Maroc - Saâd Eddine El Othmani .. Un psychiatre sage qui va gouverner


Vendredi 7 Avril 2017 - 11:29
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Rabat - C’est une autre figure de proue du mouvement islamiste marocain qui a été choisie pour succéder au Chef du gouvernement remercié par le roi, Mohammed VI, Abdelilah Benkirane.


Mercredi 5 avril, l’ancien Chef de la diplomatie marocaine, Saâd Eddine El Othmani (61 ans), a prêté serment en compagnie de son équipe devant le monarque. Ainsi, il a réussi là où a échoué son prédécesseur.

Bien qu’avec d’importantes concessions, il a pu former son équipe après près de six mois de blocage politique. Qui est donc ce psychiatre qui a diagnostiqué et administré un traitement rapide ayant permis de guérir en 19 jours le champ politique d’une crise inédite dans l’histoire de la politique du Maroc ?

L’érudit devenu psychiatre

Natif de la petite ville d’Inezgane (76 km d’Agadir, Sud), Saâd Eddine El Othmani, fils d’une famille d’érudits est un des rares de ses pairs qui ont pu s’ouvrir sur le « profane ».

Venu au monde quelques mois avant l’indépendance (le 16 janvier 1956), il a ouvert les yeux dans cette école coranique « Edaounou », dont son père Mohamed El Othmani (grande figure de l’Anti-Atlas) était le recteur.

Dans cette école traditionnelle, vielle de six siècles, qui a, entre autres, vu le passage du théologien et grand nationaliste de la région du Souss, Mohamed Mokhtar Soussi, il s’est familiarisé, dès son jeune âge, avec les « sciences théologiques ».

Marqué par un enseignant d’Histoire et géographie français, converti à l’Islam, qui s’appelle M. Lux ou Mohammed El Mehdi (après sa conversion), le jeune Saâd Eddine réussira à sortir des ornières religieuses pour s'ouvrir sur d’autres disciplines.

A travers cet enseignant de lycée, il a découvert les philosophes et écrivains français, en particulier Réné Guénon, qui a embrassé l’Islam à son tour en devenant « Abd Al Wahid Yahya ».

Après 9 ans au lieu de 8 passées au collège et au lycée, (1967 à 1976), à cause d’une année blanche provoquée par les violentes manifestations du syndicat des élèves fraîchement créé, et dont il était l’un des meneurs, il a brillamment décroché son Baccalauréat.

En parallèle à sa formation à la faculté d’Ait Melloul, où il a obtenu une licence en théologie islamique (droit musulman) en 1984, il poursuivait ses études à la faculté de médecine de Casablanca à plus de 462 km au nord.

L’année 1987 sera celles de toutes les consécrations pour lui, outre le Doctorat en médecine générale, l’auteur prolifique, qui a une vingtaine de livres ainsi que plusieurs autres études (prosélytisme, politique et psychiatrie) à son actif, obtiendra la même année le diplôme des études supérieures (magistère) de l’établissement de "Dar Al Hadith Al Hassania" à Rabat.

Le parcours académique de "l’islamiste éclairé", comme on préfère le qualifier pour ses idées considérées comme étant iconoclastes au sein du mouvement islamiste, notamment, sur la question des femmes et son plaidoyer pour l’assouplissement de la législation sur l’avortement (dans quatre cas), se termina avec l’obtention du diplôme de spécialité en psychiatrie en 1994. 

L’anti-Benkirane, fervent défenseur de l’amazighité

Avec son actuel ministre de l’Emploi, Mohammed Yatim, il rédige le statut de la première association islamiste dissociée d’Abdelkrim Moutiî et sa « Chabiba Islamia », impliquée dans l’assassinat du leader de gauche Omar Benjelloun. Il s’agissait de « Al Jamaâ Al Islamia » que présidera Benkirane. Son activisme au sein de celle-ci lui vaudra l’arrestation le 15 décembre 1981.

« Je ne peux oublier cette date à laquelle j’ai connu le tristement célèbre commissariat de Derb Moulay Cherif (Casablanca) », dira-t-il, alors le Secrétaire général du PJD (2004-2008) dans un entretien avec la chaîne nationale amazigh.

L’arrestation et la torture dans cet ignoble centre de détention, où il a passé plusieurs mois menotté et avec un bandeau sur les yeux avant de sortir sans jugement, n’a pas fait perdre à ce père de trois enfants, (Khaoula, Maroua et Najm Eddine qui étudie l’informatique en Turquie), son sourire.

Le visage constamment détendu, El Othmani contrairement à Benkirane est tout le temps conciliant. Même dans des situations où il bouillonne de l’intérieur, il ne laisse jamais, selon son entourage, transparaître sa colère.

Maître de soi, le psychiatre d’une simplicité extrême reste pourtant très discret et réservé. Avec les journalistes, il est très avare en déclarations. « Je crois que la capacité oratoire de Benkirane "catalyseur des foules" va nous manquer et qu’El Othmani va avoir des problèmes avec les représentants des médias », nous disait une militante du Parti de la Justice et du Développement (PJD) en France en marge du dernier Conseil national.

Homme de compromis, Saâdeddine El Othmani, ne fait pourtant pas le consensus au sein de sa formation à cause de sa recherche constante à éviter les affrontements surtout avec les autorités, à l’opposé d'un Benkirane qui y va les yeux fermés.

« Il est l'homme de la situation, il a mené à bord le parti après les événements du 16 mai 2003 (attentats de Casablanca). C’était une période difficile durant laquelle le parti à subi des pressions de tout genre (appels à sa dissolution) et il est capable de faire pareil actuellement », confiait à Anadolu l’autre prétendant à la primature Aziz Rebbah (et son actuel ministre de l’Energie) avant que le roi ne fasse le choix de l’ancien prêcheur du vendredi (à Oued Zem).

Présent aux devants de la scène dans toutes les étapes par lesquelles est passé le mouvement islamiste au Maroc. El Othmani fût à l'origine de la création du Mouvement de la Réforme et Renouveau (MRR) qui sera fusionné avec la Ligue de l'avenir islamique pour créer le mouvement fondateur du PJD, en l’occurrence, le Mouvement de l'unicité et de la réforme ( MUR) en 1996 avec le concours d'Ahmed Raïssouni et Abdelilah Benkirane.

Cependant, l’idée d’un parti au référentiel islamiste née dans les années 1980, et qui s’est heurtée à la fermeté du ministère de l’Intérieur, dirigé par le célèbre Driss Basri, lorsque les compagnons d’El Othmani voulaient créer le Parti du renouveau national en 1992, ne se concrétisera qu’en 1997 après l’intégration des jeunes islamistes, sous l’œil vigilant des autorités, du Mouvement populaire démocratique et constitutionnel (MPDC) du docteur Abdelkrim Al Khatib (proche du Palais), qui sera le premier secrétaire général du PJD.

Grâce à ses origines amazighes, lui qui a reçu les leaders des partis lors des consultations avec un « manza kin » (comment allez-vous en dialecte berbère), il a pu donner une profondeur au PJD dans plusieurs régions qui s’attachent toujours à la culture maternelle et s’opposent à l’hégémonie de l’Arabe.

Sur les traces de son père, Mohamed El Othmani, premier prêcheur (pendant près de 20 ans) dans cette langue sur les ondes d’une antenne régionale de la radio nationale, il s’est illustré comme un fervent défenseur de la langue maternelle.

Très attaché à l’arabe puisqu’il a été un des premiers étudiants de médecine au Maroc à rédiger et à soutenir son doctorat en langue arabe, il a été l’un des premiers à plaider pour la constitutionnalisation de l’amazigh. Dès 2001, il a invité ce débat au Parlement en organisant une journée d’étude dédiée à cette question. Chose qu’il a pu obtenir par la reconnaissance de l’amazigh comme langue officielle dans la Loi fondamentale de 2011.

Avec ces réussites enchaînées, rares sont ceux qui n’ont pas confiance en sa capacité de gérer une alliance hétéroclite de six formations politiques rassemblant, islamistes, ex-communistes, socialistes et libéraux. 


           

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