France: L'ombre des contestations sociales à l'approche des élections de 2017


Vendredi 27 Mai 2016 - 10:00
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Paris - Les longues files d'attente devant les musées en France ont laissé place, ces derniers jours, à celles plus pénibles encore, qui s'agglutinent devant les stations services, accompagnées de bagarres et de disputes.


Trouver de l'essence en France, où les raffineries sont bloquées et les centrales nucléaires sont à l'arrêt cette semaine, est devenu plus difficile que de prendre des "selfies" devant la Joconde au Musée du Louvre.

Comment se fait-il que la France, qui figure parmi les cinq grandes économies mondiales, est devenue un "pays de pénurie" et un terrain de contestation sociale inédite?

La cible principale des manifestations est effectivement la réforme du code du Travail, pourtant derrière cette contestation sociale, se cache la désillusion des Français à cause de la déconnexion des hommes politiques de la réalité ou encore de la non-inversion de la courbe du chômage.

Les quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande laissent un bilan sombre en matière d'emploi, avec 2,2 millions de Français qui se retrouvent désormais au chômage. L'incapacité des gouvernements de gauche et de droite à résoudre la question du chômage a renforcé l'indifférence des jeunes vis-à-vis de la classe politique.

La recherche de ces jeunes désillusionnés d'une classe politique plus dynamique et innovatrice a fini par donné lieu à la création du mouvement "Nuit Debout", qui a réuni des individus issus de divers horizons sur la Place de la République à Paris.

L'épicentre de ce nouveau mouvement social a servi d'un lieu d'échange pour les jeunes, non seulement sur la politique, mais aussi sur les questions sociales, la santé ou encore la guerre.

Le mouvement a pu dépasser les limites géographiques, dépassant la capitale pour atteindre de nombreuses villes françaises, ainsi que les limites de l'âge, mobilisant de nouveau les militants de Mai 1968, sans, pour autant, se doter, d'un leader ou muer en formation politique.

"Nuit Debout" s'est pourtant vite heurté au risque de disparition dès lors que les rassemblements non-autorisés sont strictement interdits en France, notamment dans le contexte de l'état d'urgence, en vigueur depuis les attentats de Paris du 13 novembre 2015.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a initialement défendu "Nuit Debout", déclarant "Je ne suis pas d'accord avec ceux qui manifestent place de la République mais je ferai tout pour qu'ils puissent le faire".

Cette contestation sociale a pourtant été vite critiquée par l'opposition, mais aussi par le Premier ministre Manuel Valls, qui a fait part de sa volonté voir les manifestations interdites par la police à de nombreuses reprises.

Le gouvernement français a fini par recourir à une stratégie peu orthodoxe, au lieu d'interdire simplement les manifestations autour de "Nuit Debout", il a fait en sorte que le mouvement ne trouve plus sa place dans les médias et que les analyses et les articles éditoriaux sur la désillusion des jeunes se fassent de plus en plus rares.

Entre temps, les rassemblements pacifiques de Nuit Debout se faisaient de plus en plus accompagnés par des manifestations, souvent violentes, suscitant ainsi des questions sur la légitimité du mouvement.

La présence de militants violents, qualifiés de "casseurs" par les hommes politiques, a entrainé une assimilation abrupte des rassemblements des jeunes à des actes de violence, au profit du gouvernement.

Le gouvernement a notamment commencé à remercier les forces de l'ordre pour "leur maîtrise et leur professionnalisme" et ne faisait guère référence qu'à des policiers blessés lors des manifestations alors que les jeunes étaient accusés de provoquer des "débordements".

Les médias français ont, eux aussi, adopté une position similaire à celle du gouvernement, accusant les manifestants d'être violents et ne faisant plus attention à leurs demandes vis-à-vis des hommes politiques.

La contestation des jeunes ne s'est pourtant pas apaisée, se mêlant au contraire à la colère des professionnels et des syndicats contre la loi Travail. La vague de grève en marge de cette colère touche, non seulement des secteurs qui sont souvent affectés par les mouvements sociaux à l'instar des réseaux ferrés ou encore les transports en commun, mais aussi des industries stratégiques telles que le pétrole et l'énergie.

La grève qui touche régulièrement la SNCF depuis mars dernier risque d'être reconductible tous les jours à partir du 31 mai pour une durée indéterminée. L'aviation civile et les transports en commun font aussi face au risque d'une reconduction indéfinie du mouvement social à partir de la même date.

D'autre part, la pénurie de l'énergie, une semaine après les premiers blocages dans les raffineries en France, est en phase de devenir une réalité dans l'ensemble du pays, en marge des protestations contre la réforme du gouvernement sur le code du Travail.

Alors que les huit raffineries que compte la France ont décidé de faire la grève cette semaine, l'Union française des industries pétrolières (UFIP) a annoncé mercredi que la France puise depuis deux jours dans ses réserves stratégiques pour répondre à la demande en carburant.

La nouvelle étendue de la grève des raffineries risque d'aggraver la pénurie de carburants, qui touchait déjà 1 500 sur les 12 000 stations essence de France dimanche dernier. Les préfectures d'Ile-et-Vilaine, des Côtes-d'Armor, du Finistère, de l'Orne, de Loire-Atlantique, de Vendée, de Mayenne ou encore de l'Eure ont pris des mesures de rationnement, limitant l'achat de carburant entre 20 et 30 litres pour les véhicules et entre 40 et 150 litres pour les poids lourds.

Les blocages dans les raffineries sont notamment accompagnés de la décision d'arrêt de travail dans les 19 centrales nucléaires en France. Le geste, qui risque d'entraîner des fortes chutes de production d'électricité a déjà donné lieu à des coupures électriques dans deux villes françaises.

Selon la porte-parole de la Fédération nationale mines-énergie (FNME-CGT), Marie-Claire Cailletaud, des coupures ont déjà eu lieu mardi dans plusieurs quartiers de Nantes ainsi que dans le plus grand centre commercial d’Europe à Marseille, et les baisses de charge pourraient être "plus importantes" à partir de jeudi.

La France fera face à une nouvelle vague de mouvement social le 14 juin, soit quatre jours après que le Sénat aborde la réforme hautement contestée de la ministre du Travail Myriam El-Khomri. Ce mouvement, qui est loin d'être le dernier, pourrait avoir des fortes répercussions sur l'Euro 2016, dont le coup d'envoi sera donné le 10 juin à Paris.


           

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