Les chantiers structurants au Maroc : les stratégies sectorielles en marche

Zakaria Abouddahab
Mercredi 18 Juillet 2012 - 15:44


Les immenses et multiples chantiers structurants lancés au Maroc, depuis l’accès du roi Mohammed VI au trône, sont impressionnants. L’éventail en est presque inépuisable. La mise en route de tels chantiers visait en premier lieu à combler le déficit du royaume en matière d’infrastructures, mais également à mettre à niveau le tissu industriel, ou encore à améliorer la position concurrentielle du Maroc. Lesdits chantiers s’inscrivent donc dans le cadre d’une stratégie globale de développement, dictée par l’insertion du pays dans l’économie-monde.


Les chantiers structurants au Maroc : les stratégies sectorielles en marche
L’un des premiers chantiers lancés est le Plan Azur qui visait à atteindre 10 millions de touristes à l’horizon 2010. L’idée était de combler le déficit du Maroc en termes de capacité d’accueil et de rendre la destination « Maroc » plus attractive. Cela ne pouvait aboutir qu’à l’augmentation du nombre d’hôtels et à l’aménagement de stations balnéaires aux normes internationales. Figuraient aussi parmi les objectifs fixés, entre autres, l’amélioration des dessertes aériennes, le renforcement de l’attractivité culturelle du pays.

La démarche qui a présidé le lancement du Plan Azur a été mûrement réfléchie. En effet, ce sont les Assises du tourisme qui ont abouti, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), à la mise au point de la stratégie touristique du Maroc. Des stations balnéaires ont vu le jour de même que d’autres projets touristiques d’envergure ont été réalisés ou sont en cours de réalisation. La première station balnéaire qui a vu le jour est celle de Mediterrania Saïdia suivie de celle de Mazagan Beach Resort à El Jadida. D’autres sont en cours de réalisation comme la station Port Lixus à Larache, la station Taghazout-Argana Bay à Agadir, la station Mogador à Essaouira et le projet Plage Blanche à Guelmim. Ces projets sont, pour la plupart, sinon tous, réalisés par des sociétés ou des consortiums étrangers comme le groupe sud-africain Sol Kerzner (Mazagan), le groupe espagnol FADESA (Saïdia) ou les promoteurs belges Thomas & Piron et Colbert Orc (Lixus et Mogador). Il apparaît donc clairement que les grands groupes étrangers n’hésitent pas à investir, en direction du Maroc, les moyens financiers nécessaires pour mener à bien des projets de l’envergure du Plan Azur. Les fonds mobilisés sont  particulièrement importants le cas échéant, ce qui appuie davantage le bien-fondé et  de ce projet en particulier, et de l’ensemble des chantiers structurants lancés au Maroc d’une manière plus générale.

Le projet Nador-Marchica Med a été lancé en 2010. Il ne figurait pas initialement dans le Plan Azur. Le montant de cet investissement est important : 46 milliards de dirhams. Il s’agit donc d’un projet qui ambitionne non seulement de drainer des touristes, mais également de transformer la physionomie de la région où se situe Nador.

Dans la foulée, d’autres réalisations sont venues appuyer le Plan Azur. Il en est ainsi de l’Accord Open-Sky, passé avec l’Union européenne en 2006, qui concernait la réhabilitation de plusieurs aéroports comme celui de Casablanca et celui de Rabat, ainsi que la construction de plusieurs gares ferroviaires, en conformité avec les standards internationaux (Marrakech, Tanger, etc).

Au Plan Azur, qui a été d’ailleurs revu et corrigé pour tenir compte de la réalité du marché international du tourisme (impact du terrorisme et de la crise économique internationale notamment), s’ajoutent d’autres chantiers non moins importants. Le Plan Emergence visait ainsi à redynamiser le secteur industriel du pays et à l’inscrire dans le cadre d’une stratégie volontariste. Plusieurs secteurs ont été identifiés comme porteurs par ce Plan. Leur caractéristique est qu’ils sont tous orientés vers l’export et reliés à d’autres stratégies sectorielles : l’automobile, l’offshoring, l’électronique, la transformation des produits de la mer, l’aéronautique, le textile et cuir et l’agroalimentaire. La création de zones et de plateformes industrielles dédiées figure également parmi les objectifs essentiels du Plan Emergence. Une telle stratégie de développement industrielle se traduit sur le plan économique par la résorption du déficit de la balance des paiements, puisque la plupart des industries concernées sont tournées vers l’extérieur, et sur le plan social par la création d’emplois couvrant toutes les catégories de travailleurs.

Le secteur agricole devait lui aussi connaître sa mue en raison de sa part importante dans le Produit Intérieur Brut (environ 20%) et de son aspect éminemment social puisqu’il emploie plus de 4 millions de ruraux. Après le retrait de l’Etat de la Société de Développement Agricole et de la Société de Gestion des Terres Agricoles, le Maroc a cherché à rationaliser le régime d’exploitation des terres agricoles et le développement des filières exportatrices. L’agrégation figurait ainsi parmi les cibles du Plan Maroc Vert. Parallèlement, un processus d’encouragement de la production agricole a été mené. Dans cette optique, un Salon international de l’agriculture est organisé chaque année à Meknès (SIAGRIM). Des salons plus spécifiques ont été également lancés. Il en est ainsi du Salon international des dattes à Erfoud. D’autres mesures sont également à inscrire dans ce projet d’envergure, comme le développement de la filière oléicole. La nouvelle stratégie de développement agricole du Maroc est ordonnée autour de sept axes fondamentaux :

    Faire de l’agriculture le principal levier de croissance sur les 10 à 15 prochaines années.

    Adopter l’agrégation comme modèle d’organisation de l’agriculture.

    Assurer le développement de l’agriculture dans son ensemble.

    Encourager l’investissement privé.

    Adopter une approche contractuelle pour réaliser le Plan.

    Pérenniser le développement de l’agriculture (développement durable).

    Préparer la refonte du cadre sectoriel.

Inutile de rappeler que la question du développement agricole est au centre des préoccupations mondiales, au même titre que le développement durable. Ce dernier, clairement visé à travers l’ensemble des chantiers lancés par le Maroc durant la dernière décennie, n’envisage pas la croissance économique en dehors de l’intérêt général. Le Plan Maroc Vert constitue un exemple édifiant de cette vision globalisante du développement, portée par la politique des grands chantiers mise en place au Maroc.

Les chantiers structurants visaient aussi à favoriser le décollage de secteurs stratégiques qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas pu connaître un essor remarquable. Le secteur des pêches maritimes en constitue un exemple édifiant. Le Plan Halieutis pouvait donc démarrer pour optimiser le potentiel maritime du royaume, fort de ses 3500 kilomètres et de zones maritimes étendues. La dimension sociale de ce Plan est avérée, dans la mesure où il vise à développer, entre autres, le secteur de la pêche traditionnelle. De manière générale, le Plan, à l’instar des autres chantiers structurants, vise à mettre au point une stratégie de développement intégrée du secteur. La durabilité, la performance et la compétitivité sont les idées-maîtresses de ce Plan vital pour le pays.

La mise en route du Plan Maroc Solaire est un autre moment fort du processus de développement global du Maroc. Le pays est, en effet, riche en énergies renouvelables, dont le secteur solaire vient en tête de liste. Il était donc normal que le royaume réfléchisse à tirer profit de cette manne naturelle, réduisant de la sorte sa dépendance énergétique. Lancé en 2010, le Plan Solaire prévoit la construction d’une capacité de production électrique utilisant l’énergie solaire de 2 GW entre 2015 et 2019. Cette couverture sera appuyée par l’exploration et l’utilisation d’autres énergies propres, dont l’éolien, l’hydraulique et la biomasse. Elle est également assurée par la rationalisation de la consommation de l’énergie. Dans cette optique, un Pacte de l’efficacité énergétique a été élaboré en 2009.

Le secteur des services n’a pas été laissé en dehors de cette stratégie de mise à niveau globale. Le Maroc devait réduire son écart quantitatif par rapport aux pays développés. Le Plan Maroc Numeric 2013 a été ainsi lancé en 2009. Celui-ci part d’un constat majeur : l’information est au cœur du développement des nations. Il vise donc à développer le secteur des technologies de l’information, multiplier les opportunités d’emploi, ou encore stimuler la croissance économique. Il s’agit en l’occurrence d’un secteur transversal et capital pour l’avenir. En somme, le Plan Numeric vise à positionner le Maroc parmi les pays émergents dynamiques dans le domaine des technologies de l’information.

L’éventail des chantiers structurants est loin de se limiter à cette liste. En effet, le Maroc, conscient de l’environnement de plus en plus concurrentiel qui caractérise l’économie internationale, a compris la nécessité de fonder son développement économique sur la base de stratégies sectorielles intégrées. Des stratégies qui s’adossent à une vision internationale proactive. C’est ainsi que le Plan Maroc Export Plus a été élaboré. Lancé en 2009, il vise notamment à tripler le volume des exportations en l’espace de dix ans. Logiquement, il a identifié non seulement de nouvelles niches, mais aussi de nouveaux marchés situés hors de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord.

Les multiples Plans sectoriels ainsi passés en revue sont adossés à d’autres projets dont ils tireront, à long terme, des bénéfices importants, directement ou indirectement, dont le développement du réseau autoroutier, le lancement du TGV (Train à Grande Vitesse), l’entrée en fonction de l’usine Renault-Nissan, le lancement du Tramway de Rabat (et bientôt celui de Casablanca), et le perfectionnement de la logistique aéroportuaire. Il suffit ici d’évoquer combien le Port Tanger-Med change la physionomie de la région du nord.

En somme, en termes d’effectivité, si les projets ainsi évoqués n’ont pas encore produit leurs pleins effets, c’est qu’ils doivent être complétés et appuyés par d’autres actions, le développement étant en effet une démarche intégrée impliquant tous les acteurs, étatiques, non étatiques, voire de nos jours trans-étatiques. Les multiples réformes que le Maroc a mises en route visent en effet à optimiser les résultats des chantiers structurants et à conjuguer la réflexion à l’action. Que l’on cite ici la réforme du Code des marchés publics, la refonte du Code du travail, le réaménagement du Code des assurances, l’adoption du Code de la concurrence et la liberté des prix, la requalification professionnelle. En outre, il est indéniable qu’en dépit d’une conjoncture internationale difficile, le Maroc a tant bien que mal préservé ses acquis, voire les a renforcés. Cela ne pouvait être atteint sans une volonté et une détermination de tous les acteurs du développement du pays.

En définitive, un panorama général et non exhaustif était nécessaire afin de mettre en relief l’ampleur et la réalité de certains chantiers structurants ci-dessus décrits. Ces derniers, à n’en pas douter, favoriseront le désenclavement de certaines régions, juguleront la précarisation économique et sociale, tout en favorisant la croissance économique et les investissements étrangers au Maroc.

Zakaria Abouddahab
Professeur, Conseiller auprès du Centre d’Etudes Internationales


           

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