Quelle signification donner au projet de résolution américain sur le Sahara ? La diplomatie des faux-semblants

Ahmed Naji
Samedi 20 Avril 2013 - 10:17



Quelle signification donner au projet de résolution américain sur le Sahara ? La diplomatie des faux-semblants
Que faut-il penser de l’initiative étasunienne de présenter au Conseil de sécurité des Nations Unies un projet de résolution appelant à l’élargissement du mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un Référendum au Sahara occidental (MINURSO) à la surveillance des droits de l’Homme dans les provinces sud du Maroc ?

Première évidence, les Etats-Unis disposent d’agences de renseignement, dont la réputation n’est plus à faire, qui peuvent donc fournir des informations détaillées et des analyses précises aux décideurs étasuniens concernant la situation dans n’importe quelle partie du monde, à fortiori lorsqu’il s’agit d’un pays ami. Ce n’est donc pas aux Marocains d’expliquer aux Américains que la question des droits de l’Homme dans les provinces sud du Royaume n’est qu’un instrument, parmi d’autres, de l’arsenal propagandiste déployé par le Polisario pour mener une bataille médiatique contre le Maroc.

Nul besoin, non plus, de faire défiler toutes les victimes de la torture dans les camps de Lahmada, parmi lesquels les prisonniers de guerre marocains libérés grâce aux bons offices d’un autre ancien prisonnier de guerre, l’ancien candidat aux élections présidentielles étasuniennes, le sénateur John McCain. L’ancien diplomate américain et actuel Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies au Sahara, M. Christopher Ross, a, par ailleurs, pu rencontrer, lors de sa visite à Nouakchott, en Mauritanie, Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud, ancien dirigeant de la police polisarienne banni des camps de Lahmada pour avoir osé se prononcer en faveur du plan d’autonomie proposé par le Maroc pour mettre fin au conflit.

Les responsables américains ne peuvent pas ignorer, non plus, que l’esclavagisme a toujours « légalement » cours dans les camps de Lahmada, que les aides humanitaires y sont détournées, les populations séquestrées surveillées de près par les miliciens polisariens, toute opposition muselée, les récalcitrants dûment passés à tabac, ni que des fonds et instructions sont envoyés dans les provinces du sud du Maroc pour des opérations de subversion, à l’exemple des sanglants événements de Gdeim Izik, aux environs de Laâyoune, en novembre 2010. Il n’est, donc, possible ni d’accorder crédit aux allégations de personnages douteux aux agissements fort peu respectueux des droits humains, ni passer sous silence leurs manoeuvres pour ternir l’image de marque du Maroc.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, il n’est pas possible de s’imaginer que les Américains sont mal informés ou trompés.

Seconde évidence, le Maroc n’est pas n’importe quel pays pour les Etats-Unis. L’accord de libre échange entre les deux pays, entré en vigueur en 2006, est venu élargir les domaines de coopération à l’économique, les liens étant déjà solides sur le plan politique. Pays ami de longue date, le Maroc est même déclaré en 2004 un allié majeur des Etats-Unis hors Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et les armées des deux pays ont effectué plusieurs manœuvres en commun. Séparé des Etats-Unis par le seul océan Atlantique, le Maroc, de par sa position géographique, au carrefour de l’Afrique, de l’Europe et du Monde arabe, constitue un partenaire stratégique, dont la stabilité politique constitue un autre gage de bonnes relations. C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique qu’il faudrait tenter de chercher des éclaircissements à la démarche hors propos que projettent de mener les Etats-Unis au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Le Centre Robert F. Kennedy pour la justice et les droits de l'Homme s’est empressé d’applaudir le projet de résolution américain, ce qui peut constituer un début d’explication. La présidente de cette Organisation Non Gouvernementale (ONG) américaine est Kerry Kennedy, dont l’actuel titulaire du portefeuille des affaires étrangères étasunien, M. John Kerry, est un ami de longue date de la famille, s’est distinguée au cours des dernières années par son tropisme polisarien et par les campagnes organisées par son ONG en faveur des séparatistes. Mme Kerry Kennedy a également fait parler d’elle, en juillet 2012, suite à son arrestation pour conduite sous l’effet d’une drogue ayant entraîné un accident de circulation à New York.

En 2008, le Centre RFK décerne un prix à Aminatou Haïdar, mais les commentaires laudatifs qui lui sont faits ne précisent pas que cette dernière n’a jamais refusé de percevoir son salaire de l’Etat marocain du temps où elle était fonctionnaire. Bref, il n’y a aucune rationalité à chercher dans des décisions et des actes empreints de faux-semblants et d’hypocrisie. Sauf que cette fois-ci, il n’est pas question de se donner bonne réputation en se faisant prendre en photo avec des personnages douteux portés au pinacle auprès d’opinions publiques totalement ignorantes de leurs passés. C’est de l’intégrité territoriale d’un pays allié qu’il s’agit.    

Ahmed Naji
Journaliste     
         


           

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