ensemble des pays soit à hauteur de leurs capacités contributives et qu'il y ait aussi une certaine équité en matière de contributions".

Pour le ministre, le Maroc, conformément à ce qu'il a été attendu de lui, joue un rôle déterminant dans le sens de construction et de propositions positives pour faire avancer les chantiers de l'Union, dont celui du financement.

M. Boussaid a aussi affirmé que le Maroc est présent avec ses idées, avec ses compétences et sa manière de voir conformément à l'esprit du Discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ici même au siège de l'UA, pour que l'Afrique fasse confiance à l'Afrique, pour que l'Afrique se prenne en charge et pour que le Royaume dans un esprit de solidarité et de coopération Sud-Sud agisse avec beaucoup de sérénité pour aider tous nos frères africains, et bien entendu l'Union africaine à progresser et à jouer pleinement son rôle d'Organisation panafricaine.
Et de rappeler la participation de la délégation marocaine aux réunions du F10 +3, qui est en charge de réfléchir sur la mise en oeuvre de la décision concernant la sécurisation du financement de l'Organisation panafricaine, de ses missions et de son programme.

C'est aussi l'occasion, a-t-il ajouté, pour réitérer l'engagement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en faveur de l'Afrique et en faveur de l'UA, et se remémorer le discours historique du Souverain en janvier 2017 au siège de l'Union africaine qui a, entre autres, "réaffirmé l'engagement du Maroc, de manière sincère et solidaire, sur l'ensemble des chantiers au niveau du continent africain, de mettre en oeuvre et de concrétiser la coopération Sud-Sud au vrai sens du terme tel que le veut Sa Majesté le Roi".

Tenues sous le thème "Vers l'autonomie financière de l'Union africaine à l'horizon 2020", ces réunions devront aboutir à des actions concrètes concernant la mise en oeuvre de la Décision de Kigali (Rwanda), entérinée par les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l’UA lors du 27e Sommet de juillet 2016, relative aux nouveaux mécanismes de financement du budget de l'Union.

Des années durant, le continent a bénéficié du soutien économique des pays occidentaux. En détail, environ 73% des 522 millions de dollars du budget de l’organisation proviennent en effet des financements extérieurs. Seuls 7% des États membres payent effectivement leurs cotisations.

Ainsi, le Comité de réforme de l’Union africaine, piloté par le Président rwandais, Paul Kagamé, a décidé de rompre avec cette dépendance financière en apportant des solutions efficaces et efficientes. A cet effet, les pays de l’Union ont convenu de procéder à des prélèvements à hauteur de 0,2% sur les importations hors du continent. Ce qui permettrait à l’Union africaine de fonctionner "plus librement" comme souhaité par le Chef de l’Etat guinéen et président en exercice de l’UA, Alpha Condé.

Pour rappel, les membres du Comité F10 sont le Tchad et le Congo (Afrique centrale), l'Ethiopie et le Kenya (Afrique de l'Est), l'Algérie et l'Egypte (Afrique du nord), la Côte d'Ivoire et le Ghana (Afrique de l'Ouest) et le Botswana et l'Afrique du Sud (Afrique australe).

L'Organisation panafricaine plaide ainsi pour une réflexion sur les ressources alternatives et à de nouveaux mécanismes et "filets de sécurité financière" de son budget.

Toutefois, il est peu probable qu'à l'issue de ces trois jours de réunions, les participants s'entendent sur un programme "anti-crise" pour assurer l’autonomie financière de l'Union africaine à l'horizon 2020, thème retenu d'ailleurs pour les réunions aux niveaux des Experts, du F10+3 et des ministres des Finances des pays membres de l'UA. D'abord, parce que les divergences d'opinion sont extrêmement fortes sur le principe de prélèvement de 0,2 pc sur les importations hors continent. Puis, parce que la plupart des Etats cherchent à défendre leurs intérêts à la table des discussions.

Les argentiers de l'UA veulent ainsi parler d'une seule voix du danger que représentent selon eux une "dépendance" financière vis-à-vis des donateurs étrangers. Identifier les rouleaux d’étranglement de l’Union africaine et lui tracer un nouvel itinéraire conforme aux attentes de ses dirigeants et de ses populations, tel a été la question déterminante pour le "succès" de l’Organisation panafricaine.


           

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