Les pouvoirs publics pressés d'agir contre les inégalités


Jeudi 14 Décembre 2017 - 11:44
Reuters


Paris - L‘accentuation des inégalités de revenus et de patrimoine à travers le monde au cours des quatre dernières décennies est en partie liée aux choix politiques et les pouvoirs publics pourraient donc contribuer à éviter qu‘elles ne se creusent encore davantage à l‘avenir, selon le “Rapport 2018 sur les inégalités mondiales”, publié jeudi.


Les inégalités ont progressé dans presque toutes les régions du monde depuis le début des années 1980, selon ce rapport collectif, alimenté par les travaux d‘une centaine de chercheurs à travers le monde et coordonné par les économistes français Thomas Piketty et Lucas Chancel, entre autres.

Entre 1980 et 2016, à l’échelle mondiale, les 1% les plus riches ont capté 27% de la croissance totale des revenus, alors que les 50% les plus pauvres de la population mondiale n‘ont absorbé que 12% des richesses créées, soit la moitié.

“Nos données montrent que la tendance inégalitaire des trente dernières années a pris des proportions excessives et néfastes”, expliquent les deux chercheurs français dans un entretien publié dans Le Monde.

Le creusement des inégalités s‘est effectué à des rythmes très différents selon les pays - y compris pour des pays présentant des niveaux de développement comparables - ce qui souligne selon eux l‘importance des politiques nationales dans cette évolution.

Cette tendance s‘est manifestée de façon particulièrement marquée aux Etats-Unis, où la part des revenus perçue par les 1% les plus riches est passée de 22% en 1980 à 39% en 2014.

MOINS D‘INÉGALITÉS EN EUROPE

La progression des inégalités a également été importante en Russie et en Chine dans le sillage de la transition de leurs économies vers un modèle plus capitaliste, ont constaté les auteurs de cette étude.

Entre 1995 et 2015, la part des richesses nationales allant aux 1% les plus aisés a doublé entre dans ces deux pays, passant de 15% à 30% en Chine et de 22% à 43% en Russie.

La progression des inégalités s‘est avérée plus modérée en Europe, région la moins inégalitaire, où les 10% les plus aisés concentraient 37% de la richesse nationale en 2016.

“Le but de ce rapport, ce n‘est pas de se lamenter, (...) c‘est plutôt de voir ce qui marche, ce qui ne marche pas et comment il est possible au sein d‘une même mondialisation d‘avoir différentes politiques nationales”, a expliqué Thomas Piketty sur France inter.

Avec Lucas Chancel, ils soulignent dans Le Monde que la montée des inégalités au cours des dernières décennies “n’était pas nécessaire à la croissance” et rappellent que ce sont bien les politiques publiques et non l‘essor de la mondialisation qui ont alimenté cette tendance.

Mais la poursuite de cette trajectoire n‘est pas inéluctable.

Selon les projections des auteurs du rapport, à l‘horizon 2050, les inégalités peuvent se réduire modérément si tous les pays suivent la tendance observée en Europe au cours des quarante dernières années. Mais elles se creuseront encore davantage si l‘ensemble des pays se calent sur la trajectoire des Etats-Unis.

Pour s‘attaquer à ce problème, ils préconisent des évolutions majeures des politiques fiscales à l’échelle nationale et internationale, ainsi que des changements dans les politiques en matière d’éducation, de gouvernance d‘entreprise et de fixation des salaires dans de nombreux pays.

Tout en relevant que “les inégalités économiques sont dans une certaine mesure inévitables”, les auteurs se déclarent convaincus que “si l‘aggravation des inégalités n‘est pas correctement suivie et prise en compte, elle pourrait conduire à toutes sortes de catastrophes politiques, économiques et sociales”.


           

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