Naciri : Les juges ont eu la main lourde


Mercredi 22 Juillet 2009 - 10:47
Hicham Bennani


Que pensez-vous de la récente condamnation de trois quotidiens nationaux pour diffamation envers le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi ?


Khalid Naciri
Khalid Naciri
On nous rend responsables d’une action judiciaire menée par un chef d’Etat étranger ! Les responsables politiques marocains avalent des couleuvres chaque matin. Ils se font régulièrement diffamer sans réagir. Un chef d’Etat étranger n’a pas le même stoïcisme qu’un responsable politique marocain. Je me pose la question de savoir que signifie la liberté de la presse pour beaucoup de journalistes parce qu’en ce qui nous concerne, nous n’avons strictement rien changé à notre éthique démocratique.

Y a-t-il eu des pressions de la Libye sur les autorités marocaines ? Le ministre des Affaires étrangères a-t-il reçu des représentants libyens ?

Je ne suis pas tenu de réagir à toutes les rumeurs et à tous les racontars. On ne respecte pas le rôle des institutions en se lançant dans des analyses à la petite semaine de ce genre. Il est évident que c’est la Libye qui est derrière ce procès. Elle ne s’en cache pas.

Ne trouvez-vous pas que le verdict du procès est exagéré ?

Je n’ai pas de jugement de valeur à porter. Ni en tant que citoyen, ni en tant que ministre sur un procès qui concerne un chef d’Etat qui s’est considéré diffamé. Je signale que l’offense à un chef d’Etat étranger existe dans le système pénal de tous les pays démocratiques. Je ne vois pas pourquoi le Maroc ferait exception.

Les amendes à l’encontre des trois quotidiens ne vous semble-t-elle pas excessives ?

Le débat à été complètement biaisé en affirmant tout simplement que les condamnations n’auraient pas dû avoir lieu. J’ai rarement entendu qu’il y a eu tel ou tel manquement et que le principe de la condamnation devait être acquis. A partir de là, on peut dire : je suis outré par le caractère exagéré de cette condamnation. Il faut avoir le courage d’affirmer : oui nous sommes fautifs mais la condamnation a été largement exagérée. Cela grandirait la presse.

Pourquoi une somme aussi exorbitante (1 million et 100 000 DH chacun) ?

Je peux vous assurer que le gouvernement n’intervient pas dans la décision judiciaire. Il faut mettre un terme à ce procès d’intention systématique selon lequel, lorsqu’il y a condamnation, c’est une décision du gouvernement. Il va falloir admettre aussi cette vérité pour les décisions de relaxe et d’acquittement.

Même si le gouvernement n’y est pour rien, pourquoi ces trois quotidiens ont-ils été visés alors que d’autres ont fait bien pire ?

Il y a matière à engager des poursuites au moins plusieurs fois par semaine. Nous ne le faisons pas. Je suis le premier à ne pas le faire même s’il m’arrive d’être diffamé à longueur de colonnes. Maintenant, je ne suis pas chargé de dissuader les Libyens de le faire.

Mais c’est tout de même le Maroc qui a donné l’accord aux Libyens pour engager ce procès…
Le Maroc n’a d’autre choix que de permettre à un chef d’Etat étranger d’utiliser une possibilité légale qui est entre ses mains. Ce n’est pas parce que le Maroc aurait été en désaccord que les Libyens se seraient trouvés dans l’impossibilité d’engager la procédure. La décision est une décision souveraine de l’Etat libyen.

La survie des journaux en question est-elle menacée ?

Je ne pense pas. Je n’ai pas le droit de me prononcer sur une décision judiciaire. La procédure n’est pas encore achevée. Si vous voulez mon sentiment, je peux éventuellement considérer que les juges ont eu la main lourde, mais je ne peux pas affirmer qu’ils avaient tort de se prononcer sur le principe même de la condamnation. Ceci dit, rien ne justifie les réactions nerveuses et disproportionnées contre le gouvernement marocain.

On peut donc dire que la liberté d’expression est sur la bonne voie au Maroc ?

Je m’inscris en faux dans toute démarche qui consiste à dire qu’il y a régression par rapport aux années de plomb. Cette affirmation est proprement scandaleuse. Je me suis toujours prononcé sur la nécessité d’une véritable discussion entre partenaires responsables pour résoudre les problèmes. Mais un communiqué comme celui de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) nous fait retourner en arrière.

Justement, que répondez-vous à la FMEJ qui critique le statu quo gouvernemental sur le Code de la presse ?

La mise en œuvre de l’actuel Code de la presse est beaucoup plus avancée que le plus consensuel et le plus démocratique qui soit. Aujourd’hui, on ne met plus de journalistes en prison. La liberté de la presse a franchi tous les tabous. Il est plus important de faire avancer les libertés sur le terrain que de fétichiser les textes.


           

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