Présidentielle 2018: Quels enjeux pour le Brésil ?


Mercredi 20 Décembre 2017 - 12:50
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La lutte contre la violence et la corruption, le vote des églises évangélistes, des élections vraiment démocratiques : les candidats à la Présidentielle brésilienne ont huit mois pour s’y préparer… Mais tout commencera en fait le 24 janvier.


La campagne officielle pour l'élection présidentielle brésilienne prévue pour octobre 2018, commence officiellement en août prochain. Les candidats brésiliens ont huit mois pour s’y préparer. 
Fin décembre, ils étaient déjà 14 à avoir annoncé leur pré-candidature. Il pourrait y avoir d’ailleurs le plus grand nombre de candidats jamais vu, du fait des modifications faites par l’actuel Président Michel Temer dans la législation électorale: 6 mois de filiation à un parti - au lieu d’un an, pour se présenter. Et à peine 5 députés élus - pas plus, pour participer aux débats télévisés. Tout a été fait pour faciliter les nouveaux partis. Et tout commencera vraiment le 24 janvier. 

«Il n’est pas exagéré de dire que le 24 janvier définira l’année 2018, et probablement, les prochaines années de la vie politique brésilienne» analyse un éditorialiste du journal O Globo. A cette date, l’ex-président Luis Inacio Lula da Silva, qui fut deux fois Président du Brésil et qui souhaite se représenter, sera jugé en 2ème instance par le Tribunal Supérieur.

Il est accusé de corruption passive et s’il est jugé coupable, il sera inéligible. Un test crucial pour savoir si le Brésil est une démocratie et si ses institutions fonctionnent. Il y a deux ans, Dilma Rousseff, deux fois présidente du Brésil aussi, sous les couleurs du Parti des Travailleurs, comme Lula son mentor, avait été déchue de ses fonctions. Les procédures avaient bien été respectées. Mais pour beaucoup, le fonds n’y était pas et il s’agissait d’une farce. On parla alors de «coup d’Etat Institutionnel». 

Car au Brésil, le vrai pouvoir est désormais entre les mains des juges. A la tête du raz de marée anti-corruption qui secoue le Brésil et qui depuis trois ans, fait tomber autant de têtes que la Révolution Française, avec les mêmes chasses aux sorcières, les mêmes injustices, les mêmes abus, revirements de situations, délations et trahisons, se trouve un petit juge de province nommé le Juge Morro. Médiatisé à l’excès et doté du menton du juste, Morro, juge d’une ville sans qualités, est pourtant devenu tout puissant. Autant dire que la corruption sera l’une des clés des Présidentielles. 

Morro a fait ses classes en Italie, à l’époque de l’opération Mains Propres et il a décidé de faire le ménage dans son propre pays. A ce jour, 116 hommes d’affaires et personnalités politiques ont été jugés par les tribunaux fédéraux et 27 sont encore prisonniers.

Rio de Janeiro bat tous les records. Sous les verrous, tous ceux qui ont dirigé la Chambre locale des Députés ou gouverné l’État de Rio ces 25 dernières années.

Les détournements de fonds publics à des fins d’enrichissement personnel sont si violents que cet État, pourtant très riche, est en faillite avec un déficit de 2,5 milliard d’euros! Rio ne paye plus ses fonctionnaires ni ses retraités et n’alimente plus ses hôpitaux en médicaments. Une banque française prêtera le milliard d’euros indispensable à son redressement. 

La lutte contre la violence sera l’autre thème clé. Dans les périphéries et dans les champs, sur les pentes des collines de Rio, les ghettos horizontaux de Sao Paulo, Belem, Recife, Brasilia, les plantations et les forêts, on tue beaucoup, surtout des hommes, jeunes et noirs de moins de 30 ans.

Le Commandement Rouge et le Premier Commandement de la Capitale, deux phalanges, ont le business de la drogue en main. Lors de la Coupe du Monde et les JO, ses chefs ont fui sous la pression des opérations de police militaire et ils ont essaimé dans d’autres Etats.

La police elle aussi, tue beaucoup. Selon «L’Atlas de la Violence», réalisé par l’Institut de Recherches Appliquées (IPEA), il y a 160 morts violentes par jour au Brésil. «C’est comme si un Airbus tombait tous les jours tuant tous ses passagers» compare la revue française de géographie en ligne Braises.

Connu pour ses déclarations polémiques, un militaire de réserve, Jair Bolsonaro a fait de cette violence, son cheval de bataille. Il est le second favori derrière Lula. Ses supporters haïssent autant l’ancien Président charismatique que les partisans de Lula haïssent ce tenant déclaré de la torture. 

Les Balles, le Boeuf et la Bible… C’est sous le nom de BBB qu’on désigne ceux qui tiennent maintenant le Congrès à Brasilia. De 2000 à 2010, la population des néo- pentecôtistes avait augmenté de 61% et beaucoup d’hommes politiques étaient devenus leurs vassaux.

De 2010 à 2016, Dilma Rousseff, peu portée sur les accords de politique politicienne, avait laissé proliférer dans l’hémicycle, les alliances malsaines entre le crime organisé, les grands propriétaires terriens et les églises évangélistes, provoquant à son insu, sa chute.

Selon une enquête de l’Institut Data Folha, ils représentent maintenant 32% de l’électorat dans le plus grand pays catholique du monde. Si le gouverneur de droite de l’État de Sao Paulo, lui même un homme d’affaire et un évangéliste déclaré, se présente, 50% seulement des voix des églises protestantes radicales iront à Bolsonaro, à l’extrême-droite.

Mais si le gouverneur de l’État le plus puissant du Brésil est éliminé, alors 90% de ces voix se reporteront sur le Donald Trump des tropiques, un évangéliste fanatique. 


           

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