Pétroliers: Washington accuse Téhéran, qui dément


Vendredi 14 Juin 2019 - 11:26
Reuters


DUBAI/WASHINGTON - Les Etats-Unis accusent l’Iran d’être responsable des attaques contre deux pétroliers dans le golfe d’Oman, près du détroit d’Ormuz, laissant craindre une nouvelle confrontation entre Washington et Téhéran qui réfute les accusations américaines.


L’armée américaine a diffusé dans la soirée une vidéo montrant, selon elle, une patrouille des Gardiens de la Révolution islamique (GRI), le corps d’élite de l’armée iranienne, retirant une mine-ventouse qui n’avait pas explosé sur une paroi de l’un des deux tankers attaqués.

Il est “alarmant” d’accuser l’Iran d’être responsable de ces attaques, a déclaré vendredi matin le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

“Nous sommes chargés de maintenir la sécurité dans le détroit (d’Ormuz) et nous avons secouru l’équipage des tankers attaqués dans le délai le plus court possible”, a dit Abbas Mousavi selon des propos rapportés par la radio publique.

Jeudi, par la voix de sa mission diplomatique à l’Onu, l’Iran a dit rejeter “catégoriquement l’accusation infondée des Etats-Unis et la condamne avec la plus grande fermeté”.

Le propriétaire japonais du Kokuta Courageous a relayé vendredi le témoignage de l’équipage du bateau selon lequel des “objets volants” ont percuté le navire.

Après avoir l’évacué jeudi, l’équipage a regagné le navire vendredi pour le diriger vers Khor Fakkan, un port émirati, escorté par la marine américaine, a-t-on précisé.

L’incendie qui s’est déclaré sur le Front Altair a quant à lui été éteint dans la nuit et le bateau reste stable, a annoncé vendredi son propriétaire norvégien, Frontline.

“DEGRÉ DE COMPLEXITÉ”
Un cinquième de la demande mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz, où quatre navires de commerce ont déjà été le 12 mai les cibles d’”actes de sabotage” que les Etats-Unis ont attribués à l’Iran.

Washington a accusé sans équivoque Téhéran d’être responsable de ces nouveaux incidents.

“Les Etats-Unis considèrent que la République islamique d’Iran est responsable des attaques survenues aujourd’hui dans le golfe d’Oman”, a dit le chef du département d’Etat américain, Mike Pompeo, à la presse.

“Cette conclusion s’appuie sur des renseignements, sur les armes utilisées, sur le niveau de savoir-faire nécessaire pour mener à bien l’opération, sur les attaques iraniennes analogues et récentes contre la marine marchande, et sur le fait qu’aucune organisation à la solde d’une puissance, dans la région, ne dispose des ressources et de l’efficacité requises pour passer à l’acte avec un tel degré de complexité”, a-t-il ajouté.

Des représentants de services de sécurité européens et américains, de même que des analystes, ont toutefois estimé qu’il ne fallait pas dresser de conclusions à la hâte, n’écartant pas l’hypothèse que l’Iran ne soit pas responsable des incidents.

“Mon seul conseil est d’aborder les choses avec la plus grande prudence”, a déclaré une source sécuritaire sous le sceau de l’anonymat.

L’Arabie saoudite a déclaré elle aussi penser, à l’instar de Mike Pompeo, que l’Iran était responsable des dernières attaques. “Nous n’avons pas de raison d’être en désaccord avec le secrétaire d’Etat. Nous sommes du même avis que lui”, a estimé le chef de la diplomatie saoudienne, Adel al Djoubeïr. “L’Iran est coutumier de ce genre d’actes”, a-t-il ajouté.

Les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis ainsi que certains de leurs alliés, comme l’Arabie saoudite, se sont amplifiées depuis que le président américain Donald Trump a dénoncé l’an dernier l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien et rétabli des sanctions visant à réduire à néant les exportations de brut de l’Iran.

Washington a aussi annoncé le mois dernier l’envoi de troupes supplémentaires au Moyen-Orient en disant craindre des attaques iraniennes contre ses intérêts ou ceux de ses alliés dans la région.

L’Iran, qui avait aussi démenti être responsable des attaques du 12 mai, a averti ces derniers mois qu’il pourrait bloquer le détroit d’Ormuz s’il ne pouvait commercialiser son pétrole du fait des sanctions américaines.

Le propriétaire du Kokuka Courageous a indiqué jeudi que le navire avait été attaqué à deux reprises en l’espace de trois heures et qu’un incendie s’était déclaré dans la salle des machines.

Son armateur, Bernhard Schulte Shipmanagement, a publié un communiqué indiquant que les 21 membres d’équipage avaient quitté le bâtiment à bord d’un canot de sauvetage avant d’être repêchés par le Costal Ace, un navire néerlandais, qui les a remis à la marine américaine.

ÉVITER UNE “CONFRONTATION MAJEURE”
L’équipage du Front Altair était constitué de onze Russes, onze Philippins et un Géorgien. Ils ont été récupérés par un cargo, le Hyundai Dubai, avant d’être transbordés sur un navire iranien qui les a débarqués au port de Bandar Abbas.

CPC, son armateur taiwanais, dit penser que le pétrolier, qui transportait 75.000 tonnes de naphte, a été touché par une torpille vers 04h00 GMT.

S’exprimant lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu consacrée à la coopération entre les Nations unies et la Ligue arabe, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a déclaré que le monde ne pouvait pas se permettre “une confrontation majeure dans la région du Golfe”.

A la demande des Etats-Unis, le Conseil de sécurité a discuté à huis clos de la question de la sécurité maritime dans la région.

Washington et Téhéran ont tous les deux déclaré à plusieurs reprises vouloir éviter un conflit.

Dans un communiqué diffusé jeudi soir, le Commandement central américain a déclaré que les Etats-Unis n’avaient “aucun intérêt à engager un nouveau conflit au Moyen-Orient. Nous défendrons nos intérêts, mais une guerre avec l’Iran n’est pas dans notre intérêt stratégique, ni dans le meilleur intérêt de la communauté internationale”.

Le président iranien Hassan Rohani a déclaré mercredi que son pays n’initierait “jamais une guerre”, mais répondrait avec la plus grande fermeté à toute agression.

En visite à Téhéran, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a remis un message de Donald Trump au guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, lequel a dit ne pas vouloir renouveler “l’amère expérience” de négociations avec les Etats-Unis.


           

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