Sida : L'Eglise africaine joue les pragmatiques

courrierinternational.com/Ernest DIASSO
Mercredi 25 Mars 2009 - 10:14


En Afrique, les structures catholiques font depuis longtemps des entorses aux propos de Benoît XVI sur le préservatif. Et c'est tant mieux.


Sida :  L'Eglise africaine joue les pragmatiques
Si les récents propos controversés de Benoît XVI sur le préservatif ont été géographiquement tenus à proximité du Cameroun, le tollé international qu'ils ont éveillé semble, lui, bien éloigné des Camerounais. Bien sûr, l'Afrique est le continent le plus concerné par le virus du sida, avec deux tiers du total des personnes infectées et presque trois quarts des décès dus au virus en 2007. Certaines populations, comme celles du Swaziland ou de l'Ouganda, pourraient à terme disparaître. Condom ou pas, les progrès en matière de prévention y sont moindres qu'ailleurs.
Mais, si le contexte africain rend les propos du pape, du point de vue des oreilles occidentales, singulièrement irresponsables, il esquisse aussi un terrain conquis pour Benoît XVI. L'Afrique est profondément spirituelle, mystique, superstitieuse – religieuse, même si syncrétique. Ce continent est également très conservateur sur les sujets de société. La condamnation – systématique moralement et parfois aussi judiciaire – des homosexuels d'Afrique est du pain bénit pour les faucons du Vatican.
A cela s'ajoute la faible alphabétisation, qui peut conduire de bonne foi au déni de la maladie. Peut-il y avoir débat théologique populaire sans polémique intellectuelle vulgarisée ? Lorsque Sa Sainteté foule le sol africain, la "fanfare" qui l'accueille couvre ses propos enroués. La visite d'un pape à Yaoundé, c'est comme une tournée des Rolling Stones à Berlin. Pas besoin de s'arrêter sur les paroles d'Angie pour communier, parfois en transe, au milieu d'une foule approvisionnée en produits dérivés. Le Camerounais porte un pagne événementiel à l'effigie de Benoît XVI comme l'Allemand arbore sur la poitrine la langue sérigraphiée du groupe de Mick Jagger. Moins par adhésion avisée que par vague affection.
Là réside l'enjeu stratégique pour Benoît XVI : l'affectif est à la fois atout et piège pour le souverain pontife. Atout parce qu'en Afrique on pratique plus avec le cœur qu'avec les synapses. Piège parce que ce pape-là ne manie pas l'émotion avec le talent de son prédécesseur. A défaut de mouvements catholiques charismatiques très audibles, le nomadisme des convictions religieuses africaines alimente alors le protestantisme. L'Eglise évangélique du Cameroun comptait 30 000 membres au moment de l'indépendance, en 1960. Elle aurait dépassé aujourd'hui 3 millions de fidèles.
La pratique catholique africaine est-elle pour autant condamnée par la théorie austère ? Tout intellectuel pointilleux rêve d'une cohérence théologique entre le sommet clérical et la base des fidèles. Mais, en voyant l'hécatombe des séropositifs africains, il se prend, bienveillant, à espérer une déconnexion entre les dogmes du souverain pontife et les comportements des bons Samaritains de la quotidienneté cléricale. Le 19 mars, le site Eucharistie Miséricorde rapportait les propos du chef de l'Etat burkinabé, Blaise Compaoré, par ailleurs président du Comité national de lutte contre le sida : "Chez nous, l'Eglise est d'abord synonyme d'écoles et de dispensaires." Dans le monde, 30 % des centres de soins du sida sont en effet gérés par des structures catholiques. Dans le contexte sanitaire, les prêtres, religieuses ou missionnaires sauront faire des entorses aux propos "aériens" de Benoît XVI.


           

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