France: Islam et féminisme, une combinaison qui dérange?


Vendredi 29 Septembre 2017 - 11:46
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En France, être musulmane et féministe est une combinaison "qui dérange". C'est du moins ce que constate l'association musulmane féministe "Lallab", qui est au cœur de la tourmente depuis plusieurs semaines.


Alors que la présidente de l'association Lallab, Sarah Magida Toumi, vient d'intégrer le conseil présidentiel pour l'Afrique, directement rattaché au Président de la République, l’association française se retrouve régulièrement au cœur des polémiques islamophobes.

« Etrange pétition de soutien à #Lallab, mises en cause de #CharlieHebdo… décidément certains ne retiennent aucune leçon. #JeSuisCharlie » écrivait d'ailleurs il y a peu, l'ancien Premier ministre français Manuel Valls sur son compte twitter.

Dans sa ligne de mire, plusieurs personnalités françaises dont Benoit Hamon, ancien candidat socialiste à la présidentielle française, Rokhaya Diallo, militante des Droits de l’Homme, Alain Gresh, journaliste ainsi que des représentants de dizaines d’associations féministes, droits de l’Homme, des partis politiques, des journalistes, des hommes politiques, et des activistes.

Leur tort ? Le "soutien injustifié" qu'ils ont apporté à l’Association française féministe « Lallab ».

En effet, depuis quelques semaines cette association est dans la tourmente face à des accusations « de l’extrême droite et de la gauche laïciste sur les réseaux sociaux » comme le rapporte Médiapart, le site français d’informations.

-Quel est le rôle de cette association ?

« Lallab est une association dont le but est de faire entendre les voix des femmes musulmanes qui sont au cœur d’oppressions racistes et sexistes » peut-on lire sur le site de l’association.

Nous apprenons par ailleurs que leur rêve est « de vivre dans une société qui n’a pas peur de l’altérité et qui permet à chaque femme de s'épanouir non pas malgré ses identités multiples mais grâce à elles » toujours selon le site.

De plus l’association se donne pour mission de « lutter contre les préjugés subis par les femmes musulmanes - liés au genre, à la race et à la religion - et susciter l'inspiration pour permettre aux femmes de devenir pleinement les actrices de leur propre vie ».

-L’islamisme, l’étendard de l’islamophobie

Pour ses détracteurs, l’association a des arrières pensées et un agenda caché pour « islamiser la société française ». Pour Charlie Hebdo, Lallab est même synonyme « de féminisme qui caresse les mollahs dans le sens du poil ».

Ainsi, il ne serait pas possible d’être féministe et de défendre les droits des femmes musulmanes. Les objectifs de l’association sont pour les opposants une sorte de vitrine pour cacher les réelles intentions, estime notament Amine El-Khatmi, un homme politique français, auteur du livre « Non, je ne me tairais plus » (éditions JCLattès). Dans l’émission française, Des paroles et Des actes, ce dernier dénonçait, « l’outrageuse victimisation des musulmans ».

Même discours du côté d'une autre élue locale, Céline Pina, qui a publié l'ouvrage « silence coupable » (éditions Kero), dans lequel elle soutient que « le cœur de son combat (de l'association, ndlr) est la soumission de la femme sous le coup des injonctions intégristes mais cela passe mieux en l'appelant liberté de porter le voile ».

« L'association Lallab, fait en réalité partie de ces associations que sécrète l'islamisme et qui sont les façades respectables de la diffusion de leur idéologie inégalitaire, obscurantiste et mortifère » lâche-t-elle.

Ainsi ces associations comme Lallab seraient « des organisations secrètes sous couvert de féminisme » transformeraient en réalité « les citoyens lambdas » en des islamistes en leur imposant le voile en particulier.

- L’association contrattaque

Dans un premier temps, des personnalités publiques, dénoncées par Manuel Valls, ont apporté leur soutien à l'association féministe, dans le journal français Libération, en signant une tribune face à « la campagne de désinformation et au cyberharcèlement nourri d’islamophobie et de sexisme ».

Par ailleurs, face aux accusations récurrentes, l’association a dû « démêler le vrai du faux » en publiant sur sa page internet des questions - réponses. Ainsi, elle annonce qu’elle est partisane « du pro-choix » aussi bien sur le voile que sur l’orientation sexuelle ou l’avortement.

Elle rappelle que « les musulmanes se trouvent à l’intersection d’au moins 3 critères de discriminations - le genre, la race, la religion. Un chiffre ? En France, en 2015, plus de 80% des victimes d’agressions islamophobes sont des femmes ».

Réfutant une position anti-laïque, l'association affirme être, au contraire, pour le principe de « liberté » qu’elle véhicule tout en dénonçant la vision « déformée qui est instrumentalisée pour exclure et discriminer ».

« Les femmes musulmanes sont réduites à un silence paradoxal. On ne cesse de parler d’elles mais sans jamais leur donner la parole » estiment les dirigeantes de l’association.

Pour Mete Donmez, porte-parole de l’Organisation of Racism and Islamophobia Watch (ORIW), « la lutte contre l’Islamisme est devenue une islamophobie latente ».

Ainsi « ces personnes préfèrent se cacher derrière leur supposée lutte contre l’islamisme plutôt que d’avouer leur haine envers les musulmans. Il est clair que ces accusations servent surtout à nourrir l’islamophobie » estime-t-il dans une déclaration à Anadolu.

Malgré ces rappels, la campagne de diffamation initiée d’abord sur les réseaux sociaux puis repris par l’extrême droite, devant la pression, l’Agence de Service Civique, un organisme d’état, chargé d’aider des associations, avait arrêté illico sa coopération avec Lallab. Depuis, aucune suite n’a été communiquée.


           

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