Afrique - Monnaie unique en 2020: "Une ambition noble de la CEDEAO", selon l'ancien PM malien


Mercredi 20 Décembre 2017 - 12:19
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La création de «L’ECO», monnaie unique qui devrait remplacer le franc CFA et sept autres devises nationales dans les 15 pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) à partir de 2020, «reflète une ambition noble», selon l'ancien Premier ministre malien Moussa Mara, approché par Anadolu.


La création d'une monnaie unique dans les pays de la CEDEAO, est l'une des principales conclusions de la 52e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de cette organisation qui s’est tenue le week-end dernier à Abuja, au Nigeria.

Les pays concernés avaient déjà réaffirmé leur volonté de mettre en place une monnaie unique d’ici 2020 lors du sommet des chefs d’Etat à Niamey au Niger, en octobre 2017.

Si les observateurs ont jugé le délai court qui pourrait menacer la viabilité du projet, peu d’entre eux ont été surpris par cette décision.

«Je ne suis pas surpris car cette décision, en réalité, fait suite à des choix opérés à l’échelle de la CEDEAO depuis presque vingt ans», a ainsi confié à Anadolu, l’ancien Premier ministre malien, Moussa Mara. 

«C’est une décision qui reflète une ambition noble c’est-à-dire approfondir l’intégration en Afrique de l’Ouest par l’adoption d’une monnaie unique», a ajouté le leader politique (président du parti Yèlèma, non aligné), Expert-comptable et économiste.

Toutefois, a poursuivi M. Mara, «le réalisme nous impose de voir son illustration plus tard, et ce, à condition que la volonté politique soit inébranlable ».

Pour ce jeune leader politique et expert économique, l’impact de cette décision sera d’abord politique. «La monnaie unique signifie une forte volonté des États d’Afrique de l’ouest à envisager leur destin ensemble. Elle impose la convergence économique et sans doute politique sur des sujets majeurs comme le développement industriel, les politiques économiques, les questions énergétiques…», a-t-il analysé.

Pour ce qui est de l’impact économique, il se «traduira par une véritable puissance économique ouest-africaine sur le Continent et un positionnement utile pour le futur», a précisé Moussa Mara.

Et l’expert-comptable de rappeler que «cette monnaie sera gérée dans le sens des intérêts ouest-africains et sera sans doute favorable à la production locale et à la compétitivité de nos économies».

Et cela d’autant plus que l’Afrique de l’ouest est «un ensemble assez intégré» sous l’égide de la CEDEAO et constitue, en termes de puissance économique, «un véritable mastodonte sur le continent, avec près de 300 millions d’habitants et un PIB qui dépasse 700 milliards de dollars, soit à peu près le tiers du PIB du continent».

A long terme, a poursuivi l’expert, «on peut espérer une intégration plus aboutie des pays sur le plan économique et politique ; une libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux et un niveau de vie qui devient homogène entre les pays».

On peut espérer par exemple un réseau électrique commun pouvant créer un marché de l’électricité et une couverture à presque 100 % des besoins d’énergie indispensable à l’émergence socio-économique de cet espace.

L’ancien Premier ministre malien espère aussi «l’accroissement des échanges entre pays pour atteindre 40 % de leurs échanges extérieurs et se rapprocher des standards internationaux».

L’impact de la création de cette monnaie unique peut aussi se traduire par «l’harmonisation des fiscalités et des règles économiques de base» permettant à l’Afrique de l’ouest d’envisager une diplomatie régionale et peut être un pilotage économique et financier régional.

Sans compter que, a insisté Moussa Mara, des puissances mondiales comme la Turquie ou la Chine devraient sans doute être plus intéressées de «travailler avec une zone homogène de plus de 300 millions d’habitants plutôt que près de vingt pays isolés».

Sur le plan des infrastructures, on peut envisager des projets intégrés entre les pays (irrigation, développement de filières agro industrielles, infrastructures énergétiques, transports…) qui atteindront «une taille pouvant nécessiter un partenariat avec un grand pays comme la Turquie et pouvant conduire à des rendements économiques intéressants», souligne-t-il.

Enfin en termes de débouchés et de marchés, a conclu Mara, «une zone homogène crée plus d’opportunités pour des entreprises à envisager le transfert de capacités de productions pour mettre des biens à disposition de la zone avec un marché intérieur de plusieurs centaines de millions de personnes».

A noter que le projet de monnaie commune existe dans cet espace politique et économique depuis les années 1980. Mais il a été relancé au début des années 2000. Il existe huit monnaies dans la zone Cédéao, dont le Francs CFA.

«L’ECO» devait entrer en vigueur dès 2015, mais son lancement a été reporté à plusieurs reprises faute de convergence suffisante entre les pays concernés, notamment à cause du Nigéria longtemps opposé à cette création de monnaie unique à la CEDEAO.


           

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