Les mosquées après les villages, le mode opératoire de Boko Haram interpelle et intrigue

AA
Jeudi 14 Janvier 2016 - 11:31


Des raisons tactiques, stratégiques et idéologiques seraient derrière cette tendance meurtrière, dont la cadence s'accélère ces derniers temps.


Après les razzias meurtrières dans des villages, les guet-apens contre des militaires, les attentats suicides dans des marchés, le groupe terroriste Boko Haram se lâche désormais sur les mosquées en territoire camerounais.
Dans la matinée de mercredi, un kamikaze s’est fait exploser dans la mosquée du village Kouyape, dans l’Extrême-nord du pays, faisant une dizaine de morts parmi lesquels l’imam de ladite mosquée. Une semaine plus tôt, un autre kamikaze se faisait exploser dans une mosquée de Kolofata, ville frontalière avec le Nigéria, blessant « grièvement deux personnes ».
Selon des sources au sein de la préfecture de Mayo-Sava, le nombre des attaques contre des mosquées dans la région de l'Extrême-Nord s'élève à "une dizaine au moins" ces derniers mois, alors que cette cadence s'accélère.
Cette nouvelle "tendance" meurtrière serait porteuse de dimensions tactique stratégique et idéologiques, selon des observateurs interrogés par Anadolu.
D’après Victorin Hameni Bieleu, spécialiste des questions de Défense au Cameroun, les mosquées obéissent à la même logique que celle des marchés, également visés par Boko Haram. Ce sont, dans les deux cas, des lieux de rassemblement, et constituent à ce titre, une cible privilégiée pour ce groupe terroriste qui cherche à faire le maximum de victimes.
«Dans la partie septentrionale du Cameroun, il y a plus de mosquées que d’églises. Si les éléments de Boko Haram veulent faire le plus d’effet psychologique possible, ils vont vers ces mosquées car il y a une forte concentration humaine », détaille cet ancien enseignant de l'École militaire interarmées de Yaoundé.
«Boko Haram ne frappe pas les mosquées pour dissuader les Musulmans de venir y prier. Boko Haram frappe là où il y a du monde », conclut Hameni Bieleu.
"Les marchés se tiennent surtout avec une fréquence hebdomadaire, alors que les rassemblements dans les mosquées sont quotidiens", estime, pour sa part, une source militaire interrogée par Anadolu.
L'actuelle préférence pour les mosquées que semble consacrer ces dernières attaques, tient en outre sa source dans la présence des forces de sécurité et l'état de vigilance de la population à l'entrée des marchés qui a fait plus d'une fois échouer des tentatives d'attentats suicides, poursuit la même source en précisant que "dans les mosquées, règne en revanche un climat de recueillement, plutôt que de vigilance".
Au-delà de ces aspects tactiques, Boko Haram, dont le réservoir de combattants tend à tarir grâce à la traque de l'armée camerounaise, poursuit en s'en prenant aux mosquées "des visées stratégiques."
"Pour chaque mosquée frappée qui fera un bilan d'une dizaine de morts, par exemple, on aura autant de familles foudroyées, trois ou quatre fois plus d'orphelins facilement récupérables et manipulables par l'organisation terroriste, par la suite", poursuit cette source, en expliquant que ce but stratégique est confirmé par la réalité puisque "si l'on exclue les lieutenants de l'organisation, la plupart de ces membres sont des adolescents, ou des parias déracinés de leurs familles."
De fait, la plupart des attentats suicides exécutés par Boko Haram ces derniers mois avaient été le fait de jeunes filles ne dépassant pas, le plus souvent, l'âge de 15 ans.
Alioum Balla est un imam qui s’est récemment installé dans un village à proximité de Maroua (capitale de l'Extrême-Nord), après que sa localité a été attaquée il y a quelques mois, par Boko Haram. Il dit ne pas craindre la désertion des mosquées, mais reconnaît que ces attaques aspirent à semer le désespoir chez la population.
«C'est vrai que l'armée réussit souvent à neutraliser des éléments de Boko Haram, mais ce n'est pas suffisant. Le refuge des gens demeure, dans ce cas, la prière. En frappant au coeur des mosquées, on frappe le dernier refuge des populations", estime Alioum, dans une déclaration à Anadolu.
Et de s'insurger: "Les membres de cette secte sadique prétendent être des Musulmans, or une mosquée, c'est le symbole de l'islam par excellence. Tout comme Daech au Moyen-Orient, les Musulmans qui n'adhèrent pas à leur idéologie sont des hérétiques à combattre en priorité !"
"Le Coran se prononce expressément, dans la Sourate Al-Hajj, contre la destruction "des ermitages, ainsi que des églises, des synagogues et des mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué". C'est écrit noir sur blanc dans le Coran" se révolte un autre imam du Mayo-Sava, sous couvert d'anonymat, de peur de voir sa mosquée ciblée par ces extrémistes.
"Inutile donc de chercher des explications, s'ils attaquent des mosquées, c'est le démenti cinglant de leur confession musulmane", préfère résumer cet imam.


           

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