Mort de Simone Veil, rescapée de la Shoah et grande figure de la vie politique


Vendredi 30 Juin 2017 - 11:30
AFP


Grande figure de la vie politique française et féministe convaincue, Simone Veil, qui a porté la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et qui incarnait aux yeux des Français la mémoire de la Shoah, est décédée vendredi matin à 89 ans.


"Ma mère est morte ce matin à son domicile. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet", a annoncé à l'AFP l'avocat Jean Veil, fils de cette centriste historique attachée aux valeurs morales et républicaines.

Membre du Conseil constitutionnel de 1998 à 2007, Simone Veil s'était notamment illustrée en faisant voter en 1974 la loi portant son nom sur l'IVG. Elle était alors ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing.

Son difficile combat pour faire adopter cette loi -contre une partie de la droite- a fait d'elle, pour longtemps, la personnalité politique la plus populaire de France.

Née le 13 juillet 1927 à Nice (Alpes-Maritimes), Simone Veil est une rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans. Elle avait rencontré à Sciences Po Antoine Veil qui deviendra son mari.

Son décès a suscité une pluie de réactions unanimes dans toute la classe politique.

"Puisse son exemple inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France", a notamment tweeté le chef de l’État Emmanuel Macron. "En Simone Veil, la France perd une de ses plus éminentes figures", a-t-il ajouté dans un communiqué.

L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, qui en avait fait sa ministre, s'est, lui, dit "bouleversé", souhaitant que la "vie exemplaire" de cette "femme exceptionnelle", "reste une référence pour tous les jeunes d'aujourd'hui".

- Elle "reste immortelle" -

François Hollande a aussi salué auprès de l'AFP une femme qui "a incarné la dignité, le courage et la droiture", une des "grandes consciences" de la France, tandis que son prédécesseur, Nicolas Sarkozy a loué une femme qu'il a "admirée", "aimée" et qui "reste immortelle".

Pour la présidente du Front national Marine Le Pen, Simone Veil est "une femme qui aura incontestablement marqué de son empreinte la vie politique française".

Elle "appartient au meilleur de notre Histoire. Et son nom vivra dans notre gratitude pour toujours", a réagi le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

La maire PS de Paris Anne Hidalgo a fait savoir qu'elle comptait attribuer son nom à "un lieu marquant de la capitale".

Hors de la sphère politique, le Planning familial a notamment exprimé son "immense tristesse", tandis que le grand rabbin de France, Haïm Korsia a rendu hommage à une femme "déterminée et toujours digne". "Toutes les femmes la pleurent et lui disent leur immense reconnaissance", a salué la philosophe féministe Élisabeth Badinter.

- Présidente du Parlement européen -

Simone Veil avait commencé en 1956 sa carrière dans la magistrature, comme substitut à l'administration centrale du ministère de la Justice. Elle a été la première femme à devenir secrétaire général du Conseil supérieur de la magistrature (1970-74).

Entrée en politique en 1974, comme ministre de la Santé dans le gouvernement Chirac, elle le demeurera dans les trois gouvernements Barre, se voyant adjoindre la Sécurité sociale en 1977-78, la Famille en 1978-79.

Tête de liste UDF lors des élections au Parlement européen en 1979, elle avait renoncé à son poste ministériel pour présider le Parlement européen (1979-1982). Réélue en 1984 et 1989, elle siégera au Parlement jusqu'en 1993.

De 1993 à 1995, Simone Veil a été ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, dans le gouvernement Balladur.

Soutien de Raymond Barre à l'élection présidentielle de 1988, elle avait rallié Édouard Balladur dans la course à l’Élysée en 1995, puis soutenu Nicolas Sarkozy en 2007, se montrant très critique à l'encontre du centriste François Bayrou. Elle avait défendu le "oui" au référendum de 2005 sur la Constitution européenne.

En 2007, elle a écrit une autobiographie à succès "Une vie", dans laquelle cette ennemie de la langue de bois au fort caractère racontait son destin de rescapée des camps, son athéisme, son féminisme.

En 2008, elle avait été élue à l'Académie française et, en 2012, élevée à la dignité de grand'croix, plus la haute distinction de l'Ordre de la Légion d'honneur.

Lors de l'une de ses dernières apparitions publiques, elle était présente en octobre 2012 au côté de Jean-Louis Borloo au congrès fondateur de l'UDI. La première carte d'adhérent du nouveau parti centriste porte son nom.


           

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