Afrique du Sud: La guerre des factions menace la conférence élective de l’ANC


Mercredi 15 Novembre 2017 - 11:29
MAP - Abdelghani AOUIFIA


​Johannesburg – La guerre s’intensifie dans les différentes provinces sud-africaines entre les factions du parti l’ANC, au pouvoir, exacerbant les divisions au sein de cette formation et laissant, par la même, planer des doutes au sujet de la tenue de la conférence élective du parti, prévue en décembre prochain.


 Les hautes instances dirigeantes de l’ANC tentent tant bien que mal de contenir ces confrontations qui ont pris parfois des allures violentes, plongeant dans le chaos les préparatifs pour la conférence de décembre durant laquelle l’ANC devra élire un nouveau leader pour remplacer le président Jacob Zuma.
Cette élection est la principale pomme de discorde entre les clans des traditionnalistes soutenant Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-épouse du président et sa candidate préférée, et celui des réformistes regroupé autour du vice-président Cyril Ramaphosa.
Dans certaines provinces comme le Cap oriental et Kwazulu Natal, des incidents de violence ont marqué les débats sur cette question de succession, une situation qui a poussé le comité central de l’ANC à mettre en place un groupe de sages pour enquêter sur ces actes. 
   Selon les médias, les actes de violence ont principalement pris pour cible les supporters de Ramaphosa, dont la campagne pour le poste semble avoir le vent en poupe suite au soutien exprimé notamment par les syndicats, les cercles économiques et financiers et de larges franges de l’opinion publique.
   «Les clashes à répétition entre les factions attisent les craintes quant à la capacité de l’ANC de tenir une conférence crédible et libre de toute intimidation», explique l’analyste politique Ralph Mathekga.
   Devant l’escalade des clashes, de nombreux analystes évoquent de plus en plus un éventuel report de la conférence, prévue du 16 au 20 décembre prochain à Johannesburg. 
   Des analystes économiques soulignent que ce report serait périlleux pour le pays, car il devrait accentuer l’incertitude politique et enfoncer l’Afrique du Sud dans une gravissime crise économique avec coût social incalculable.
   De hauts responsables de l’ANC, notamment son secrétaire général Gwede Mantashe, se sont empressés de rassurer les Sud-Africains, soulignant que la conférence élective aura bel et bien lieu à la date prévue.
   Cependant, les analystes argumentent que la situation devient de plus en plus incontrôlable à l’approche de la conférence. La situation est compliquée par la culture de clientélisme qui s’est ancrée au sein de l’ANC sous Zuma, explique l’analyste Mathekga.
   Ceux dont les intérêts sont liés au clan Zuma ne lâcheront pas prise et feront tout pour imposer Dlamini-Zuma comme successeur de l’actuel chef du parti, indiquent les analystes.
   Ces divisions qui se renforcent menacent les espoirs de l’ANC de préserver la majorité dont il dispose au parlement depuis les premières élections multiraciales organisées dans le pays en 1994 au lendemain du démantèlement officiel du régime de l’apartheid.
   Un tel revers paraît de plus en plus envisageable depuis les défaites subies par l’ANC lors des élections communales de 2016, quand le parti a perdu le contrôle du hub économique et financier de Johannesburg, de la capitale Pretoria et de la métropole de Port Elisabeth.
   Si Dlamini-Zuma, ancienne présidente de la commission africaine se retranche derrière des slogans populistes comme la redistribution des terres des Blancs aux agriculteurs noirs pauvres pour gagner les faveurs des délégués de l’ANC, Ramaphosa surfe, quant à lui, sur la vague des revendications notamment de la classe moyenne soucieuse de voir le pays sortir de sa crise politique et rompre avec les pratiques corrompues qui ont marqué le mandat du président Zuma, coutant au pays sa popularité notamment parmi les investisseurs et les institutions financières multilatérales.  
   Les positions de Ramaphosa, en particulier au sujet de la lutte contre la corruption, envoient des ondes d’inquiétudes dans les rangs des alliés de l’actuel patron de l’Union Buildings, quartier général du gouvernement à Pretoria.
   Ces alliés, notamment ceux impliqués dans des affaires de corruption, craignent surtout des poursuites judiciaires en cas de perte du clan Zuma lors de l’élection de décembre, explique Mcebisi Ndletyana, professeur de science politique à l’université de Johannesburg.
   Les malversations financières dans les grandes entreprises publiques sont bien établies dans plusieurs rapports notamment de l’auditeur général, indique les analystes, déplorant la lenteur de la justice et des services de police d’engager des enquêtes sérieuses sur ces affaires.
   «Face au spectre de poursuites judiciaires, les différents centres d’intérêts n’hésiteront à considérer des options kamikazes pour faire échouer la conférence de décembre», souligne l’analyste Ndletyana.


           

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