Festival de Salzbourg: 90 ans d'une utopie artistique au coeur de l'Europe


Jeudi 22 Juillet 2010 - 13:17
AFP


Paris - Utopie artistique née au coeur de l'Europe en 1920, le Festival de Salzbourg, qui ouvrira dimanche son édition 2010, a nourri ses 90 ans d'existence d'autant de gloire que de vicissitudes pour s'installer parmi les plus grandes manifestations culturelles au monde.


Salzbourg
Salzbourg
Dès 1917, alors que le vieux continent est le terrain d'une guerre mondiale qui le plonge dans une profonde crise morale, le metteur en scène viennois Max Reinhardt envisage la création d'un festival à Salzbourg.

Deux ans plus tard, son compatriote, l'écrivain Hugo von Hofmannsthal, lance un "premier appel en vue de la préfiguration du Festival de Salzbourg", ville dont le choix s'impose car elle est "le coeur du coeur de l'Europe".

Pour l'auteur, il s'agit de proclamer sa foi dans la paix et dans cette "idée européenne accomplie et éclairée par la période 1750-1850". Reinhardt et Hofmannsthal sont rejoints par le compositeur allemand Richard Strauss et par deux autres Autrichiens, le décorateur Alfred Roller et le chef d'orchestre Franz Schalk. Le festival naît le 22 août 1920.

Si la manifestation est aujourd'hui célèbre dans le monde pour ses opéras, c'est avec le théâtre qu'elle fait ses premiers pas, avec le "Jedermann" de Hofmannsthal. Le lyrique arrivera deux ans plus tard, dans les bagages de l'Opéra et de l'Orchestre philharmonique de Vienne, sous le signe de Wolfgang Amadeus Mozart.

Les grands chefs (Arturo Toscanini, Bruno Walter...) et chanteurs (Lotte Lehmann notamment) accourent. Mais 1938 sonne l'Anschluss et le régime nazi veut annexer ce festival jugé trop cosmopolite. Reinhardt, Walter, Toscanini fuient Salzbourg. Le festival continue sans gloire, jusqu'à la fermeture totale des théâtres décrétée par les nazis en 1944.

Miraculeusement, la manifestation se relève dès 1945. Après son procès en dénazification, le chef allemand Wilhelm Furtwängler marque de son intelligence musicale Mozart ou le "Fidelio" de Ludwig van Beethoven. Mais, déjà, son grand rival, Herbert von Karajan, enfant de Salzbourg, attend son heure. Après la mort de Furtwängler (1954), le dernier autocrate de la baguette ne tardera pas à prendre le pouvoir, pour ne plus le lâcher de 1956 à 1989.

Karajan réunira des stars du chant (Placido Domingo, Mirella Freni...) dans le grand palais du festival, édifié à sa gloire pour accueillir d'imposantes productions d'oeuvres de Giuseppe Verdi à Modest Moussorgski.

A sa mort en 1989, qui a suivi une trop longue fin de règne, Salzbourg est orphelin. Le festival fait le choix d'un virage à 180 degrés en recrutant un intendant pétri de modernité, le Belge Gérard Mortier, qui proclame l'avènement d'un "nouveau Salzbourg". Pendant une décennie, il s'en prend à l'influence des maisons de disques, bouscule les conservatismes locaux avec des productions radicales et menace de démissionner quand l'extrême droite entre au gouvernement autrichien.

Depuis son départ en 2001, les directeurs artistiques se suivent: l'Allemand Peter Ruzicka passe la main au terme d'un petit quinquennat à son compatriote Jürgen Flimm, qui quittera Salzbourg à la fin de cet été, après seulement quatre ans de mandat.

Il n'est pas sûr que les pères fondateurs retrouveraient leurs idéaux de fraternité en 2010 dans un festival dont les prix grimpent jusqu'à 370 euros la place, attirant une clientèle n'hésitant pas à afficher son statut social. Mais Salzbourg est toujours synonyme d'excellence musicale, ses salles ne désemplissent pas. En 2009, la manifestation a affiché 93% de fréquentation et reçu des spectateurs venant de 68 pays, dont 34 non européens.


           

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