Vers un partage des Lieux Saints

CGNews - Le rabbin Michael Cohen
Jeudi 19 Août 2010 - 16:27


Manchester Center (Vermont) - Dans Einstein's Rabbi: A Tale of Science and the Soul, Albert Einstein dit: “Si nous comprenons que Dieu est le pouvoir suprême dans l'Univers, et si nous croyons savoir ce que Dieu veut, cela peut nous monter à la tête. Il y a un danger, dans toutes les religions, que ce sentiment de pouvoir absolu ne devienne envahissant et corrupteur”.


Vers un partage des Lieux Saints
La tâche sacrée de tous les dirigeants religieux est de cultiver une vision différente. Toutes les religions sont assorties de sauvegardes qui empêchent les fidèles de s'approprier la religion dans une pulsion exclusive, intolérante et fanatique.

Les dirigeants religieux de toutes confessions, s'ils sont honnêtes, doivent reconnaître que nous sommes trop nombreux à tomber dans cette tentation, et c'est particulièrement vrai dès qu'il s'agit du conflit israélo-palestinien.

Cet échec est particulièrement patent dans les conflits de juridiction dont les Lieux Saints de Jérusalem, Hébron et Bethlehem sont l'objet. Le caveau de Machpelah (caveau des patriarches) à Hébron – que tous les fidèles des confessions abrahamiques tiennent pour être la dernière demeure d'Abraham, Sarah, Isaac, Rebecca, Jacob et Leah – et la tombe de Rachel à Bethlehem étaient des Lieux Saints où, naguère, juifs, chrétiens et musulmans priaient ensemble. Ils ont maintenant été souillés par des scènes de violence et de tension.

Le Lieu Saint le plus contesté est le mont Moriah (Haram al-Sharif) à Jérusalem. Pour les juifs, c'est le site le plus sacré, également appelé le mont du Temple, le lieu où s'élevait le temple construit par le roi Salomon en 957 av. EC. Pour les musulmans, c'est le troisième lieu saint de l'islam, l'Esplanade des mosquées, le Noble Sanctuaire, le lieu d'où Mahomet chevaucha dans son voyage nocturne vers le ciel, consacré par la construction du Dôme du Rocher et de la mosquée al-Aqsa en 692 EC.

Hélas, tout ce quartier est devenu aujourd'hui le point névralgique de conflits politiques, assortis de confrontations violentes, voire mortelles, entre Israéliens et Palestiniens.

Pourtant, ce site sacré qui semble exacerber ainsi les opinions divergentes comporte aussi le germe d'un modèle plus inclusif.

Depuis mille ans que les temples juifs se dressent sur le Mont Moriah, des dizaines de milliers de juifs sont venus ici en pèlerinage trois fois l'an. Ces trois fêtes sont aujourd'hui connues sous le nom de hag, à rapprocher du hadj par lequel les musulmans décrivent leur pèlerinage à La Mecque.

Un des pèlerinages juifs avait lieu à la Pâque juive, Pessah. Le clou de la fête était la présentation au Temple de l'offrande pascale. Dans la cohue des fidèles, il arrivait souvent que les agneaux s'égarent et se mélangent. Pour tenir compte de cette confusion, la mishna – la source de la loi juive la plus importante après la Torah – prescrit: “Si les offrandes pascales de deux groupes sont échangées, [les intéressés] disent aux autres: "Si cette offrande pascale est la nôtre, retirez-vous de la vôtre et soyez souscrits à la nôtre; et si cette offrande pascale est la vôtre, nous nous retirons de la nôtre et souscrivons à la vôtre"” (Traité pessahim 9:10).

Mutatis mutandis, cette injonction pourrait s'appliquer à la querelle autour des Lieux Saints dans le contexte élargi du conflit palestino-israélien. Certes, les sites ne sont pas perdus, contrairement aux agneaux. Et la dispute est entre des gens qui ne partagent pas la même religion. Mais la formule est novatrice, créative et conciliante, proposant en modèle le partage d'un objet sacré entre deux groupes différents. Ce modèle repose sur le principe que la meilleure façon de se préserver soi est d'embrasser l'autre.

Si la majorité des dirigeants religieux prêchaient fermement cette bonne parole, ils pourraient jouer un rôle important dans l'atténuation de ce conflit.

La leçon que doivent en tirer les dirigeants religieux du judaïsme, du christianisme et de l'islam, c'est qu'il est temps d'amorcer le dialogue qui ferait des Lieux Saints, non pas des bastions d'exclusivité, mais plutôt des modèles et des lieux où chaque partie peut rencontrer l'autre et apercevoir en lui l'étincelle sacrée qui est en chacun de nous, quelle soit notre religion.

J'ai assisté à une scène de ce genre au début de l'année, un samedi matin, au kibboutz Ketura en Israël. La synagogue était remplie d'étudiants juifs, chrétiens et musulmans de l'Arava Institute for Environmental Studies, parmi lesquels des jeunes musulmanes portant le foulard. Ils étaient réunis pour fêter la bar-mitsvah et la bat-mitzvah adulte de deux de leurs camarades de promotion, un spectacle particulièrement émouvant.

En tant que responsables religieux, nous devons tout faire pour entamer un dialogue qui aboutirait à la jouissance des Lieux Saints par les trois confessions abrahamiques, et pour établir le contact avec ceux qui professent une foi différente. Grâce au dialogue et aux interactions personnelles, nous pouvons commencer à jeter les bases du partage des Lieux Saints et à embrasser l'autre.


           

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