Troisième jour de heurts sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem


Mardi 15 Septembre 2015 - 15:59
AFP


Palestiniens et policiers israéliens se sont de nouveau affrontés mardi sur et autour de l'esplanade des Mosquées à Jérusalem au troisième et dernier jour du Nouvel an juif, malgré les appels internationaux au calme.


Comme depuis le début dimanche des célébrations du Nouvel an juif, les policiers se sont heurtés à des hommes masqués retranchés dans la mosquée Al-Aqsa pour protester contre les visites de juifs sur l'esplanade.

Depuis dimanche, les confrontations éclatent quand les policiers entrent sur le site pour les en déloger avant l'ouverture à 07H30 des visites pour les touristes non musulmans et les juifs.

Des centaines de policiers ont pris position sur l'esplanade et répondu aux jets de pierres par des tirs de grenades assourdissantes.

Vingt-six Palestiniens ont été blessés et deux d'entre eux hospitalisés, selon le Croissant-Rouge. Cinq policiers ont été blessés selon la police. Quatre personnes ont été arrêtées.

"La police a pris d'assaut la mosquée Al-Aqsa", allant jusqu'au cœur du sanctuaire avant de ressortir, a affirmé Firas al-Dibs, porte-parole du Waqf, l'organisation dépendant de la Jordanie qui gère le troisième lieu saint de l'islam.

Comme à chaque fois qu'elle est accusée d'entrer dans Al-Aqsa, une grave offense aux yeux des musulmans, la police israélienne a assuré ne pas être entrée et n'avoir fait que débloquer les barricades qui empêchaient la fermeture des portes de la mosquée.

- 'Propriétaires, voleurs' -

Surplombant Jérusalem-Est, la partie palestinienne de Jérusalem occupée et annexée par Israël, l'esplanade abrite la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher.

Les juifs la considèrent comme le mont du Temple, l'endroit où se dressait le second Temple détruit par les Romains, dont l'unique vestige, le mur des Lamentations, est en contrebas.

Des juifs radicaux militent pour le droit d'y prier et certains rêvent d'y construire le troisième Temple.

La visite depuis dimanche de plus d'un millier de touristes et de juifs à l'occasion de la fête juive a renforcé les craintes des Palestiniens et des autorités musulmanes qu'Israël n'impose une division de fait du lieu saint: le matin pour les juifs, le reste pour les musulmans.

Les violences se sont aussi étendues aux ruelles étroites de la Vieille ville, secouées par des charges répétées de la police lançant des grenades assourdissantes sur des manifestants palestiniens et arabes israéliens. Entre deux accès de tensions, des juifs sous lourde escorte et des groupes de touristes déconcertés passent sous les quolibets.

Oum Omar, 42 ans, est venue de Nazareth, la grande ville arabe du nord d'Israël pour "défendre Al-Aqsa". "Les vrais propriétaires d'Al-Aqsa sont dehors et les voleurs sont à l'intérieur", a-t-elle lancé.

"Les Israéliens veulent diviser l'esplanade mais ils n'y parviendront pas", a dit l'un des manifestants palestiniens, Khaled Touffaha, commerçant de 46 ans. Comme tous les musulmans, "moi-même, mes enfants et mes petits-enfants sommes prêts à verser notre sang pour Al-Aqsa", a-t-il assuré entre deux détonations.

- Netanyahu défenseur du statu quo -

La direction palestinienne réunie à Ramallah en Cisjordanie a appelé à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, dénonçant "les tentatives israéliennes d'imposer une division géographique et temporelle d'Al-Aqsa", un plan "terroriste" qui "ne sera accepté sous aucune condition".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui devait réunir en soirée ministres et responsables de la sécurité, s'est toujours défendu de vouloir toucher au "statu quo", les règles tacites qui dirigent le site depuis 1967.

Elles permettent aux musulmans d'y monter quand ils le veulent et aux juifs d'y venir à certaines heures, mais pas pour prier.

Le roi Abdallah II de Jordanie a mis en garde Israël du risque encouru par les relations avec son pays, un des deux seuls Etats arabes ayant signé la paix avec l'Etat hébreu. Amman avait rappelé son ambassadeur en Israël après des heurts similaires en novembre.

Abdallah II s'est entretenu par téléphone mardi avec le président palestinien Mahmoud Abbas au sujet des "agressions israéliennes continues contre Al-Aqsa", selon l'agence palestinienne Wafa.

Les violences ont suscité l'inquiétude et des appels à la retenue de la part des Etats-Unis, de l'ONU et de l'Union européenne, qui a jugé que "l'escalade de la violence constituait (...) une incitation à la haine".

L'Iran a réclamé d'urgence une réunion de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) alors que pour la France, "ces événements soulignent la nécessité de relancer les pourparlers de paix" israélo-palestiniens.

Le Hamas palestinien islamiste a depuis Gaza dénoncé "une déclaration de guerre" d'Israël, mettant en garde contre "une explosion totale". Le Jihad islamique a accusé Israël de franchir les "lignes rouges".


           

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