Interview de Haïm Bouzaglo - Réalisateur


Samedi 25 Juillet 2009 - 09:50
arte.tv


« Le tournage, une vraie Tour de Babel »


Haïm Bouzaglo
Haïm Bouzaglo
Comment est née l'idée de "Revivre" ?
À Jérusalem, lors d’une conversation avec Nelly Kafsky. J’avais en projet un film sur le parcours de mon père – Ashriel dans le film, interprété par Marc Ruchmannqui avait quitté le Maroc en bateau pour la Palestine. Elle souhaitait évoquer aussi celui des survivants de l’Holocauste. C’était l’occasion de raconter la rencontre entre Séfarades et Ashkénazes au cours de cette épopée.

Avec ma compagne Lisa Mamou et Daniel Saint-Hamont, nous avons alors co-écrit cette toile de destins croisés, inspirée d’histoires vraies. Je ne voulais pas de figurants : dans l’école de comédiens que j’anime en Israël, j’ai demandé à tous mes élèves de se plonger dans le passé de leurs parents, et d’incarner un personnage lié à leurs origines. C’est ainsi que les 250 passagers du bateau du film ont chacun apporté une émotion extrêmement forte, partagée par le public lors de la diffusion en Israël.

Étrangement, il existe encore peu de films sur cette migration…
Si l’Holocauste ou la création d’Israël en 1948 sont connues, cette période charnière –1947– l’est beaucoup moins, alors qu’elle porte en elle tous les ferments de l’histoire récente du Proche- Orient, non seulement les tensions entre Juifs et Arabes, mais aussi le clivage entre Séfarades et Ashkénazes, Juifs laïcs et religieux, modérés et radicaux de part et d’autre.

Tensions qui demeurent soixante ans plus tard. Cela m’intéressait d’inscrire cette page d’Histoire sur pellicule, d’éclairer les fondements du conflit proche-oriental comme les motivations de ces gens dans leur volonté de rejoindre Israël. Tous convergent naturellement vers ce pays biblique avec l’espoir d’y trouver « leur maison ». Certains quittent une vie confortable pour des raisons messianiques ou traditionnelles ; les survivants de la Shoah, eux, n’ont pas le choix. Et tous se retrouvent dans un camp de prisonniers ou un désert, loin de la Terre du lait et du miel dont ils rêvaient.

Quelles ont été les difficultés rencontrées sur le tournage ?
Nous avons beaucoup tourné en extérieur. Il a fallu rendre le bateau crédible, reconstituer le Maroc en Israël, le kibboutz, le village arabe, et surtout le camp à Chypre. Nous devions aussi coordonner près de 250 acteurs qui parlaient des langues différentes –hébreu, arabe, yiddish, marocain, français, anglais, le tout avec des équipes françaises et israéliennes. Une vraie Tour de Babel. Mais l’ambiance de tournage a été extraordinaire. Nous avons immédiatement formé une grande famille, grâce
aussi aux acteurs, très touchés par cette histoire. Les conditions, dures physiquement, nous ont soudés. Et les Français non
juifs dont Bernard Campan ont vécu le film comme une belle aventure.

Quel regard portez-vous sur l'avenir de la région ?
Si la dernière décennie nous a encore éloignés de la Paix, après l’espoir de la période Rabin-Arafat, nous avons la responsabilité de rester optimistes pour nos enfants. Peut-être que Barack Obama trouvera une approche originale pour traiter de la question israélopalestinienne. Je crois qu’il en a les capacités. En témoigne sa tentative de communiquer avec les Iraniens.

Actu / Haïm Bouzaglo
Réalisateur, scénariste et producteur, Haïm Bouzaglo a remporté un grand nombre de prix et connaît un véritable succès en Israël. Dernièrement, il aécrit et réalisé pour le cinéma la Trilogie, coproduite par Mazel
Productions et Nelly Kafsky : Distorsion (2005), Janem Janem (2006) et Côte à Côte avec Meital Berda, sortie prévue en France en 2009.


           

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