Sanctions contre la Géorgie : leur effet possible

RIA Novosti/Ilia Kramnik
Vendredi 23 Janvier 2009 - 15:30


La Russie a introduit des sanctions contre la Géorgie : Dmitri Medvedev a signé une ordonnance interdisant les livraisons d'armes et de produits à double vocation à ce pays. Par ailleurs, le président a chargé le gouvernement d'élaborer des mesures en vue de réduire voire de suspendre la coopération militaire et technique avec les pays qui exportent vers la Géorgie des armes de fabrication soviétique ou russe.


Sanctions contre la Géorgie : leur effet possible
La Géorgie est ainsi privée de la possibilité d'acheter à la Russie des matériels militaires, alors que de jure elle avait ce droit encore tout récemment. La possibilité de coopérer avec les autres pays sera examinée désormais en fonction de leur réaction à ces nouvelles règles du jeu.

Cette mesure touche directement les relations de la Russie avec plusieurs pays d'Europe orientale et ex-républiques soviétiques, impliqués dans les livraisons d'armements et de matériel militaire au régime de Saakachvili. Toutefois, estiment les spécialistes, dans plusieurs cas, l'arrêt de la coopération militaire et technique peut porter atteinte à la capacité de défense de la Russie également. Il s'agit avant tout de la coopération avec l'Ukraine, dont la production des usines d'armement est aujourd'hui largement utilisée par les forces armées russes. Il suffit de dire qu'en Ukraine sont fabriquées les composantes nécessaires au maintien en état opérationnel des missiles balistiques intercontinentaux R-36M2 et UR-100N, qui constituent l'ossature des Troupes russes de missiles stratégiques.

On se demande quelle pourrait être la réaction de l'Ukraine à cette décision de la Russie concernant la Géorgie. Certains médias craignent d'ores et déjà que l'Ukraine n'interrompe sa coopération avec la Russie, en introduisant de son côté des sanctions analogues. Toutefois, compte tenu de la situation économique de l'Ukraine et de la baisse sensible de sa production industrielle, il est fort douteux que les dirigeants de ce pays souhaitent porter un coup supplémentaire à leur économie, en la privant des recettes qu'elle tire des livraisons de produits militaires à la Russie.

Il convient également de noter que si pour la Russie l'arrêt de la coopération avec l'Ukraine est un fait peu agréable, mais supportable, pour l'Ukraine, la cessation de la coopération avec la Russie serait plutôt catastrophique: les forces armées ukrainiennes sont dotées de différents types d'engins militaires qui utilisent des pièces de rechange russes et la quasi-totalité de ce matériel est fabriquée en Russie. Quant au remplacement rapide des armements existants par des armements identiques de fabrication occidentale, cela s'avère impossible dans les conditions actuelles : l'armée ukrainienne est trop importante, et personne ne serait en mesure de lui livrer gratuitement une telle quantité d'armements.

Aussi paradoxal que ce soit, c'est la Géorgie qui souffrira le moins de l'arrêt de cette coopération. Compte tenu du caractère artificiel propre à la structure étatique géorgienne actuelle, ce qui importe, c'est de savoir jusqu'à quel point les alliés occidentaux de Tbilissi ont-ils besoin d'une armée géorgienne apte au combat et non pas quelles mesures envisagent de prendre la Géorgie. Si l'Occident décide que l'armée géorgienne lui est nécessaire pour ses futurs "jeux" dans le Caucase, les livraisons d'armements pour, disons-le franchement, des forces armées qui ne sont pas parmi les plus puissantes du monde, ne poseront pas un gros problème : les réserves de l'OTAN en matériels obsolètes y suffiront amplement.

La Russie, au final, ne gagnera rien à l'introduction de ce régime de sanctions, mais ne sera pas non plus perdante. Toutefois, de telles mesures pourraient avoir un effet contraire à l'objectif recherché. Pour que nous ne soyons pas un jour victimes de ces restrictions, il importe de diminuer la dépendance de notre complexe militaro-industriel vis-à-vis des livraisons à l'étranger.

A l'évidence, il est impossible de renoncer définitivement à ces livraisons: il n'existe aujourd'hui aucun pays qui soit en mesure de fabriquer de A à Z tout ce qui est nécessaire pour la fabrication de ses armements. Mais il apparaît réaliste de réduire au minimum notre dépendance vis-à-vis des fournisseurs politiquement peu sûrs.


           

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