Financement libyen: Takieddine entendu par la police


Jeudi 17 Novembre 2016 - 15:38
AFP


Après ses nouvelles déclarations fracassantes, l'intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine est venu jeudi "confirmer" aux enquêteurs ses accusations de financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007.


Le sulfureux homme d'affaires est arrivé peu après 08H00 dans les locaux de l'office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff) à Nanterre, près de Paris. Il a précisé avoir déjà été entendu mardi pendant plus de cinq heures, tout en assurant qu'il ne s'agissait pas de gardes à vue.

Mardi matin, dans un entretien diffusé par le site d'information Mediapart, Takieddine, mis en examen dans le dossier Karachi, assurait avoir transporté fin 2006 - début 2007 entre la Libye et la France trois valises contenant cinq millions d'euros en espèces. Des fonds qu'il dit avoir remis une fois à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur et candidat, et les deux autres fois à son directeur de cabinet de l'époque, Claude Guéant.

"Je viens pour collaborer, pour confirmer tout ce que j'ai dit avant (...) Je viens pour corroborer tout ça, après les derniers éléments trouvés par le juge d'instruction", a-t-il déclaré à l'AFP à son arrivée à Nanterre, en affirmant agir dans "l'intérêt de la France" pour dénoncer une "corruption très profonde".

Ce n'est pas la première fois que Ziad Takieddine porte des accusations sur un éventuel financement libyen de la campagne de la droite en 2007, mais jusque-là il ne s'était pas impliqué directement dans des remises de fonds.

Lors de ses précédentes auditions devant les enquêteurs, il avait varié dans ses déclarations, parfois floues, en assurant d'abord ne pas être en mesure d'apporter "personnellement" de preuves, avant d'affirmer pouvoir "fournir les éléments existants" sur un possible financement occulte de la campagne. Ce qu'il n'a jusqu'ici jamais fait.

- "Manoeuvre nauséabonde" -

Nicolas Sarkozy a aussitôt opposé un "démenti formel" à ces nouvelles allégations, en dénonçant "une manœuvre nauséabonde pour interférer dans la primaire de la droite et du centre" à laquelle l'ex-président est candidat et dont le premier tour a lieu dimanche.

Le camp Sarkozy a également épinglé des incohérences dans le récit de Ziad Takieddine et son "absence de crédibilité". L'avocat de l'ancien chef de l'Etat, Thierry Herzog, a fourni un extrait de procès-verbal de juin 2012 dans lequel l'homme d'affaires disait n'avoir "plus rencontré" Nicolas Sarkozy depuis novembre 2003, alors que les supposés transferts de fonds remonteraient à 2006-2007. L'ancien président et Claude Guéant ont promis des poursuites judiciaires.

Claude Guéant, mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale dans cette enquête, "n'a jamais entendu parler du moindre centime libyen qui aurait pu servir à financer la campagne de 2007", a assuré son avocat Philippe Bouchez-El Ghozi, en notant qu'il n'avait "jamais été mis en cause à ce titre".

L'homme d'affaires assure avoir convoyé les valises à la demande d'Abdallah Senoussi, l'ex-chef des services de renseignement libyen du régime Kadhafi, dans le cadre de la "coopération entre services de renseignements". "C'est comme cela qu'on me l'a présenté et c'est ainsi que j'ai agi", a-t-il expliqué dans un entretien à l'AFP, pour justifier sa mission de porteur de valises.

Les faits allégués dans Mediapart ont déjà été évoqués en 2012 par Abdallah Senoussi, lors d'une audition dans le cadre de poursuites de la Cour pénale internationale (CPI). L'ancien dignitaire avait affirmé avoir "personnellement supervisé" le transfert de cinq millions d'euros pour la campagne en "2006-2007", selon des éléments de l'enquête des juges d'instruction français sur un possible financement libyen, dont l'AFP a eu connaissance.

Les juges ont par ailleurs obtenu plusieurs autres témoignages d'autres anciens responsables libyens notamment celui, posthume, de Choukri Ghanem, l'ex-ministre du Pétrole décédé en 2012, qui mentionne un financement occulte dans ses carnets. Mais, après trois ans d'investigations, aucune preuve ne vient étayer ces accusations.


           

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