Syrie: l'EI complètement assiégé dans son fief d'Al-Bab


Lundi 6 Février 2017 - 17:13
AFP


Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) sont désormais "complètement assiégés" dans la ville d'Al-Bab, leur dernier fief dans la province d'Alep dans le nord de la Syrie, visé par une double offensive.


Depuis près de deux mois, Al-Bab est dans la ligne de mire des rebelles syriens appuyés par les troupes turques mais récemment, les troupes du régime de Bachar al-Assad soutenues par la Russie ont lancé une offensive pour capturer cette ville symbolique.

Si les troupes turques et leurs alliés font du surplace au nord de la ville depuis début janvier, l'armée syrienne et ses supplétifs avancent rapidement depuis une semaine, notamment au sud de la cité.

Il n'est pas clair s'il s'agit d'une course entre les deux parties pour prendre Al-Bab ou s'il y a une entente tacite entre les parrains de ces forces antagonistes.

Après de profondes divergences sur le dossier syrien, la Turquie a en effet engagé un spectaculaire rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine à la suite du coup d'Etat avorté contre Recep Tayyip Erdogan.

"Al-Bab est plus importante pour les Turcs, qui ont défini la ville comme un objectif prioritaire de leur opération Bouclier de l'Euphrate", souligne Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie.

Pour le régime, l'important est de contrôler le sud de la ville pour "prévenir une avancée" des troupes turques et "protéger le flanc est d'Alep", selon lui.

L'implication d'Ankara suscite la colère à Damas. Le régime a récemment adressé deux missives au Conseil de sécurité de l'ONU pour dénoncer "les violations de la souveraineté de la Syrie" par la Turquie.

Cette situation traduit une dynamique de plus en plus complexe dans le conflit syrien, où le régime a repris le dessus depuis l'intervention militaire de Moscou en Syrie fin septembre 2015.

- L'EI sous pression -

Avançant par le sud, "les forces du régime syrien, appuyées par des combattants du Hezbollah libanais et par des frappes russes, sont parvenues à assiéger complètement Al-Bab et ses environs", selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Elles ont pour cela "réussi à prendre dans la nuit le contrôle de la seule route aux mains de l'EI qui liait cette ville au reste du territoire syrien".

De leur côté, les forces turques et les rebelles sont rassemblés au nord, à l'est et à l'ouest d'Al-Bab mais éprouvent des difficultés à avancer face au principal groupe jihadiste en Syrie.

Ankara a lancé le 24 août l'opération "Bouclier de l'Euphrate" dans le nord de la Syrie, qui vise à la fois l'EI et les milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), alliées des Etats-Unis dans la lutte antijihadiste.

Les troupes loyales au président Bachar al-Assad redoublent actuellement d'efforts contre l'EI, en particulier dans la province de Damas et près de Palmyre (centre).

Dimanche, les forces loyalistes ont capturé le champ pétrolier de Hayyan à l'ouest de la célèbre cité antique dont l'EI s'était à nouveau emparée en décembre, quelques mois après en avoir été chassé par le régime.

Dimanche également, les forces gouvernementales ont affronté l'EI près de l'aéroport militaire d'Al-Sine, au nord-est de Damas, selon l'OSDH.

L'EI subit des offensives simultanées sur l'ensemble des territoires dont il s'était emparé en 2014 en Syrie et en Irak. Il est ainsi sous pression à Raqa, son principal bastion en Syrie, vers lequel avancent les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde appuyée par les Etats-Unis.

En Irak, l'EI a déjà perdu la partie orientale de Mossoul, la deuxième ville du pays, reconquise par les forces gouvernementales avec le soutien des frappes de la coalition internationale. Bagdad s'apprête à lancer une nouvelle phase pour reprendre l'ouest de la ville.

Sur le front politique, M. Assad a de nouveau critiqué les Européens en recevant une délégation de parlementaires belges à Damas. "De nombreux pays ont adopté une politique irréaliste depuis le début de la guerre en Syrie (...) endommageant les intérêts de leur propre peuple en soutenant des groupes terroristes", a-t-il déclaré.

L'opposition politique a par ailleurs indiqué lundi qu'elle annoncerait le 12 février la liste de ses délégués participant aux négociations devant débuter le 20 à Genève pour tenter de mettre fin au conflit.


           

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