Whatsapp, la nouvelle addiction des Togolais


Mardi 13 Juin 2017 - 14:59
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Lomé - Au Togo en 2017, si vous n’avez pas de smartphone ou de téléphone android vous permettant de rester connecté sur la plateforme de messagerie instantanée Whatsapp, c’est que vous n’êtes pas à la mode !


« Entre 80 et 90 % de nos abonnés (ndlr, plus de 2 millions de personnes) ont une connexion internet activée quasiment 24H/24. Ils sont généralement connectés pour pourvoir rester en contact avec leurs proches et leurs amis sur les réseaux sociaux, et surtout sur whatsapp» confie à Anadolu, Mme Djawada du service communication de la société de téléphonie mobile togolaise Togocel.

Quel que soit la catégorie d’âge, l’intérêt pour la plateforme est grandissant.

« Depuis que j’ai découvert whatsapp il y a deux ans, je ne parviens plus à m’en détacher», avoue Alfred, 22 ans, étudiant en Semestre 1 des sciences humaines à l’université de Lomé.

Et ils sont de nombreux jeunes, comme lui, à être agrippés à leur téléphone jour et nuit, pour échanger entre amis dans des « groupes » whatsapp, pour lire des histoires ou encore écouter des audios (faits divers de société par exemple) amusants.

Simone Dakiché, une jeune journaliste, en raffole. « J’ai découvert avec whatsapp combien les gens peuvent être créatifs ! Il y a de véritables talents sur ce réseau! » dit-elle.

Mais si « le phénomène Whatsapp apporte de véritables facilités aujourd'hui dans la collecte et la transmission des informations » poursuit la jeune femme, son utilisation accrue porte toutefois un coup dur à certaines valeurs de proximité et de fraternité propre à l’Afrique et au Togo.

Dr Namoin Yao, enseignante-chercheure à l’université de Lomé et présidente de l’Agora des Professionnels de la communication au Togo, s’inquiète d’ailleurs des conséquences du téléphone sur l’avenir des jeunes togolais.

« On assiste actuellement à un phénomène d’addiction généralisée. Whatsapp est venu accentuer ce phénomène qui existe depuis quelques années, faisant perdre à la société certaines valeurs », estime l’enseignante.

«Les jeunes s’isolent pour pouvoir se connecter, ils n’ont plus plaisir à discuter en famille. Parfois les réunions de famille ne passent d’ailleurs que par whatsapp. Ce qui ne ressemble pas du tout à l’Afrique et au Togo», ajoute-t-elle.

Alors que la plupart des étudiants préfèrent se connecter sur le réseau social plutôt que de réviser leurs cours, Yao tente de réduire quotidiennement l’addiction de ses étudiants.

« Pour cela, je montre l’exemple », explique l’enseignante âgée de 37 ans.

« Pendant mes cours, je ne décroche jamais mon téléphone, je ne réponds pas non plus aux messages whatsapp, contrairement à d’autres collègues qui ne s’en privent pas. Dans un respect mutuel j’arrive à obtenir de mes étudiants qu’ils restent concentrés sur le cours. Si ce n’est pas le cas, je leur demande de sortir de la classe », affirme-t-elle.

Loin d’être anodin, « le phénomène whatsapp déteint gravement sur les résultats des étudiants togolais aussi bien dans les universités publiques que dans les établissements d’enseignement supérieur privé », ajoute l’enseignante universitaire.

Mais cette addiction ne touche pas uniquement les étudiants. Dans l’administration publique, le phénomène a lui aussi pris de l’ampleur.

Au point que les membres du gouvernement ont décidé de prendre des dispositions pour y mettre fin.

Col Yark Damehame, ministre de la sécurité du Togo a ainsi récemment édité une mise en garde sévère contre les agents de sécurité au sujet de l’utilisation du réseau whatsapp. 
« Il n’est pas rare de constater des personnels de sécurité préposés à la garde statique d’un immeuble ou à la surveillance de la circulation, les yeux constamment rivés sur leurs téléphones se connectant sur whatsapp sans se soucier de leur travail …sous le regard médusé des usagers de la route », a déclaré le ministre Yark Damehame.

« Ce sont des attitudes de nature à fragiliser le dispositif de sécurité établi, en même temps qu’elles exposent leurs auteurs à toutes sortes d’entreprises criminelles y compris terroristes » a-t-il dit.

Au vue de la gravité du phénomène, Col Yark Damehane a instruit les directeurs généraux de la police et de la gendarmerie et tous les chefs de services de sécurité au Togo « à mener des actions de répression de ces comportements déviants et préjudiciables à la sécurité publique ».

Dans le secteur privé, on tend à interdire tout simplement l’utilisation de whatsapp pendant les heures de travail. Mais là aussi, les experts en organisations de travail trouvent que ce n’est pas la bonne méthode.

« Je reconnais que ça ralenti le rythme du travail et la concentration. Mais Il ne faut pas simplement l’interdire. Ce n’est pas la solution dans la mesure où c’est aussi et surtout un outil de travail très efficace. Il faut plutôt accompagner les employés à adopter une utilisation efficiente de whatsapp » conseille Mme Ayawovi Affognon, spécialiste RH, experte en organisation de travail au cabinet Consult Service Synergie au Togo, rencontrée à Lomé par Anadolu.

Une position que partage Amégayibor Fidèle, gestionnaire des ressources humaines. 

« L’utilisation de whatsapp fait perdre beaucoup de temps aux agents dans le traitement des dossiers qui leurs sont confiés. Pour autant je ne suis pas pour l’interdiction mais pour une réglementation de l'usage. Puisque c’est également un moyen d'échange d'informations et de communication. Il faudrait « éduquer » les agents sur l'utilisation de whatsapp pendant les heures de travail », estime-t-elle. 

Avec ses 7 millions d’habitants et 3 opérateurs de téléphonie mobile, le Togo présente un taux de pénétration à la téléphonie mobile de 66,78%. Ils sont quelques 431 mille abonnés disposent d’une connexion internet mobile «haut débit», selon les dernières statistiques officielles. 


           

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