Débat passionné autour des cours en anglais à l'université


Samedi 18 Mai 2013 - 10:48
AFP


Paris - Des nombreux étudiants français ont déjà des cours en langue étrangère, mais l'article 2 du projet de loi Fioraso sur l'enseignement supérieur, qui prévoit de les développer à l'université, suscite un débat passionné.


Geneviève Fioraso
Geneviève Fioraso
Le projet de loi sera débattu à l'Assemblée à compter de mercredi. Plusieurs syndicats ont appelé à une grève et à des manifestations ce jour-là pour exiger le retrait de ce projet qu'ils jugent "inacceptable".

C'est l'article 2, qui prévoit d'autoriser les cours en langue étrangère, généralement en anglais, qui a cristallisé les réactions les plus vives. L'objectif est de hisser la part des étudiants étrangers de 12 à 15% "à l'horizon 2020", a expliqué la ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso.

"Le signal posé à ceux qui, un peu partout, apprennent le français n'est pas rassurant", a avancé à l'AFP le député socialiste Pouria Amirshahi (Français de l'étranger du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest), qui a mené la fronde au Palais Bourbon, rassemblant une quarantaine de députés PS. "C'est un renoncement", a-t-il estimé.

"Langue morte"

L'Académie française a même demandé de retirer ce projet qui, selon les Immortels, marginalise la langue de Molière. "Si nous laissons l'anglais s'introduire dans nos universités, si nous le laissons, seul, dire la science et le monde moderne, alors le français se mutilera et s'appauvrira. Il deviendra une langue banale, ou pire, une langue morte", s'est insurgé dans La Croix l'écrivain Bernard Pivot, fortement opposé au projet, comme d'autres personnalités telles Michel Serres ou Jacques Attali.

La loi Toubon de 1994 stipule que la langue de l'enseignement est le français mais prévoit des exceptions.

Mardi, en commission, les députés ont débattu quasiment toute la soirée de l'article 2, retouchant légèrement le dispositif. L'enseignement ne pourra se faire que "partiellement" dans une langue étrangère et devra être assorti d'un apprentissage du français.

Des améliorations "encore insuffisantes", selon M. Amirshahi. "Ce n'est pas une coquetterie ou un combat d'arrière-garde de la communauté universitaire. C'est la richesse culturelle qui est en jeu", défend Claudine Kahane, cosecrétaire générale du Snesup-FSU, premier syndicat du secteur.

"Aujourd'hui, il y a 790 formations en langue étrangère, principalement en anglais (...). Ça ne faisait hurler personne", s'est étonnée Mme Fioraso mercredi à l'Assemblée.

L'université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris, propose ainsi une quinzaine de programmes internationaux aux niveaux licence et master, suivis par des étudiants français et étrangers. "L'objectif est d'attirer les étudiants étrangers mais pas seulement. La mixité linguistique fait que les étudiants français ont moins peur de s'exprimer dans cette langue et ça rend la mobilité moins effrayante", assure Fabrice Chemla, vice-président chargé de la formation initiale et continue.

"Ils ne viendraient pas sinon"

Pierre Tapie, président de la Conférence des grandes écoles, estime que l'article 2 est en réalité "une régularisation de ce qui se fait déjà" et qu'"il faut mener une réflexion pour aller plus loin".

"On y est favorable depuis de nombreuses années", renchérit Khaled Bouabdallah, vice-président de la Conférence des présidents d'université.

Cela permettra de "faire venir des étudiants étrangers qui ne viendraient pas sinon" et "pour nos propres étudiants, la maîtrise de l'anglais est un élément important de professionnalisation", estime M. Bouabdallah, également membre du conseil d'administration de l'agence universitaire de la francophonie.

Côté étudiants, les avis sont partagés. Julien Blanchet, président de la Fage, craint "qu'il y ait des parcours réservés aux étrangers". "C'est important qu'en troisième année de licence, au moins une matière soit enseignée en langue étrangère, mais il faut pour cela donner les moyens aux universités de créer de réels apprentissages des langues".

"Le problème de l'université, ce n'est pas la langue mais l'attractivité de nos diplômes", considère Antoine Diers, président de l'Uni-Met.

Le responsable de l'Unef, Emmanuel Zemmour, regrette lui le temps consacré à l'article 2: "Ce qui intéresse les étudiants, c'est plutôt +est-ce que je vais pouvoir aller à l'université, réussir mon diplôme et trouver un travail+".


           

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