Le cadeau des Palestiniens à leurs donateurs


Jeudi 5 Mars 2009 - 11:08
RIA Novosti/Maria Appakova


Plusieurs événements se produisent simultanément au Proche-Orient, après une petite pause. Le coup d'envoi a été donné par la Conférence pour la reconstruction de Gaza, dévastée en janvier dernier par les bombardements israéliens, qui s'est ouverte le 2 mars dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh.


Le cadeau des Palestiniens à leurs donateurs
La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton est arrivée à cette conférence en apportant, dit-on, 900 millions de dollars "pour Gaza". Elle doit effectuer ensuite sa première tournée dans des capitales de la région. Et puis, un gouvernement israélien finira probablement par être formé.
Toute cette avalanche d'événements a commencé par un fait apparemment anodin, mais en réalité très important: il s'agit d'un beau cadeau offert par les Palestiniens à leurs bienfaiteurs potentiels. La question qui tourmentait les donateurs n'était pas comment recueillir de l'argent, mais à qui l'adresser. Cet argent est nécessaire aux habitants de la bande de Gaza, où la situation est contrôlée depuis juin 2007 par le Hamas (le mouvement de la résistance islamique), qui figure sur la liste des organisations terroristes d'une bonne partie des donateurs. Le gouvernement du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, formé par le Mouvement de libération de la Palestine (le Fatah) et reconnu par la communauté internationale, n'est pas influent à Gaza. En conséquence de quoi, l'argent qui lui serait versé ne parviendrait pas aux habitants de la bande de Gaza.
Cependant, à la veille de l'ouverture de la conférence des donateurs, le Fatah et le Hamas ont enfin décidé de se réconcilier.
Le jeudi 26 février, au Caire, les représentants de 12 factions palestiniennes, en premier lieu ceux du Fatah et du Hamas, ont convenu de former un gouvernement de transition dès ce mois-ci. Ils ont décidé de créer d'ici le 10 mars des commissions de conciliation afin de régler tous les problèmes litigieux et, notamment, de préparer les élections législatives palestiniennes et l'élection du président de l'Autorité palestinienne, car le mandat de Mahmoud Abbas a expiré en janvier.
Le conflit entre le Fatah et le Hamas a une longue histoire, mais il s'est particulièrement aggravé après la victoire remportée par les islamistes aux élections législatives de janvier 2006. Le Fatah ne voulait pas partager le pouvoir, notamment à cause de la position des pays occidentaux, en premier lieu des Etats-Unis et de l'Union européenne, qui appelaient à boycotter le Hamas. Ces divergences politiques ont fini par conduire à la rupture : en juin 2007, les islamistes se sont emparés du pouvoir là où ils ont recueilli le plus de voix - dans la bande de Gaza -, et la Palestine s'est retrouvée divisée en deux parties. La bande de Gaza a subi le blocus d'Israël, à qui la rupture entre les mouvements palestiniens a délié les mains.
Le fait est que les Israéliens se sont retrouvés dans une situation très complexe après les élections palestiniennes de 2006: ils menaient depuis plusieurs années des négociations de paix avec l'Autorité palestinienne représentée par le Fatah, mais ils étaient en guerre contre le Hamas. Que faire quand les uns et les autres deviennent des représentants légitimes du peuple palestinien ? En s'emparant de Gaza, les islamistes ont mis un terme à ce dilemme pour les Israéliens. Pour peu de temps, il est vrai, car tout résultat de négociations conduites avec une seule partie de l'establishment politique palestinien ne serait pas légitime et condamné d'avance à demeurer lettre morte. La guerre livrée au Hamas cet hiver n'a pas levé cette contradiction, mais elle a occasionné des destructions considérables dans la bande de Gaza.
Comment les choses vont-elles évoluer ? Certes, on ignore si les ententes intervenues entre le Fatah et le Hamas sont vraiment solides. Les accords du Caire ne sont pas la première tentative de rapprocher les positions occupées par les deux mouvements. Une entente entre eux a été annoncée à plusieurs reprises, ces deux dernières années. Mais soit les pourparlers ont échoué au dernier moment, soit il s'est avéré, en fin de compte, qu'un accord réel faisait toujours défaut. Toutes les tentatives effectuées par l'Egypte, l'Arabie Saoudite, le Qatar, le Yémen et la Ligue arabe pour réconcilier les parties adverses ont connu l'échec. Et ces dernières ont fini par être réconciliées� par les Israéliens. La guerre de Gaza n'a pas laissé de choix au Hamas : c'était soit l'isolement éternel de la bande, soit la recherche d'un compromis avec le Fatah. Par ailleurs, la confrontation avec les islamistes ne servait plus l'entourage de Mahmoud Abbas, car ceux-ci sont sortis de la guerre avec une auréole de martyrs et de héros.
Et, bien entendu, les 2,8 milliards de dollars qui, selon les Palestiniens, sont nécessaires pour la reconstruction de la bande de Gaza ne sont pas à négliger. S'ils ne s'étaient pas réconciliés, ni le Hamas, ni le Fatah n'aurait eu cet argent.
Aujourd'hui, à la différence de 2006, plusieurs pays, et avant tout les Européens, sont enclins à associer le Hamas au processus politique. Il faut souligner que la Russie a toujours campé sur cette position, en se prononçant contre l'isolement du Hamas. Elle n'est désormais plus la seule, aux côtés de ses partenaires occidentaux qui jouent un rôle de médiateurs dans le règlement de la crise au Proche-Orient. Maintenant que George W. Bush, qui était catégorique sur ce point, a cédé la place à Barack Obama, qui tente de plaire à tout le monde, il se peut que la position des Etats-Unis devienne également plus souple. Une seule chose demeure inchangée: le refus d'Israël d'engager le dialogue avec le Hamas tant que ce mouvement ne reconnaîtra pas le droit à l'existence de l'Etat hébreu.
Les Israéliens ne sont du reste pas opposés à une nouvelle trêve avec les islamistes. Mais à quelles conditions et pour quelle durée? La situation est compliquée par le fait que la composition du nouveau gouvernement israélien n'est toujours pas claire après les élections du 10 février. Les divergences qui existent au sein de l'élite politique israélienne sont tout aussi profondes que les passions interpalestiniennes. Bien que cette situation n'entraîne pas de conflit armé, la vie politique est paralysée. On ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec la situation entre le Fatah et le Hamas, et l'on constate alors qu'elle est à l'avantage des Palestiniens.
Même si une coalition gouvernementale se constitue prochainement en Israël, il est peu probable qu'elle soit solide. Elle pourrait voler en éclats dès la première discussion d'un gros problème. Par exemple, la manière dont le dialogue doit être poursuivi avec les Palestiniens.


           

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