Le G7 Finances met des bâtons dans les roues du Libra de Facebook


Mercredi 17 Juillet 2019 - 11:09
Reuters


CHANTILLY, Oise - Facebook ne peut mettre en oeuvre son projet de “cryptomonnaie stable” Libra dans les conditions actuelles, a prévenu mercredi le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire à l’ouverture d’un G7 Finances largement consacré aux défis posés par l’économie numérique.


Depuis la présentation de cette initiative du groupe de Mark Zuckerberg mi-juin, régulateurs, banquiers centraux et gouvernements à travers le monde ont tour à tour fait part de leurs réserves, évoquant notamment les risques en matière de lutte contre le blanchiment, de protection des données ou de sécurité des transactions.

Mais les responsables politiques craignent également de voir des géants du numérique disposant d’une capitalisation parfois supérieure à la richesse de certains pays empiéter sur les prérogatives des Etats, une inquiétude qui s’est accentuée depuis la présentation du projet Libra.

“Aujourd’hui, je le dis très clairement, les conditions ne sont pas réunies pour que cette monnaie Libra telle qu’elle a été proposée par Facebook puisse être en fonction”, a dit Bruno Le Maire à la presse à quelques minutes du début de la réunion du G7 Finances qu’il accueille à Chantilly (Oise).

Il faut donc réfléchir “soit à un encadrement, soit à une régulation” fixant les conditions indispensables à la mise en place de cet “instrument d’échange” qui ne peut en aucun cas disposer des mêmes attributs qu’une monnaie souveraine, a expliqué le ministre.

Chargé par Bruno Le Maire de chapeauter un groupe de travail sur l’encadrement des “stable coins”, Benoît Coeuré, membre français du directoire de la Banque centrale européenne, doit présenter un rapport préliminaire sur la question aux ministres des Finances et banquiers centraux des sept pays les plus riches de la planète..

Le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Haruhiko Kuroda, a de son côté estimé que ce groupe de travail devrait probablement s’élargir à terme au-delà des pays du G7 du fait de l’impact potentiel de Libra à l’échelle internationale, à la mesure des milliards d’utilisateurs de Facebook à travers le monde.


“Ce n’est pas quelque chose qui peut être discuté seulement entre banquiers centraux du G7”, a-t-il dit.

ACCORD CRUCIAL SUR LA FISCALITÉ DU NUMÉRIQUE
Plus largement, au-delà du projet Libra, les participants au G7 Finances doivent également discuter de la mise en place d’une imposition minimale des sociétés afin de lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscales ainsi que de la taxation des géants du numérique, sujet à l’origine de tensions entre Paris et Washington ces derniers jours.

La France espère qu’un accord de principe sera trouvé sur ces deux thèmes connexes lors des deux demi-journées de réunion.

“Un accord au niveau du G7 est décisif. Si nous ne trouvons pas d’accord au niveau du G7 sur les grands principes de la taxation du digital aujourd’hui ou demain, très franchement ça sera compliqué de trouver un accord entre les 129 pays membres de l’OCDE”, a prévenu Bruno Le Maire.

Cette dernière réunion ministérielle avant le sommet des chefs d’Etat prévu fin août à Biarritz intervient une semaine après que les Etats-Unis ont menacé la France de représailles commerciales juste avant le vote définitif d’une taxe nationale sur les géants du numérique.

Bruno Le Maire a réaffirmé que le gouvernement français ne renoncerait pas à cette taxe, qu’il souhaite temporaire en attendant un accord global dans le cadre de l’OCDE (Organisation de coopération et développement économiques), sur les activités de groupes comme Facebook, Amazon , Apple (AAPL.O) ou Google .

En dépit de leur désaccord sur la taxation du digital, Etats-Unis et France sont sur la même ligne sur la question plus large de la taxation minimale à l’impôt sur les sociétés.

Au-delà des questions du numérique et du Libra, les grands argentiers du G7 réunis à Chantilly évoqueront également les thèmes de la finance verte, de la cybersécurité du secteur financier, ou encore de la réduction des inégalités, un des thèmes principaux de la présidence française du G7.


           

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