Algérie/Législatives : Le pouvoir mobilisé contre l'abstention


Vendredi 28 Avril 2017 - 10:13
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Alger - De la monotonie, à la morosité en passant par une indifférence criarde de citoyens blasés qui donnent l’impression de ne croire plus en rien. Pourtant le pouvoir n’est pas économe dans les appels incessants au vote. Dans sa peur de voir le scrutin du 4 mai prochain pour élire les députés, déserté par les électeurs, tout le gouvernement est mobilisé pour porter la bonne parole, partout à travers le territoire algérien.


Plus de onze mille se présenteront au scrutin dans 12 mille 176 centres de vote et 23 millions 251 mille 503 électeurs sont appelés à élire 462 députés de la future assemblée nationale. Les 763000 électeurs de la communauté algérienne installée en France sont appelés à voter pour désigner 4 députés ; Les électeurs du Monde arabe, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie au nombre de 58318, devront désigner deux candidats alors que ceux de l’Amérique et de l’Europe (sans la France) choisiront 2 candidats.

La participation des formations politiques au scrutin est loin d’être négligeable en nombre. Il y a bien sûr les deux immuables partis du pouvoir, en l’occurrence le parti du Front de Libération Nationale (FLN) et son frère ennemi, le Rassemblement National Démocratique (RND). Il y a aussi, et ils sont légion même s’ils ne pèsent pas très lourd, tous les partis satellitaires qui ont toujours gravité autour des deux premiers et qui ne s’en distinguent ni par leurs programmes ni par l’intensité dans l’allégeance permanente au pouvoir, dans toutes les circonstances.

Il en est ainsi, d’abord du Mouvement Populaire Algérien (MPA) qui se réclame « démocrate » dirigé par l’ancien ministre du Commerce, Amara Benyounes ; du "Tadjamoue Amal Jazair" ou Rassemblement Espoir Algérie (TAJ) dirigé lui aussi par un ancien ministre et qui se réclame de la mouvance islamique.

Les illusions du changement du pouvoir, de l'intérieur

D’autres formations, essentiellement de la mouvance islamique participent en ordres groupés pour tenter de peser plus fort et gagner un maximum de voix. Deux regroupements ont vu le jour et n’ont pas manqué de battre le pavé pour convaincre : le Mouvement pour la Société de la Paix (MSP), allié au Front du Changement (FC) d’une part, et d’autre part l’alliance Nahdha –Adala –Bina.

Quant aux formations de l’opposition, certaines se distinguent par leur participation au scrutin et d’autres par l’appel au boycott. Le Front des Forces Socialistes (FFS, le plus ancien parti de l’opposition) et le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), parti laïque, sont les deux formations que beaucoup n’attendaient pas de les voir prendre part au vote tant leurs discours sur la nécessité de changer de régime était jusque là implacable et leur inflexibilité à ne pas partager le pouvoir avec ses tenants actuels, permanente. Aujourd’hui, l’une comme l’autre des deux formations, très fortement implantées dans le pays et notamment en Kabylie (Centre), ont toutes deux décidé de changer le pouvoir, de l’intérieur.

Prendre part aux législatives est aussi le cas du parti trotskiste de Louiza Hanoune. Le Parti des Travailleurs que cette passionaria dirige depuis sa création voilà plus de 30ans ne s’est jamais porté pale à aucune des consultations, si bien que beaucoup d’observateurs hésitent à le classer dans l’opposition. A sa décharge toutefois, c’est un des rares sinon le seul parti à faire entendre sa voix dans l’hémicycle lorsque les lois soumises à l’examen de l’assemblée ne lui paraissent pas en faveur des travailleurs. L’ambigüité de cette formation réside toutefois dans son soutien inconditionnel à la personnalité du président et son opposition au gouvernement et à tous les autres acteurs politiques.

L’appel au boycott 

Deux autres partis se détachent du lot et constituent ceux qui, aujourd’hui, appellent avec force au boycott. Il s’agit de "Taliaat El Houriat" de l’ancien Premier ministre de Bouteflika, Ali Benflis et néanmoins son rival malheureux à la Présidentielle de 2004 et le parti "Jil El Jadid" (Nouvelle génération), une jeune formation qui s’est très largement fait connaitre et imposée dans le paysage politique algérien.

Il faut croire que même sans l’appel de ces formations au boycott des Législatives, les Algériens ne manifestent, globalement, aucun engouement pour ce scrutin. Et c’est là tout le drame d’un pouvoir qui veut rendre la prochaine assemblée un peu plus crédible et dont l’autre souci majeur est qu’à l’international, en évitant une forte abstention au prochain scrutin, il s’assure de la poursuite du soutien que lui apportent les grandes puissances pour son maintien.

Deux formations politiques –le Front de Libération Nationale FLN- et le Rassemblement National Démocratique RND, deux partis du pouvoir s’écharpent publiquement à qui aura le plus de sièges aux élections législatives du 4 mai prochain. Toutes deux sont convaincues de rafler le maximum de sièges alors que tous les autres partis, islamistes et démocrates ont l’air d’attendre tranquillement que le système de quotas leur laisse la possibilité de voir leurs candidats monter au perchoir ou, pour les plus utopiques, de voir enfin un scrutin, ne pas ressembler à tous les précédents, faits de fraudes, de quotas distribués en fonction de l’allégeance au pouvoir et de promesses toujours non tenues . Pendant ce temps, les citoyens observent et ne cessent d’exprimer leur lassitude et leur désespoir de voir enfin leur sort amélioré, leur vie moins sombre.

Le discours de l'Etat pour éviter l'abstention

Les services de l’Etat ont été mobilisés dans tout le territoire national pour éviter l’abstention. Ainsi, les membres du gouvernement sillonnent le territoire pour appeler les citoyens à aller aux urnes, le 4 mai prochain. Des panneaux publicitaires réalisés à très grands frais et placardés sur toutes les grandes routes aux abords des agglomérations et même dans les zones rurales isolées appellent les citoyens à « faire entendre leur voix ».

Il est clair que les concepteurs du slogan officiel « Tous concernés, fais entendre ta voix », ne dit pas pour qui voter, mais le suggère fortement. Ces slogans sont en effet accompagnés de discours sur « les réalisations colossales entreprises sous la direction du président Bouteflika ». Comme le chef de l’Etat est en même temps président du FLN, la tournure subliminale peut jouer.

Dans le même temps, les animateurs de la campagne, qui sont aussi membres du gouvernement, se mettent tout d’un coup à faire plusieurs annonces censées non seulement amener les citoyens à aller voter, mais à exprimer leurs voix aux partis représentant le pouvoir en place. Alors qu’il y a à peine moins d’un mois, il avait été annoncé que les programmes de logement du gouvernement allaient cesser faute de possibilité de financement, aujourd’hui l’on annonce très officiellement « que les programmes de logements du gouvernement seront poursuivis et que tous les citoyens non encore logés le seront « grâce à la bienveillance du président Bouteflika ».

Cette semaine la prise en charge par l’Etat des rapatriements de l’étranger des dépouilles algériennes, une revendication qui perdure depuis des décennies, vient, comme par hasard, d’être annoncée par le gouvernement, comme acceptée. Pour éviter encore l’abstention et en filigrane, pour bien voter, le ministre des Affaires religieuses Mohamed Aissa, a appelé les imams à faire campagne auprès des fidèles pour les inciter à aller voter et pour « drainer les foules » le 4 mai prochain.

Il n’en fallait pas plus aux imams et chikhs des zaouîas pour amplifier le message et ajouter qu’il faut « mettre l’intérêt de la nation avant les intérêts étroits et personnels ». Au prêche de vendredi dernier diffusé en direct à la radio nationale, le mufti s’est même permis de citer une "liste à la Prévert" des réalisation du président Bouteflika. Pourtant, depuis la décennie noire, le pouvoir a plutôt demandé aux mosquées de s’en tenir au strict discours religieux et c’est là, tout le paradoxe.

L’appel à la fibre nationale en cette circonstance comme en toute veille d’élection en Algérie est toujours de mise. Cela n’est pas propre à l’Algérie mais en l’occurrence tout est dit pour que ceux qui ne votent pas ou qui expriment leur voix en faveur de l’opposition sont suggérés comme des antinationaux. Brandir aussi le danger et les risques sécuritaires aux frontières auxquels fait face l’Algérie n’est pas en soi une erreur, mais dit et réitéré toutes les veilles d’élections ne semble plus convaincre grand monde dans le pays.

Face à ces discours éculés, l’opposition qui prend part au scrutin oppose des développements très chimériques. Penser que l’on peut changer le pouvoir et ses pratiques de l’intérieur est utopique. Lorsque vous apprenez, nous disent quelques étudiants rencontrés à l’entrée de l’université de Bouzaréah (hauteurs de la capitale), que les têtes de liste ont fait l’objet d’achat par les partis au pouvoir, vous ne pouvez avoir de l’espoir.

Et un autre de renchérir : «Dites moi comment croire en ce régime dont le premier parti qui le soutient, le FLN, annonce d’ores et déjà, sans honte, que son parti aura 50% des suffrages ». Il est vrai en effet, que la politique des quotas, reconnue officiellement, à la télévision d’Etat par d’anciens responsables du gouvernement, n’est pas prête à disparaître. 


           

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