Allemagne : Un ex-gardien d'Auschwitz condamné à 5 ans de prison


Vendredi 17 Juin 2016 - 15:58
AFP


Soixante et onze ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale, la justice allemande a condamné vendredi un ex-gardien d'Auschwitz, Reinhold Hanning, à cinq ans de prison, un verdict qui pourrait être le dernier pour les crimes nazis.


La cour a reconnu l'ancien SS de 94 ans coupable de "complicité" dans la mort de 170.000 personnes. "Il savait qu'à Auschwitz des gens innocents étaient assassinés quotidiennement dans des chambres à gaz", a jugé dans sa décision le tribunal de Detmold (ouest), qui inflige cependant une peine inférieure aux six ans requis par l'accusation.

Durant son procès, l'accusé avait exprimé ses regrets. "J'ai honte d'avoir laissé cette injustice se produire et de ne rien avoir fait pour l'empêcher", avait-il déclaré dans une confession lue à l'audience par ses avocats, rompant avec des décennies de silence.

La décision du tribunal a été rendue dans la salle des pas perdus du bâtiment, exceptionnellement reconvertie en salle d'audience en raison de l'affluence médiatique et de la présence de parties civiles venues des Etats-Unis, du Canada ou d'Israël.

Le président du Congrès juif mondial, Ronald S. Lauder a salué dans un communiqué la décision rendue vendredi: "Il a eu la sentence qu'il méritait". Il a néanmoins regretté que ce procès ait lieu "des décennies trop tard".

Pour les survivants de la Shoah et les descendants des victimes, ce procès marquait "un grand pas, même tardif" dans "l'examen complet des meurtres de masse à Auschwitz", ont souligné leurs avocats dans un communiqué diffusé avant le verdict.

Il s'agit pour la justice de sanctionner pour la première fois le rôle d'un SS dans "les différentes formes" de l'extermination, allant des chambres à gaz aux exécutions sommaires et au meurtre "par les conditions de vie", notamment la sous-alimentation, rappellent-ils.

- 'Rouage' de l'extermination -

M. Hanning est le troisième accusé d'une vague de procédures entamées avec la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ex-gardien de Sobibor, puis celle l'an dernier d'Oskar Gröning, ex-comptable d'Auschwitz, après des décennies de relative indulgence judiciaire.

Deux autres gardiens du camp emblématique de la Shoah devaient comparaître cette année. Mais le procès du premier est suspendu à l'avis des experts médicaux, et le second est mort une semaine avant d'être jugé.

Comme pour Demjanjuk et Gröning, l'accusation ne reproche à Reinhold Hanning aucun acte criminel précis mais le dépeint en "rouage" de l'extermination, si massive qu'elle engageait tout le personnel du camp.

La défense avait réclamé l'acquittement, relevant l'absence de preuve d'une "participation directe" de son client aux meurtres, un argument clé sur lequel la jurisprudence allemande a beaucoup varié. Saisie par Oskar Gröning, la Cour fédérale doit trancher sur ce point avant la fin de l'année.

- 'Cauchemar' -

Jeune ouvrier dans une usine de vélo, engagé à 18 ans dans les Waffen SS, Hanning avait combattu aux Pays-Bas, dans les Balkans et sur le front russe. Blessé, il avait été transféré début 1942 à Auschwitz dans l'unité Totenkopf (tête de mort).

Sans prendre la parole, l'accusé a écouté avec attention tout au long du procès qui a débuté en février les récits poignants des anciens déportés, puis a confié à ses avocats 25 pages de confession.

"Je n'ai jamais pu parler de mon expérience à Auschwitz avec d'autres personnes. Ni à ma femme, ni à mes enfants, ni à mes petits enfants", explique l'ex-soldat, devenu laitier-fromager après la guerre.

Il "savait", a-t-il reconnu, "qu'une grande partie des gens qui arrivaient en train" étaient "abattus, gazés et brûlés". "Je pouvais voir comment les cadavres étaient transportés (...) Je percevais les odeurs d'incinération", raconte Reinhold Hanning.

Dépeignant un "cauchemar" qu'il a "essayé toute (sa) vie de refouler", il a assuré avoir demandé par deux fois à retourner au front, en vain.

"Ce n'est pas une déclaration de culpabilité mais une explication du point de vue du spectateur", a déploré Christoph Heubner, vice-président exécutif du Comité international d'Auschwitz.

Quelque 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, ont péri entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, alors situé en Pologne occupée, un camp libéré par les troupes soviétiques fin janvier 1945. Au total, six millions de Juifs ont été exterminés par les nazis.


           

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