Les coptes d'Egypte se sentent désarmés après les attentats


Mercredi 12 Avril 2017 - 14:46
AFP


Pendant des années, Michel Fahmy a entendu l'imam de la mosquée de son quartier médire sur des chrétiens dans ses prêches. Aujourd'hui, il estime que ces "incitations" font partie des raisons qui poussent les jihadistes à attaquer des églises en Egypte.


Dimanche, en pleine célébration des Rameaux, deux kamikazes du groupe jihadiste Etat islamique (EI) ont mené des attentats contre une église copte à Tanta et une autre à Alexandrie, dans le nord égyptien, faisant 45 morts, quatre mois après une attaque contre une église du Caire dans laquelle 29 personnes avaient péri.

Ces attentats sont parmi les plus sanglants commis ces dernières années contre les coptes, qui se sentent abandonnés par les autorités de ce pays majoritairement musulman. Cette communauté chrétienne représente 10% des 92 millions d'Egyptiens.

De crainte de nouvelles attaques, l'église copte a décidé de limiter les célébrations de Pâques. "Vu les circonstances actuelles et notre solidarité pour les familles des victimes, nous allons limiter (les célébrations) aux messes dans les églises", a-t-elle annoncé dans un communiqué.

Dans le quartier de Choubra au Caire, des habitants imputent ces violences à une "incitation" anticopte liée à l'éducation.

Les prêches à la prière du vendredi "dans la mosquée disent du mal des chrétiens et incitent à la violence. Les jeunes sont ainsi nourris de haine et mettent à exécution ce qu'ils entendent", juge Michel Fahmy, 50 ans.

Dans la vitrine de son magasin d'objets et de bibelots religieux, de grandes croix en bois sont alignées à côté de statues du Christ et de la vierge Marie.

"Au sein de la société, on n'explique pas aux jeunes que nous (musulmans et coptes) sommes des frères et les fils d'une seule et même patrie. L'éducation divise beaucoup", lance M. Fahmy.

D'autres coptes ont aussi confié à l'AFP avoir entendu les mêmes discours de haine dans les prêches ou sur les chaînes de télévisions satellitaires privées islamiques, qui ont été fermées par les autorités après le renversement en 2013 par l'armée du président islamiste Mohammed Morsi.

Le ministère des Biens religieux tente de contenir les prêches dans les mosquées et de fixer à l'avance les sujets que les imams doivent aborder, mais il ne peut contrôler tous les lieux de culte du pays.

- 'Lavage de cerveau' -

Dans un magasin de vêtements à proximité, Liliane Anis se rappelle non sans tristesse avoir subi des discriminations à l'école. "Certains enfants refusaient de me parler parce que j'étais chrétienne", se souvient la vendeuse de 23 ans.

"Je les ignorais, mais bien sûr cela me gênait", admet-elle.

Pour cette jeune femme, le problème commence à l'école "où l'on fait la distinction entre enfants chrétiens et musulmans".

Aujourd'hui encore, dit-elle, le harcèlement continue, comme c'est le cas pour beaucoup d'autres femmes égyptiennes mais avec une connotation confessionnelle.

"J'ai peur dans la rue, j'ai peur qu'on m'importune en parole ou en action. Il n'y a pas de sécurité", estime-t-elle.

Le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé à plusieurs reprises "à la modernisation du discours religieux" islamique afin de contrer l'idéologie jihadiste. Mais pour ses détracteurs, ces appels sont restés lettre morte.

Le discours antichrétien a débuté en Egypte dans les années 1970, lorsque le président Anouar el-Sadate a favorisé les islamistes face à ses opposants de gauche.

Et dans les années 1990, la communauté copte a été la cible d'attaques de groupes islamistes, notamment dans le sud du pays.

Pour Ibram Anis, étudiant en droit, les extrémistes qui attaquent les coptes "ont subi un lavage de cerveau à force d'entendre les discours religieux islamiques d'incitation contre les chrétiens". Toutefois, il dit savoir que "l'islam est une religion de paix".

A l'approche de la fête de Pâques, dimanche, beaucoup de coptes vivent dans la crainte d'une nouvelle attaque.

"J'ai peur pour ma fille. La situation est inquiétante", juge Hala Boucha en tenant la main de sa fille de cinq ans.

"Nous rêvons de vivre dans une Egypte en sécurité, ni plus ni moins", résume Ibram, une grande croix autour du cou.


           

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