France: Sarkozy place l'Europe au centre de la campagne


Lundi 12 Mars 2012 - 11:28
AFP


Paris - Toujours bien campé à droite sur l'échiquier politique français, le président-candidat Nicolas Sarkozy sort la réforme de l'Europe de sa manche, au risque d'apparaître en "contradiction", selon la presse, avec son discours et son action sur la crise de l'euro.


France: Sarkozy place l'Europe au centre de la campagne
Dimanche, M. Sarkozy a menacé de sortir la France de l'espace Schengen si les accords européens sur la libre-circulation ne sont pas révisés, lors d'un méga-meeting de campagne, devant plusieurs dizaines de milliers de partisans.

"Il faut pouvoir sanctionner, suspendre ou exclure de Schengen un Etat défaillant, comme on peut sanctionner un Etat de la zone euro qui ne remplirait pas ses obligations", a fait valoir le président français, dont le gouvernement a souvent stigmatisé la "délinquance roumaine" et les Roms.

Nicolas Sarkozy, fortement engagé au cô té de l'Allemagne pour résoudre la crise de la dette en zone euro, n'a pas hésité à évoquer des mesures unilatérales si la situation n'évolue pas "dans les 12 mois", sur Schengen comme sur l'adoption de mesures protectionnistes pour défendre les entreprises européennes ("Buy European Act").

Avec cette sortie inattendue, le candidat, à la recherche d'un second souffle pour inverser la spirale qui le donne perdant à la présidentielle, amène l'Europe au coeur de la campagne, alors qu'elle en avait jusqu'alors été quasi-absente, à six semaines du premier tour.

"Sarkozy veut en finir avec l'Europe passoire", titre ainsi le quotidien de droite Le Figaro.

Mais le président-candidat prend le risque d'être accusé de manquer de constance, le camp présidentiel ayant dénoncé le candidat socialiste François Hollande, qui souhaite renégocier le traité européen sur la stabilité, lequel n'est pas encore appliqué.

Le quotidien de gauche Libération trouve lundi que "le président sortant est apparu plein de contradictions", notamment "quand il s'arroge la possibilité de modifier les traités européens mais l'interdit à son adversaire".

"Voilà que Nicolas Sarkozy, ne pouvant pas présenter d'autres propositions aux Français, se met à traiter l'Europe comme un bouc émissaire", s'est pour sa part indigné François Hollande, estimant que le président était engagé dans "une fuite en avant".

"Il fait semblant de briser Schengen pour draguer grossièrement le Front National (FN)", a estimé lundi le député socialiste Arnaud Montebourg, en référence au parti d'extrême droite de Marine Le Pen, créditée de 17% des voix dans les sondages, derrière François Hollande (29%) et Nicolas Sarkozy (27%), et dont la lutte contre l'immigration est au coeur de son programme.

Le candidat centriste François Bayrou a qualifié de "fantasme" la menace de sortir de l'accord de Schengen: "Est-ce qu'il y a quelqu'un d'assez sensé dans le pays pour croire qu'on va réembaucher des douaniers et reconstruire les postes frontières?", a-t-il ironisé.

L'espace Schengen permet la libre-circulation des voyageurs dans 26 pays de l'Union européenne et associés, mais il est l'objet de tensions croissantes liées aux craintes concernant l'immigration clandestine.

Comme la gauche, François Bayrou pointe la tentative de Nicolas Sarkozy de renouveler "le même discours qu'il y a 5 ans", au risque d'accroître les "fractures" chez les Français.

En 2007, Nicolas Sarkozy avait su séduire les sympathisants d'extrême droite avec un discours dur sur l'immigration et l'islam, qui lui avait permis de l'emporter largement.

Un discours qu'il a répété dimanche, entre les références à l'"Europe passoire", dénoncée à longueur de discours par Marine Le Pen et le rappel de la loi d'interdiction du port du voile intégral dans l'espace public.

"Sur le territoire de la République française, les hommes et les femmes ont les mêmes horaires à la piscine, les mêmes médecins à l'hô pital, les mêmes menus à la cantine publique", a-t-il aussi assuré en référence à des polémiques sur la mise en place par certaines municipalités d'horaires réservés aux femmes à la piscine, ou la présence possible de viande halal dans les cantines scolaires.


           

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