Trois ans de prison ferme requis contre l'ex-ministre Jérôme Cahuzac


Mercredi 14 Septembre 2016 - 16:04
AFP


Le parquet a requis mercredi trois ans de prison ferme à l'encontre de l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac pour fraude fiscale et blanchiment, estimant que c'était le juste prix de la "trahison" pour avoir "sacrifié tous les principes pour l'appât du gain".


La procureure Eliane Houlette a aussi demandé une peine d'inéligibilité de cinq ans contre l'ex-étoile montante socialiste, ancien maire et ancien député, qui a "trahi tous ses serments".

Sur sa chaise, le principal prévenu n'a pas bougé, comme figé, les yeux baissés.

La patronne du parquet national financier, créé à la suite de ce scandale, a aussi requis deux ans de prison ferme à l'encontre de Patricia Cahuzac, qui a "surpassé" son mari "dans la dissimulation de ses avoirs au fisc". "Le seul élément qui distingue vos situations, c'est que lui était ministre", a-t-elle asséné.

L'ancien héraut de la lutte contre l'évasion fiscale, à l'origine du plus retentissant scandale du quinquennat, est jugé depuis le 5 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour ses comptes cachés à l'étranger, au côté de son ex-épouse et de leurs anciens conseillers, le banquier François Reyl et l'homme d'affaires Philippe Houman.

A l'encontre du banquier suisse et de l'intermédiaire, accusés d'avoir "organisé l'opacité" des avoirs, passés de Suisse à Singapour via des sociétés offshore, le parquet a requis 18 mois de prison avec sursis et 375.000 euros d'amende. Contre la banque Reyl, qui a "mis sa technicité au service" de la fraude, il a demandé 1,875 million d'amende et une interdiction d'exercer toute activité bancaire en France pendant cinq ans.

Le procès a mis à nu les secrets bancaires d'un couple dans la tourmente, "conscient de l'illégalité" de montages toujours plus sophistiqués. Les Cahuzac ont reconnu une fraude "familiale", une plongée dans l'opacité offshore comme une fuite en avant, mais nié avoir construit "un système organisé".

Au contraire, le procureur Jean-Marc Toublanc a dénoncé "l'organisation d'une vie familiale enracinée dans la fraude pendant 20 ans": "à aucun moment il n'y a eu une prise de conscience. Pas même quand M. Cahuzac est devenu président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale" en février 2010 et "se fait remettre 20.800 euros en espèces sur le trottoir parisien".

- "Gros fraudeurs" -

Ouvrant son réquisitoire avec Montesquieu pour mieux rappeler qu'il n'y a "pas de République démocratique sans égalité de tous devant la loi", le procureur a évoqué le séisme de la révélation fin 2012 de l'existence du compte caché du ministre, un homme qui "incarne" alors la lutte contre l'évasion fiscale.

"Bienvenue dans le merveilleux monde de la fraude fiscale", lance-t-il, avant de dresser une terrible chronologie des délits qui ont conduit les Cahuzac à dissimuler un "patrimoine global de 3,5 millions d'euros" au fisc, les plaçant parmi les "plus gros fraudeurs" français.

Cet argent s'est retrouvé à hauteur de 600.000 euros sur le compte suisse de Jérôme Cahuzac, transféré en 2009 de la banque genevoise Reyl vers la Julius Baer de Singapour, à hauteur de 2,7 millions d'euros sur le compte de l'île de Man géré par Patricia Cahuzac, et pour près de 240.000 euros de chèques versés sur les comptes de la mère de l'ex-chirurgien.

Le procureur a balayé la ligne de défense de Jérôme Cahuzac, qui a affirmé à l'ouverture du procès que le premier compte suisse visait à financer le courant politique de feu Michel Rocard. "M. Cahuzac se comporte comme le seul propriétaire et bénéficiaire de ces fonds, il va octroyer une procuration à sa femme", souligne-t-il.

Il met en garde contre un homme chez qui "la vérité est un mirage": "On croit la saisir mais elle disparaît aussitôt dans les sables mouvants de sa conscience".

Jusqu'au bout, le ministre déchu, ancien joueur de golf, a ménagé ses effets, jusqu'à assurer n'avoir "pas menti au président" François Hollande sur son compte caché. L'Elysée a démenti.

Une stratégie risquée, alternant révélations sans preuves et désarroi sincère face à sa "vie détruite". Au bord des larmes quand il évoque la violence de sa déchéance: les quolibets dans la rue, les conséquences pour les enfants qui portent le nom d'un paria.

A la barre, il a assumé "une faute impardonnable" et assuré qu'à 64 ans, sa vie politique était "terminée".


           

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